Persécution des Juifs, soumission des femmes : une même source

by Claude Berger on mars 31, 2013

Article publié dans les Cahiers du Cercle Bernard Lazare de mars 2013, à loccasion de la sortie de « Pourquoi lantisémitisme ? »

Persécution des Juifs et soumission des femmes, oui tout cela va ensemble, et tout cela est né dans le cocon de la religion chrétienne au IVème siècle et de la religion islamique au VIIIème siècle. Il existe un auteur qui illustre parfaitement la parenté et la cohabitation de l’antisémitisme et de l’oppression des femmes, c’est Proudhon, un des pères de la pensée de « gauche ».

A propos des Juifs, il dit ceci :

« Le Juif est par tempérament anti-producteur […] cest un entremetteur, toujours frauduleux et parasite […] cest le mauvais principe, Satan, Ahriman, incarné dans la race de Sem. »

«  Il faut renvoyer cette race en Asie ou lexterminer. »

Proudhon est un mutant. Il invoque tout à la fois le Juif, fils du diable Satan, parasite impur, et le Juif de la race maudite, celle de Sem. Proudhon opère ainsi le passage de l’antisémitisme religieux à l’antisémitisme racial. Il est une preuve vivante des thèses de Léon Poliakov sur les mutations du brûlot antisémite né dans la chrétienté puis sécularisé à l’époque des Lumières par Voltaire et transmis à l’extrême droite chez les chrétiens germaniques ancêtres des nazis « aryens » et à l’extrême gauche chez non seulement Proudhon mais aussi chez Marx et Bakounine1.

Et que dit Proudhon de la femme ?

« Ainsi la chasteté est un corollaire de la justice, le produit de la dignité virile. »

« La femme est improductive, inerte, sans industrie, ni entendement, sans justice et sans pudeur. »

Pour saisir ce qui produit à la fois la haine génocidaire du Juif et la soumission et le mépris de la femme au nom de « la chasteté » et de la « dignité virile », il faut là encore suivre la méthode de Léon Poliakov : c’est au décryptage de la théologie qu’il faut s’en remettre, c’est à elle que « revient le rôle primordial, celui dune « infrastructure » si lon veut. » (Histoire de l’antisémitisme, t.3)

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Moses Hess, le rabbin rouge aujourd’hui

by Claude Berger on février 27, 2013

Article paru dans les Cahiers du Cercle Bernard Lazare de février 2013.

« Depuis Spinoza, les Juifs n’ont pas eu de plus grand esprit que ce Moïse Hess si oublié. »

Qui parle ainsi de Moses Hess ? Théodore Herzl. Malgré l’hommage appuyé du père fondateur du mouvement sioniste, il est à craindre que Moses Hess soit non seulement « oublié », mais méconnu et même inconnu.

Prononcez le nom de Marx et chacun à son sujet en dit peu ou prou. Prononcez celui de Moses Hess : silences et chuchotements ! Cela du seul fait que le XXème siècle a été pour une grande part dominé par le bolchévisme léniniste qui se revendiquait « marxiste » contre toute vraisemblance.

En dehors de la mythologie révolutionnaire de la crise politique et de la « dictature du prolétariat » troquée contre celle du parti, le léninisme n’a rien à voir avec Marx. Outre que Marx se méfiait des « marxistes », Lénine prônait un capitalisme d’Etat donc un salariat d’Etat au bout des luttes revendicatives coiffées par le parti dictatorial alors que Marx concevait l’abolition du salariat à la suite de luttes par l’association se transformant en luttes pour l’association , c’est-à-dire une forme sociale, imprécise à son époque, réunissant pouvoir, production, existence qui serait proche d’un nouveau concept de commune.

Ce qu’on appelle « marxiste » est donc le plus souvent du « léninisme » et le paradoxe veut qu’en même temps que fut censuré cet aspect libertaire fondamental de Marx par les léninistes, une véritable omerta s’exerça sur son antisémitisme. Un antisémitisme furieux qui souhaitait « émanciper la société du judaïsme », « le supprimer», « rendre le juif impossible ». A la même époque, Proudhon déclarait qu’il fallait « renvoyer cette race en Asie ou l’exterminer ».

Bien évidemment, les « marxistes-léninistes » sur la défensive prétendirent que ces propos de Marx dans La question juive étaient œuvre de jeunesse. Mais ses propos ultérieurs ne firent qu’illustrer cette conception première. Ne dit-il pas à propos de la révolution de 1848 que :

« Le petit bourgeois […] fut contraint de se livrer directement aux mains des Juifs de la Bourse contre lesquels il avait fait la révolution de Février. »

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Les guerres civiles d’Algérie

by Claude Berger on décembre 18, 2012

Septembre 1962 : j’avais séjourné deux mois dans l’Algérie nouvelle comme praticien bénévole. Nous étions un petit groupe au sein d’un comité d’aide médicale aux Algériens durant la guerre qui, une fois l’indépendance déclarée, avait décidé de suppléer dans l’urgence au corps médical enfui en métropole.

Je quitte la ville blanche avec un sac d’amertume à savourer longtemps. Je venais de perdre un pan de ma cécité. Je ne resterai pas en Algérie. Je ne deviendrai pas pied-rouge. Je ne rêverai même pas de la touchante chimère de Camus en quête de trêve civile.

L’Algérie n’était pas ma terre de naissance. Je suis à peine né en France, une étoile accrochée à six ans sur ma poitrine d’enfant incertain, avec en mémoire la danse des aïeux aux berges du Danube. Le deuil des terres quittées avait longtemps nourri la philosophie de l’exil qui est notre héritage. Et pourtant, ballotté par les discours de l’époque, j’évitais le regard mi-clos des Juifs d’Algérie dans l’avion du retour. Ils quittaient leurs terres sur laquelle ils avaient fait souche bien avant la ruée des cavaliers d’Arabie. Et je ne saisissais pas le sens de l’évènement : ils nous rejoignaient sur le chemin nomade, sur le chemin de l’Exil. Je n’affronterais pas leurs solitudes fanées. En cette fin de guerre, la France soupirait lâchement. Elle fermait ses yeux sur les populations délaissées qui s’étaient fiées à sa parole : Juifs, harkis, pieds-noirs. Avec leur départ, l’Algérie allait perdre sa mémoire.

A Saint-Paul, au Pletzl, les Juifs ashkénazes et les Juifs d’Algérie étaient mêlés. Notre sort avait été commun. Trois mille Juifs d’Algérie furent raflés à Paris. J’étais lié à une famille éprouvée originaire de Constantine mais la guerre en cours là-bas nous séparait. Elle s’estimait française et menacée, avec quelque raison comme les faits le prouveront plus tard par la lutte du FLN. Pour les jeunes ashkénazes survivants, la guerre d’Algérie ne faisait qu’accroître notre mal-être. Impossible de nous identifier au pays français, la guerre venait après Vichy. Nous privilégions la dénonciation de l’inégalité, de la discrimination sinon du racisme que nous jugions inacceptables « après ce que nous avions vécu ». Nous dénoncions aussi l’usage de la torture par l’armée française. Je ressentais d’emblée d’ailleurs une certaine parenté entre la mise à mort des Juifs et la mise à la question des emprisonnés. Dans les fondements religieux inquisitoriaux qui président à leur échafaudage, le Juif « hostile à Dieu, ennemi du genre humain » est fils du diable et, à ce titre, son corps entier doit être brûlé. Le voleur, le meurtrier, le délinquant, le rebelle n’est peut-être que visité par le diable et à ce titre, la question fait figure d’exorcisme. Montaigne avait en son temps dénoncé la croyance à la vertu de la torture pour l’obtention des renseignements invitant par là à déceler ailleurs sa motivation. Donc nous sommes un certain nombre à nous engager, à nous insurger, à refuser l’armée et, devant l’approfondissement de l’impasse et de la déchirure, à aider les militants algériens en France au risque de l’arrestation. Près de vingt ans après la traque de l’enfance, j’ai ainsi redécouvert les charmes de la clandestinité : « Regarde si tu es suivi », « Ils ne sont pas venus ce matin, peut-être ce soir ? »…

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Pétanque et belote

by Claude Berger on décembre 6, 2012

Les nuits de grand vent dans la cachette augmentaient la peur. Nous craignions la récidive de ce qui s’était produit une fois : le déclenchement de la cloche en pleine nuit. Nous avions cru qu’il annonçait le surgissement immédiat de la police, l’embarquement dans les fourgons bleutés et pour finir, notre mort. L’alerte s’était avérée fausse, le vent était seul responsable. Nous attendions que la prochaine fût vraie.

Ces réveils de nuit sous l’effet du vent qui froissait les arbres, de la porte du poulailler vidée de sa faune qui claquait à contretemps de celles de l’appentis aux outils et des toilettes de campagne, Léo les organisait à sa façon. Il avait décrété la belote obligatoire. Étaient convoqués le beau-frère, la nièce, et pour finir moi-même alors âgé de huit ans mais déjà initié aux stratégies des jeux de cartes. L’oncle était socialiste, la nièce penchait vers les communistes et le grand-père était froum, c’est-à-dire pratiquant mais à la mode viennoise, habitué à se mesurer à des sociétés cultivées et musiciennes.

C’est ainsi que je suis devenu expert au jeu de belote. Habile à pressentir le jeu des adversaires, vigilant à prendre la main, muni d’annonces qui gratifiaient des points, sensible aux mimiques de mon grand-père me dictant son langage codé.

On ne frappait pas seulement les cartes, on se disputait les visions du monde sous la menace de l’arrestation, de la déportation et de la mort. Le vieux Léo régnait en maître d’humour. Il raillait la nièce communiste pour la dictature de son paradis, l’oncle pour la mièvrerie de ses réformes limitées aux avantages sociaux et en appelait à Dieu pour faire bouger les têtes sous l’emprise du cœur. Les deux autres frappaient l’Éternel à coups de bâtons comme s’il était Guignol, embauché marionnette dans la bonne ville de Lyon.

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Hanna et son kibboutz

by Claude Berger on novembre 23, 2012

Beautiful Valley (Emek Tiferet), un film de Hadar Friedlich*

Un envol de cigognes remonte la vallée et c’est une traînée de blancheur sur le fond des collines massives qui bordent l’autre rive. Une dame âgée, Hanna, résiste à la déperdition du sens collectif dans le kibboutz qu’elle a contribué à bâtir, elle s’oppose aux petits gestes de l’individualisme retrouvé puis un ancien pionnier, avant de mourir, évoque avec elle « cette idée de partage qui nous avait plu en arrivant ». La fille de Hanna prend ensuite un certain plaisir à briser les rêves vécus de sa mère pour les rendre impossibles à jamais. Sa petite fille revêt alors son costume de soldate, avec angoisse d’abord puis fierté, et recueille les recettes culinaires de sa grand-mère pour les faire par elle-même et les lui offrir. Ce seul geste nous dit qu’il est temps de recueillir les étincelles de richesse semées par la génération qui a traîné dans son sac la mémoire des shtetls et la douleur de nos morts partis en fumée et qui a façonné cet univers de gratuité et de communauté en ignorant le mot « utopie » : tel est le film de Hadar Frielich, un film qui suit les méditations de Hanna face à la mort, face à la nature, face aux agitations d’une génération privilégiant la rentabilité, la consommation et la surdité à l’autre, un film sur la vraie vie bafouée.

On ne ressort pas indemne de sa projection, il est lui-même à mille lieues d’un produit cinématographique réalisé pour le marché. Suivre la démarche d’Hanna, deviner les pensées qui peuplent ses silences, c’est faire sien son regard, c’est déplorer mais non pas mépriser là, cet ancien membre du kibboutz qui veut l’empêcher de tailler les arbres comme elle le faisait antan, ici cet autre qui gare sa voiture devant ce qu’il appelle « sa » pelouse qui n’est plus celle de tous. C’est aussi critiquer ce que furent les excès de la collectivité prise d’idéologie sur les aspirations intimes des individus. Le sourire retrouvé d’une artiste qui s’est sentie brimée par sa vie au kibboutz le dit d’un trait final lorsqu’elle domine son ressentiment et finit par en rire.

La transmission est ici épanouissement de la vieillesse. Le beau visage d’Hanna interprétée avec tact et grandeur par Batia Bar, elle-même membre du kibboutz Gesher, nous en dit l’essentiel. A noter les interprétations toutes en finesse de Hadar Avigad (Naama, la petite fille) et de Ruth Geller (Myriam, la pianiste brimée).

Ce film survient à un moment où l’effondrement du lien social suit la courbe ascendante du chômage pour dessiner ce que j’appelle la crise du salariat qui met au rebut des millions d’individus. A méditer sans tarder. A voir absolument.

* en salles depuis le 14 novembre. Voir la bande annonce.

« Vel’d’Hiv, 16 juillet 42 » : l’obstination d’Alain Vincenot

by Claude Berger on juillet 17, 2012

Alain Vincenot est un obstiné. Il s’est mis en tête de recueillir les témoignages des survivants des rafles qui se sont succédées en France, notamment à Paris, de 1941 à 1944 et d’opposer leurs récits au déroulement implacable de la machine à exterminer les Juifs qui s’est mise en place sous la volonté commune des armées allemandes et du gouvernement de Vichy.

L’effet en est saisissant. A la fois en termes d’émotion, de pédagogie, de vérité.

Il faut suivre les récits des cachés, des étoilés, des meurtris qui ne doivent leur survie qu’à un geste, une échappée hasardeuse, d’autres diront un miracle. Il faut suivre les ordonnances allemandes et les décrets français, les premières appliquant le plan hitlérien d’élimination de la dite « race juive », les seconds appliquant leur révolution nationale comportant aussi « l’élimination » physique des Juifs.

Pour ceux qui douteraient encore, il est bon de rappeler que Xavier Vallat, premier Commissaire général aux questions juives, jugé trop mou, fut remplacé le 6 mai 1942 par Darquier de Pellepoix. Vallat promettait en effet, bien avant la rafle du Vel d’Hiv, de « veiller, sans exagération, à ce qu’une petite minorité juive [française], d’origine alsacienne pour la grande partie, ou d’anciens combattants, ne soit pas éliminée ». Darquier, lui, n’avait pas attendu la guerre pour promettre aux Juifs « l’expulsion ou le massacre » ! « Éliminée » : le mot était donc déjà employé par un mou avant qu’il soit remplacé par le dur.

Le livre d’Alain Vincenot a le mérite de rappeler que la rafle du 16 juillet 1942 n’était pas un commencement mais un sommet. D’autres rafles l’avaient précédée : celle de la « convocation verte » le 14 mai 1941, celle dite « du XIème » en août, celle « des notables » en décembre. Quant aux premiers convois vers les camps d’extermination, ils partirent dès mars 1942, eux aussi bien avant la rafle du Vel d’Hiv.

Obstination ? Oui, Alain Vincenot a manifestement à cœur de démonter la machinerie de mort en suivant la progression de l’idéologie nazie en Allemagne même, la démission des démocraties face à son expansionnisme, la collusion soviétique jusqu’au revirement allemand, la troublante défaite française et la montée de l’idéologie pétainiste.

Mais au delà de l’enchainement, il nous invite à une autre réflexion : de quoi nos sociétés sont-elles porteuses ? Les aveuglements d’hier ne font-ils pas craindre des aveuglements aujourd’hui ?

Il fait aussi entendre les voix « cachées », celles qui portent la mémoire vivante et qui évoquent les Justes rencontrés parfois sur leur chemin de survie. Il rappelle aussi les appels de ceux qui ont protesté et tendu la main : le cardinal Gerlier, primat des Gaules, l’archevêque Saliège de Toulouse, l’évêque de Montauban, Monseigneur Théas, le pasteur Boegner.

Ce livre est à mettre entre toutes les mains et sur les tables de toutes les écoles afin que toujours on analyse les idéologies pour les confronter à leurs effets sur les vivants. C’est ce « travail » qui reste à faire.

« Vel’d’Hiv, 16 juillet 42 » est paru aux Editions l’Archipel. Alain Vincenot avait auparavant publié « Les larmes de la rue des Rosiers » aux Editions des Syrtes, un recueil de témoignages des survivants du quartier juif de Paris.

Rome, Athènes ou Jérusalem : la nouvelle cuisine de Michel Onfray

by Claude Berger on juillet 1, 2012

Nous voici rassurés, Michel Onfray n’est ni antisémite ni antisioniste. Il nous le dit dans Le Point du 28 juin. Il semble ainsi conscient que ces deux termes se confondent dans un même rejet qui n’accorde aucune place aux Juifs ni en Occident, ni en Orient. Dont acte. Mais son éloge de Soler, dans un numéro précédent, en nourrit la cuisine.

« Jean Soler, nous dit-il, préfère la vérité qui dérange à lillusion qui sécurise ». Et la vérité, selon Soler adoubé par Michel Onfray, c’est que les juifs auraient inventé la purification ethnique et le génocide et que « le nazisme selon Mein Kampf (1924) est le modèle hébraïque auquel il ne manque même pas Dieu ». L’extermination des Juifs d’Europe servirait alors « un effort désespéré pour accréditer à tout prix, jusque dans le pire malheur, lélection par Dieu du peuple juif ! ». Elle serait donc l’aboutissement d’une rivalité, en quelque sorte, entre deux peuples élus d’une même famille de pensée monothéiste ! L’antisémitisme serait ainsi une production de la pensée judaïque ! Et le Dieu des Juifs serait national et non pas universel « sous la pression opportuniste ethnique et tribale, nationaliste » commente Onfray.

Ces propos ne sont pas ceux d’un savoir mais plutôt d’un mépris qui a longtemps mis les Juifs à l’origine du mal pour échouer sous la plume d’un Mikis Theodorakis.

Dans l’Ancien Testament, les Hébreux ne sont pas « élus » parce qu’ils seraient les meilleurs mais « choisis par Dieu pour porter le joug de la Loi ». Le joug, comme celui auquel on contraint les bœufs ! Cela, afin de la porter aux autres peuples au long de l’histoire après la faillite de la première alliance entre Dieu et les hommes, punis par le déluge. Cette Loi en finit avec l’idolâtrie et les sacrifices humains et elle vaut aussi pour les non-Juifs, qui n’attendent pas le résultat de la mission assignée aux Juifs. Noé et Job en sont les exemples, Ninive aussi où Jonas rechigne à aller prêcher. Pour accomplir cette mission assignée par Moïse (« Vous serez un peuple de saints et de prêtres »), les hommes juifs se doivent de suivre 613 commandements. Les femmes, considérées comme plus proches de Dieu selon le Zohar ― livre essentiel de la mystique juive ― pourront se contenter d’en respecter dix. Quand au reste de l’humanité, devenue morale et solidaire, suffisent les sept lois de Noa, les lois noachides.

Le judaïsme ne se veut d’ailleurs pas une religion mais le chemin de vie d’un peuple autour de cette mission. Cet universalisme implique que chaque peuple fasse son chemin et que les chemins convergent vers un sabbat de l’histoire. Il implique aussi que la conversion au judaïsme et la mixité ne soient pas la conversion à la religion d’un temple ou à celle d’un conjoint mais un ralliement au chemin de vie de ce peuple. L’épouse de Moise n’est pas juive et pas plus la reine de Saba.

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L’affaire, l’idolâtrie, la crise du salariat

by Claude Berger on juin 5, 2011

L’affaire DSK révèle bien plus que les comportements d’acquéreur sexuel par l’argent, le pouvoir ou la violence dénoncés par plusieurs femmes à l’occasion du viol et de la séquestration présumés. Ces comportements de dictature mâle ne lui sont pas exclusifs et leur médiatisation révèle l’état d’idolâtrie dans laquelle la presse et l’appareil de gauche qui préparaient sa candidature, avaient plongé le pays. Elle éclaire aussi la conception du rapport idolâtré de l’Etat face à des citoyens bernés et soumis, qui domine autant à droite qu’à gauche.

Idolâtrie : bien avant la chute du « présidentiable », dans cette société mercantile qui transforme tout événement en scoop marchandise, on nous montait l’opération d’un « sauveur » au dessus de la mêlée. Sa fonction, son éloignement traçaient l’auréole pour de pauvres citoyens victimes de la crise et du pouvoir.

La même machinerie publicitaire s’était mise en route lors de la montée de Mitterrand. J’ai souvenir en 1981 d’avoir joué les trouble-fêtes pour avoir averti mes amis idolâtres de ses forfanteries pétainistes (lui qui n’avait rien vu à Paris en 1942 alors que j’y portais l’étoile), et de l’archaïsme du capitalisme d’Etat donc du salariat d’Etat qui résumait son programme « socialiste » rétrograde. La fabrication de l’idole était en marche.

Aujourd’hui les adeptes du culte le commémorent, lui qui avait financé sa double vie aux frais des contribuables sans que les smicards, chapeautés par une gauche en vénération, protestent. Et l’idole actuelle a chuté sans que les esquisses restées en lice ne fassent rêver les orphelins.

L’idolâtrie fonctionne d’autant que les adulateurs sont petits et dépourvus de pouvoir réel. Au même moment, les chômeurs descendent sur les places de Madrid et d’Athènes et de Tunis et contestent « les élites » étatiques qui ne peuvent rien contre un système fondé sur le marché du travail concurrentiel et mondial, le bas prix de la marchandise travail, l’importation de main d’œuvre immigrée ou les délocalisations et le volant de chômage qui va avec.

Cette double contestation du marché du travail et de ses lois, donc du salariat concurrentiel et de son Etat qui extorque du pouvoir social et repose sur la citoyenneté désolidarisée, est sans doute un frémissement. Ce n’est pas encore le printemps. Pour qu’elle le soit, il faudrait qu’elle oppose de nouvelles formes de pouvoir social collectif face à l’Etat et de nouvelles formes d’association économiques et existentielles fondées sur le partage, la responsabilité, l’innovation, l’entraide. C’est sans doute la seule issue car le système n’en a pas.

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Merci d’avoir survécu

by Claude Berger on avril 14, 2011

Le témoignage d’Henri Borlant, le seul survivant des six mille enfants juifs déportés à Auschwitz en 1942, vient de paraître au Seuil.

Longtemps Henri Borlant fut silencieux. Dans les années 90, avec ce sourire et cette douceur qui le caractérisent, il me confère une charge terrible : « Écris pour moi », me dit-il en apprenant que j’écrivais une part de notre histoire.

Henri Borlant fut arrêté le 15 juillet 1942 avec son père, une de ses sœurs, un de ses frères. Il sera le seul d’entre eux à survivre. Il fera partie comme eux du convoi n°8. Partants 824 en Gare d’Angers le 20 juillet, revenants 14 hommes en 1945. Henri sera aussi le seul survivant parmi les 6000 enfants de moins de seize ans déportés de France en 1942.

Enfant moi-même à l’époque, j’avais de justesse échappé à cette rafle et vécu ensuite caché, cloitré avec deux grands parents dans une maison vétuste, volets fermés, dans l’attente deux années durant d’une arrestation qui n’est pas venue.

Après la guerre, je le retrouvais au banc de nos itinéraires similaires, il faisait médecine, je faisais dentaire. Quant il me prit d’écrire pour comprendre ce désir de mort de nous autres et l’épreuve subie au nom de ce phantasme final, j’essayais de donner parole à ce silence, j’essayais de sortir de la brume cette attente de la mort que nous avions intériorisée.

Je voudrais aujourd’hui redire ce je que ressentais du long silence d’Henri Borlant.

« Ce silence, c’était celui des paroles coupées. Celui des derniers regards qui cherchaient à s’accrocher avant qu’ils ne soient cloués pour toujours. Regards des condamnés du premier jour, des gazés sans délai, des dévêtus sans rhabillage, des mitraillés sur place, des pendus près des fosses apprêtées, en Russie où l’on ne déportait pas. Voilà le fond de notre bouche sèche. Leur regard. D’eux, on ne pourra jamais recueillir les témoignages. Certains pays où se joua le drame oublieront même de ramasser leurs noms. Les noms, les seuls signes de leur existence, couchés nulle part ailleurs que sur des papiers d’archives empilés par leurs bourreaux. Mis bout à bout, ils doivent dessiner le tour de la terre, survoler tous les peuples, les inconscients et les méconnaissants, les lâches et les fuyards, les réagissants et les solidaires.

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Lettre à Monsieur Hessel et à ses amis

by Claude Berger on janvier 9, 2011

Deux janvier 2011, deux attentats contre des églises, en Irak et en Égypte, ont causé la mort d’au moins soixante quatre personnes. Celle de deux otages français a suivi. Et je lis dans votre brochure :

« on ne peut pas excuser les terroristes qui jettent des bombes, on peut les comprendre […] le terrorisme est une forme d’exaspération […] Elle est compréhensible ».

Ce qui est donc coupable, selon vous, ce ne serait pas l’idéologie islamiste radicale qui est derrière ces attentats mais l’état d’injustice qui règne dans le monde et qui provoque une exaspération « compréhensible ».

A ce degré zéro de la pensée politique, on peut donc « comprendre », avec la même tendresse que vous accordez aux terroristes islamistes du Hamas qui ont pris le pouvoir à Gaza en assassinant leurs frères palestiniens du Fatah, le pourquoi du national-socialisme hitlérien exaspéré par les frustrations du Traité de Versailles. L’idéologie est un fait en soi, Monsieur Hessel. Totalitaire, illusoire et criminelle, elle ne peut se justifier par l’inégalité et les arbitraires du partage. Qu’elle soit nationale-socialiste, bolchévique ou islamiste.

Autre exemple en « live » de votre aveuglement :

« Ce qui a causé le fascisme ? […] Je me dis que les possédants, avec leur égoïsme, ont eu terriblement peur de la révolution bolchévique. »

Les procès staliniens ? Bien évidemment, vous en étiez « indigné » mais vous vouliez

« garder une oreille ouverte vers le communisme pour contrebalancer le capitalisme américain. »

Vous trahissez là votre anticapitalisme primaire, qui occulte le fait que c’est la puissance anglaise, capitaliste – mais aussi démocratique, vous « l’oubliez » -, seule d’abord, puis suivie par les États-Unis, autre pays des « possédants », qui ont combattu le fascisme. Anticapitalisme primaire, qui déguise aussi le Hamas de Gaza en victime d’Israël, pièce rapportée sans doute de l’Occident « impérialiste ».

Non, Monsieur Hessel, si le fascisme a pu vaincre un temps, c’est en raison de l’esprit munichois de démission et de l’impuissance de la démocratie française à défendre ses valeurs face aux deux totalitarismes, nazi et communiste, et à leur entente, que vous occultez, pour ne pas se faire la guerre et dépecer la Pologne ! Il y a donc de quoi s’indigner à vous lire !

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