Docteur Zemmour au chevet du Maréchal : un manichéisme en vaut un autre

by Claude Berger on octobre 16, 2014

« Il a sauvé des Juifs français, oui… presque à 100% »

Pour soutenir son propos sur le Maréchal Pétain, Eric Zemmour prétend s’appuyer sur une dénonciation du manichéisme. Cette pensée facile, une pensée « pour tous », ignore en effet que des nationalistes antisémites ont rejoint, les premiers, la résistance gaulliste aux côtés de Juifs, et que des politiciens de gauche, ralliés à la « Révolution nationale », sont passés à la collaboration. Mais la ficelle est grosse qui voudrait établir un lien entre la lutte contre le manichéisme et le brevet de sauvetage indûment accordé au Maréchal.

Le manichéisme sévit certes à gauche depuis longtemps. Par exemple, lorsque Paris-Soir claironne après la rafle du 15 mai 1941 : « Plus de trois mille juifs arrêtés en une nuit à Paris… En route vers les camps de concentration », le PC ne dit mot mais tire fierté de la grève des mineurs déclenchée peu après « pour les revendications », avant la rupture par l’Allemagne du pacte germano-soviétique. Mais plus tard, il fera mine de confondre la lutte contre le nazisme avec la solidarité envers les Juifs traqués, tout en se targuant d’être à lui seul « la Nation ». « Mon parti m’a rendu les couleurs de la France » chantera un Aragon qui se voulait national.

On ne le dira jamais assez : le manichéisme de gauche a sa source dans l’omerta qui règne sur la volonté d’en finir avec les Juifs chez les pères fondateurs, Marx, Proudhon, Bakounine, Fourier… « Rendre le Juif impossible » pour le premier, « les exterminer ou les renvoyer en Asie » pour le second, « les dissoudre » pour le troisième. Bref, un antisémitisme qui a pour origine la sécularisation de la matrice culturelle chrétienne avec pour effets de produire une mythologie progressiste qui ne cesse d’agir, notamment en diabolisant Israël. Ainsi hier, l’URSS stalinienne avait activé la théorie du « complot juif », celui des blouses blanches, et l’antisionisme. Ainsi de nos jours, des trotskistes atteints de la même maladie croient voir leurs nouveaux messies prolétariens chez les islamistes, pauvres « victimes colonisées » du sionisme et de l’impérialisme. Et d’autres après feu Hessel, en viennent à soutenir le Hamas aussi islamiste que « l’Etat » massacreur en Irak ou que l’Iran chiite des mollahs qui affiche ses deux pendus par jour sur ses potences.

L’opération d’Eric Zemmour « Pétain sauveur des Juifs français » s’insurge en fait contre un manichéisme, mais pour en promouvoir un autre. Et elle n’est pas nouvelle car il a un ancêtre. Peu avant le procès Papon, véritable procès de la politique de Vichy à l’égard des Juifs, un journaliste, feu Mr Amouroux, avec une candeur calculée (dans Le Figaro Magazine du 1er mars 1997) posait la question suivante : « Vichy, le génocide organisé des Juifs, savait-on, pouvait-on savoir ? » Et répondait avec un angélisme généreux d’amnistie à tout-va : non, on ne savait pas, Vichy ne savait pas : « Si les responsables de Vichy avaient su, nous disait-il, vers quelle mort fatale s’éloignaient les Juifs arrêtés… n’auraient-ils pas reculé devant l’horreur ? S’il avait su, le peuple français ne se serait-il pas mobilisé, révolté ? » Et il croyait tenir sa « preuve » dans le fait, selon lui, que personne ne savait rien, ni Roosevelt, ni Churchill, ni le Pape… ni De Gaulle : « Comment imaginer, nous dit-il encore, que le Général de Gaulle s’il avait su, aurait gardé le silence ? […] Pourquoi nier son rôle (celui de Vichy) dans le moindre mal ? » et d’évoquer « l’appui, l’accord ou le silence complice de nombreux fonctionnaires de Vichy ».

Cette unanimité de l’ignorance supposée de Vichy et du front du silence permettait ainsi d’attribuer à l’administration Vichyste la moindre extermination des Juifs en France et par là, de décerner le fantomatique brevet de sauvetage au Maréchal.

Premier oubli d’Eric Zemmour : les Juifs naturalisés après 1927 étaient dénaturalisés ! Ils n’étaient plus français ! Second oubli : sur les 77.000 Juifs, dont 11.500 enfants déportés soit 15%, un tiers sont des Juifs français et deux tiers des « Juifs étrangers » dont les dénaturalisés. 12% des déportés, ont plus de soixante ans. Quant à la population juive évaluée à 300.000 individus, 150.000 sont Français dont 90.000 de souche plus ancienne et 60.000 naturalisés dans les années trente et les autres sont étrangers. Troisième « oubli » d’Eric Zemmour : il veut bien admettre le rôle de Vichy – fautif par ignorance selon lui – pour les Juifs étrangers mais il le refuse pour les Juifs français au nom d’un idéal de la nation. Or la distinction entre Juifs français et Juifs étrangers n’a jamais joué en matière d’exclusions et s’est bien vite effondrée en matière de déportations.

Avant d’être une « collaboration », la politique vichyste a sa propre politique de « Révolution nationale », son propre antisémitisme en compétition avec l’antisémitisme allemand. Et Pétain tient à marquer son autonomie en la matière avec les deux statuts des Juifs (octobre 1940 et juin 1941) qui, plus contraignants que ceux édictés par les nazis, chassent tous les Juifs, français ou étrangers,  de la fonction publique, des professions libérales, de l’économie. Ai-je rêvé, enfant porteur d’étoile, ou ai-je bien vu de mes propres yeux des panneaux en français interdisant l’accès des squares aux enfants juifs ? Dans la zone dite libre, administrée par le gouvernement pétainiste, seul jusqu’au 11 novembre 1942, celui-ci interne 6.584 Juifs étrangers le 26 aout 1942. En y ajoutant ceux qu’il avait déjà arrêtés, il livre aux Allemands, à partir de la zone libre, 11.005 Juifs entre le 7 août et le 22 octobre 1942. Ils seront acheminés vers Drancy et de là vers Auschwitz. Quant aux camps d’internement français, dont les conditions étaient inhumaines, trois mille détenus y périront dont 800 dans le camp de Gurs durant l’hiver 40-41. Quant à l’organisation des rafles du 14 mai, du 20 août et du 12 décembre 1941, Vichy, qui les exécute, ne s’oppose pas à l’arrestation de 1.300 Juifs français, dont de nombreux notables, pour répondre aux exigences des Allemands.

Pour bien saisir la compétition des deux politiques antisémites, il est nécessaire de distinguer deux périodes. La première s’étend du premier statut des Juifs (et de l’obligation de se déclarer) jusqu’au 27 mars 1942, date des premiers départs de convois vers Auschwitz. La seconde recouvre la période au-delà du 27 mars jusqu’à la libération.

Pour la première période, Vichy persécute tous les Juifs et pratique l’enfermement pour les Juifs étrangers mais n’a pas de projet propre final. Les nazis, par contre, ont déjà commencé l’extermination, d’abord en Pologne par des massacres et la mise en ghettos dès octobre 1939, puis en Ukraine, envahie fin juin 1941, après la rupture du pacte germano-soviétique. Extermination massive, effectuée d’abord de façon « artisanale » (par balles), au-dessus des fosses communes, puis dans des camions à gaz. C’est à la suite de cette expérimentation massive (près de deux millions de morts), qu’est exposé le projet d’extermination à la Conférence de Wannsee du 20 janvier 1942 et planifié l’organisation non plus de camions mais de chambres à gaz. Wannsee et Auschwitz sont des sommets et non pas un commencement tout comme la rafle du Vel d’hiv couronne les rafles et les persécutions précédentes.

Cinq convois sont donc déjà partis entre le 27 mars et la grande rafle du 16 juillet 1942. Dès lors, face à ce projet déclaré d’extermination, compris par tout le monde et par la plupart des Juifs (sinon pourquoi se cacher, pourquoi tenter de fuir et, pour certains, pourquoi se suicider ?) quelle fut l’attitude de Pétain et de Vichy ?

Xavier Vallat, commissaire général aux questions juives lors de la première période, accusé de « mollesse », se voit remplacé par Darquier de Pellepoix le 6 mai 1942. Voici le sens de sa ligne molle bientôt remplacée par la ligne dure : « veiller sans exagération […] à ce qu’une petite minorité juive française, d’origine alsacienne pour la plus grande partie ou d’anciens combattants ne soit pas ÉLIMINÉE ». C’est son terme, un terme on ne peut plus clair et sans ambiguïté.

Éliminée : le commissaire mou après avoir exclus et persécuté les juifs, sans savoir quoi en faire, confirme le projet d’ÉLIMINATION en souhaitant faire admettre aux Allemands, qui ont choisi de conserver le quartier juif de Prague pour en faire un musée de la race disparue, que la France de Pétain conserve quelques spécimens de Juifs d’Alsace et d’anciens combattants, comme s’il s’agissait de pièces de musée à ne pas jeter pour une question de mémoire et d’archives mais, notez le bien : « sans exagération » !

Voici ce qu’écrivit le Consistoire au Maréchal le 25 aout 1942 : « Ce n’est pas en vue d’utiliser les déportés comme main d’œuvre que le gouvernement allemand les réclame, mais dans l’intention de les exterminer impitoyablement et méthodiquement. » Et d’évoquer pour preuves « les informations précises et concordantes » sur les massacres « de centaines de milliers d’Israélites […] en Europe orientale. »

Oui, Eric Zemmour, on savait !

Alors, à qui doit-on le sauvetage des trois quarts des Juifs en France, français de nationalité ou non. Tout simplement aux Français qui « savaient » et qui « voyaient ». Majoritairement des Français obéissant à leur éthique religieuse ou morale, catholique ou protestante et répondant aux appels de leurs guides spirituels ou des fonctionnaires de police scandalisés à titre individuel et prévenant à temps les personnes qu’ils devaient arrêter.

Voir : le Cardinal Suhard en zone occupée, le Cardinal Gerlier en zone libre, le pasteur Boegner qui évoque « le sort terrible qui les attend » et ces milliers d’anonymes qu’on appelle « les Justes » et qui ont ouvert leurs portes et leurs cœurs.

Voir : le Révérend Père Chaillet qui refuse de rendre 84 enfants soustraits à Vichy : « enfants, dit-il, des malheureux Juifs partis en exil et sans doute à la mort » !

Voir : les organisations juives (l’OSE, l’OPEJ) qui ont organisé le sauvetage des enfants comme acte premier de résistance.

Alors que reste-t-il du Zemmour-Show ? Une tentative de blanchir d’ignorance le vieux char antisémite d’une certaine France – non pas de toute la France – pour ne pas rompre la continuité de la nation. Eric Zemmour nous rappelle qu’il est des cas où la motivation inconsciente fait déraper la recherche de la vérité et plonge l’auteur dans le bain du mensonge.

Quelle place pour les Juifs et dans quelle France?

by Claude Berger on septembre 10, 2014

ll a fallu la décapitation d’un journaliste par un djihadiste britannique, puis les massacres de chrétiens et de Yazidis ajoutés à ceux des soldats officiels de l’Irak exécutés au-dessus des fosses par les barbares de l’ « État islamique » pour que les yeux des dirigeants de l’occident s’ouvrent enfin sur la réalité : il y a une offensive de l’islamisme radical dans le monde entier. Sa dangerosité est génocidaire, elle s’étend du Nigéria au Mali, au Yémen, au Soudan, au Pakistan, en Afghanistan… et n’oublions pas l’Iran aux mains d’une dictature théocratique, misogyne et antisémite. Elle menace l’occident et ne saurait être traitée au cas par cas sous le coup de l’émotion suite à un égorgement ou des viols en masse.

Lorsque les mouvements islamistes disposeront d’armes de destruction massive, nucléaires ou autres, ces adeptes d’une religiosité de la mort n’hésiteront pas à les manier. Le pape lui-même appelle la classe politique à réagir militairement. Mais curieusement, lorsqu’il s’agit du conflit entre Israël et le Hamas islamiste, l’aveuglement politique le plus courant y verra le combat d’un pays « sûr de lui et dominateur », surpuissant et colonialiste, contre les « pauvres Palestiniens » enfermés dans Gaza, animés d’une « juste révolte » ! Le Hamas est pourtant un mouvement terroriste spécialisé dans les attentats, les tirs de roquettes et de missiles à partir de lieux médicaux et scolaires, un mouvement qui exécute en public ceux qu’il soupçonne de « traîtrise » et qui utilise sa propre population comme bouclier humain dans le seul but de « détruire Israël », qu’importe !

On taira qu’Israël combat l’islamisme à ses portes pour évoquer un conflit « israélo-palestinien ». On taira que l’islamisme est à l’origine du conflit par son refus de tout État juif lors du plan de partage de 1947. On taira que ce refus était dicté par son dirigeant, le mufti de Jérusalem proche collaborateur d’Hitler, adepte convaincu de son projet d’élimination des Juifs. Cette censure a pour effet de qualifier les manifestations pro-islamistes de « pro-palestiniennes » et de ne voir dans leur haine affichée des Juifs qu’une « importation du conflit moyen-oriental» au lieu tout simplement de voir la réalité : l’islamisme, antioccidental, antisioniste, antichrétien et anti-juif a fait souche en France.

N’oublions pas que parmi les sept morts de Toulouse, les trois premiers étaient ciblés comme militaires français, n’oublions pas les drapeaux français brûlés lors des émeutes anti-juives de Paris. En inversant la réalité, cette censure idéologique devra trouver une « violence israélienne, là-bas » et dans la foulée en trouver une « ici » ! Miracle, on dénichera un groupuscule, la LDJ et on laissera entendre qu’il existe une « violence juive » en France ! Fait qui ne tient pas du hasard, le jour même où le CRIF appelle à soutenir Israël par une manifestation pacifique à Paris, on dénoncera « un massacre » et un « carnage » commis à Gaza par Israël et on annoncera l’interdiction prochaine dudit groupuscule, au lieu de pourchasser et d’interdire les réseaux islamistes en France. Résultat, Israël et les Juifs sont désignés comme ayant une part de responsabilité dans les manifestations anti-israéliennes et anti-juives.

Quoi d’étonnant à ce que les Juifs éprouvent désormais un malaise et se sentent déstabilisés ? Quelle protection, quel bien-être attendre dans les banlieues et même en plein Paris où ils sont agressés ? Sans que jamais ne soit mis en cause le soutien à l’islamisme et la participation de partis extrémistes sous couvert « d’anticapitalisme » et de « défense des victimes du colonialisme » ! Le désir de destruction d’Israël pour les uns qui converge avec un antisionisme politique pour les autres, révèle alors au jour le lien qui unit ceux qui désignent « le peuple de trop » à ceux qui désignent « le pays de trop » ou le pays « colonialiste » sans oublier ceux qui les haïssent tous deux. La raison ? Il faudra la chercher dans la déraison des uns et des autres ! Dans l’inconscient des idéologies, dans les matrices culturelles qui les engendrent. Il est certain que l’aveuglement devant l’islamisme en général ou devant celui que doit affronter Israël se double, outre d’un antisémitisme affirmé ou déguisé, d’une régression concernant la place des Juifs, une place qui ne fut pas toujours accordée de bonne grâce.

Expulsés de France de 1394 à 1791, ils ne furent réadmis qu’en tant qu’individus ou religion « israélite » encadrée sans référence à la culture d’un peuple-on disait à l’époque une « nation »- déployé sur plusieurs continents. L’État suprême ne connaissait que des citoyens tout en ignorant les cultures fussent-elles transnationales. La nouvelle hégémonie étatique sévissait aussi sur les cultures régionales. Elle sécularisait en fait un modèle chrétien et monarchique d’un roi religieux chef du pays et de la chrétienté. La pensée de gauche a, plus tard, pérennisé cette ignorance des cultures. Il suffit pour s’en rendre compte de lever l’omerta qui règne sur l’antisémitisme des pères fondateurs de la pensée « anticapitaliste », Marx, Proudhon, Bakounine, Fourier et sur ses effets. Sécularisant le vieil antijudaïsme chrétien qui avait abouti à l’inquisition, le judaïsme y est assimilé à un rapport de classe, au trafic, à l’invention du change, à une étrangeté parasite à l’origine de la « chute « capitaliste » identique à la chute de l’homme par le péché originel, bref à un rapport économique qui, par extension, nie toute spécificité à toute culture spirituelle ou religieuse.

La même sécularisation des thèmes chrétiens fera naître une mythologie « progressiste » du renversement et du soir final qui sonne comme le Jugement dernier accordant un statut de sainteté à la « victime », aux « opprimés » et aux derniers qui seront les premiers. Inconsciemment à propos de ses juifs, cette mythologie reprend ses fondamentaux, peuple de trop, pays de trop ? Il est temps d’analyser les fondements religieux – les matrices culturelles – qui ont sous des allures matérialistes façonné les totalitarismes du siècle passé, le national-socialisme et le socialisme national et leur haine des Juifs. Devant nous, se fabrique une nouvelle idéologie totalitaire et antisémite mais aussi antichrétienne sur la base de la lecture djihadiste du Coran ou tout simplement d’un modèle parental et sexuel reposant sur le mépris de la femme et suscitant des pulsions de violence contre les Juifs.

Devant nous, des groupes qui se réclament de l’anticapitalisme et de l’antisionisme en viennent à soutenir l’islamisme. Il est temps d’analyser ce dont sont porteuses les cultures différentes importées. Il est temps d’analyser la part des principes chrétiens sécularisés qui génère un antisionisme « de gauche » qui croit voir une convergence entre son « anticapitalisme » prétendu et les islamistes antioccidentaux. Quant à la place des Juifs, il est temps de la définir et de susciter une interaction culturelle qui devrait se nourrir de la pensée d’Athènes, de Rome et de Jérusalem. Il a fallu attendre le président Chirac pour que soit reconnue l’implication du gouvernement français de Vichy dans l’extermination des juifs.

Cette reconnaissance ne peut être qu’une étape, elle ne suffit pas. Il est temps de définir le rapport de la nation et d’un peuple juif, qui par sa culture n’est pas réductible à un culte. Ex-enfant caché, j’ai mémoire du silence d’après-guerre. Ex-enfant traqué, j’ai mémoire de mon questionnement : savent-ils que j’en suis ? Je me repose la même question aujourd’hui dans les rues de Paris. Nous en sommes là. J’ai par ailleurs suivi un chemin et dépassé le traumatisme de l’enfant rejeté et condamné et j’ai appris la France pour l’aimer. Lorsque je traverse des villages où je remarque une « rue des Juifs », signe de notre présence avant l’expulsion, je me pose la question : la France nous-a-t-elle appris ?

Cet article a été publié initialement sur le site Riposte Laïque.

Le malaise des Juifs de France

by Claude Berger on août 6, 2014

Paris, 31 juillet 2014. La communauté juive appelle au rassemblement et au soutien d’Israël face à l’agression du Hamas, mouvement islamiste et terroriste dont la stratégie est conforme à sa charte : détruire le pays juif.

Le plan est mijoté à l’ombre de l’Europe et de la diabolisation médiatique. Celle qui se tait sur l’usage pervers des boucliers humains. Les pluies de missiles, déjouées, n’ont pourtant rien d’anodin. Et les multiples tunnels n’abritent pas des ateliers de layettes pour relancer l’économie.

Mais le même jour, une nouvelle tombe dont le journal « Libération » se nourrit : la Ligue de Défense Juive, un groupuscule grossi démesurément pour les besoins du propos mais qui a tout de même défendu une synagogue attaquée, serait bientôt interdite.

Curieux hasard, au même moment, le ministre Laurent Fabius dénonce un « carnage » à Gaza qui serait commis aveuglément par les Israéliens.

Monsieur le Président, comment ne pas voir la ficelle ? Dans ce scénario, les Juifs, ici et là-bas, sont mis du côté de la violence, à égalité – pour le moins – avec ceux qui souhaitent leur mort et qui le crient dans les rues de Paris, quand ils n’agressent pas physiquement sans même être condamnés.

Comment ne pas voir la geste d’un trône soumis à son électorat ? Comment ne pas entendre le malaise des Juifs de France, déstabilisés dans leur propre pays, désignés à la vindicte islamiste encouragée par un gauchisme sénile ?

Allez-vous aider les juifs de condition modeste qui vivent sous la menace à quitter Sarcelles ou Villiers-le-Bel, tout comme il faut aider les chrétiens de Mossoul contraints de quitter les terres de non-droit de l’Islam ?

Comment ne pas ressentir l’inquiétude des Juifs quant à leur avenir et leur sécurité en France, voire en Europe ?

Les deux accusations témoignent d’un aveuglement face à la volonté conquérante d’un islamisme qui sévit de l’Irak à la Lybie, de l’Iran à Gaza, du Mali au Nigéria mais aussi d’une régression concernant la place des Juifs en France, une place qui ne fut pas toujours accordée de bonne grâce.

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C’est l’islamisme qu’on importe, pas le conflit israélo-palestinien

by Claude Berger on juillet 19, 2014

1942. Je porte l’étoile jaune rue de la Roquette, une étoile qui m’est décernée le jour de mes six ans.

13 juillet 2014. Dans cette même rue, j’entends les vociférations « Mort aux Juifs ! ». Puis le premier ministre m’assure que la France « ne tolérera jamais que lon essaie, par la violence des mots ou des actes, dimporter sur son sol le conflit israélo-palestinien ».

J’avoue que cette prise de position réitérée par le président Hollande, qui affirme que « le conflit israélo-palestinien ne peut pas simporter » ne me rassure pas quant au devenir des Juifs et de la France car elle est le signe d’un profond aveuglement.

Non, Messieurs Valls et Hollande, ce n’est pas le conflit israélo-palestinien qui s’importe, c’est l’idéologie islamiste qui a fait souche en France et qui menace les Juifs d’abord, la France ensuite.

Le conflit qui a cours aujourd’hui au Proche-Orient est avant tout un conflit Israël-Hamas, le Hamas, proche des Frères musulmans d’Egypte désormais évincés, dont on connait l’intention de « détruire lEtat juif » et qui veut détourner le conflit plus soft mais irrésolu Israël-Autorité palestinienne en déclenchant puis en continuant les hostilités.

Ce n’est pas un conflit « Israéliens-Palestiniens ». Faut-il vous rappeler que le refus de tout Etat juif en 1948 lors du plan de partage en deux Etats doit beaucoup au grand Mufti de Jérusalem en place deux années à Berlin près de son ami, Hitler, avant d’être exfiltré d’Allemagne par la France, échappant ainsi aux prisons anglaises ? Bref que l’islamisme est à l’origine du conflit.

Pour l’islamisme, Israël est un pays de trop, tout comme les Juifs sont un peuple de trop. Et les victimes d’hier sont par lui métamorphosées en « bourreaux » des Palestiniens, des musulmans, des Arabes avec la complicité de l’occident coupable.

Cette mythologie est favorisée en Europe par les orphelins des idéologies du renversement totalitaire, aveugles devant les manifestations d’un fascislamisme qui sème la terreur en Orient comme en Afrique.

Le paradoxe veut que la France intervienne contre lui au Mali et qu’elle laisse s’implanter en France des adeptes de cet islamisme.

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Juifs et Roms, une solidarité ?

by Claude Berger on juillet 13, 2014

Le lynchage d’un Rom à Pierrefitte par une bande de vingt jeunes issue de la cité des Poètes, en mal de vengeance pour un vol supposé commis par l’adolescent au domicile d’un habitant de la cité, Mohammed G, puis son abandon dans un caddie de supermarché, ouvre en urgence un champ de réflexions. Il concerne non seulement les Juifs, autres victimes de violences, mais l’ensemble des Français.

Après la réprobation morale de circonstance, « odieux, inacceptable, on ne fait pas justice soi-même en République », on invoquera des circonstances atténuantes, le mal des cités, le chômage des jeunes, la misère économique et le ras-le-bol de la présence des campements de Roms accusés, par les populations sédentaires voisines, de vols à répétition et de risques infectieux. Et on en appellera à l’Etat, « pas assez gardien de l’ordre », aux édiles politiques, soucieux de leurs électeurs, qui répèteront la stigmatisation : « Les Roms ont vocation à revenir chez eux » (Manuel Valls, alors ministre de l’Intérieur) ou, qui ici et là, dénonceront l’installation de camps de Roms et la hausse parallèle des cambriolages (Samia Ghali à Marseille).

Si l’on s’en tient là, au seul problème de la présence des campements de Roms, des accusations de vols et de la mendicité familiale en ville, il n’y a pas d’issue sauf celle de la montée de la violence à leur égard sous le regard impuissant de l’Etat.

L’autre problème, c’est le libre cours de la violence qui n’a pas pour cible que les Roms. L’attentat de Bruxelles, quatre morts, qui redit celui de Toulouse, les agressions multiples contre des Juifs à Créteil, à Sarcelles, à Paris, l’assassinat par torture d’Ilan Halimi, désignent une dérive d’une partie de la population dans le culte de la violence de l’Islam radical mais aussi de l’animisme.

Cette violence affecte en premier lieu les Juifs mais elle peut s’exercer contre d’autres populations ou religions et pour d’autres motifs, y compris contre des musulmans modérés admettant la séparation du culte et de l’Etat.

Or, curieusement, lorsqu’il s’agit de Roms non seulement victimes, comme ici, ou auteurs supposés de délits ou simplement de gêne, ou lorsqu’il s’agit de Juifs victimes d’agressions parfois mortelles , on les désigne par leur nom tandis qu’on tait l’origine des agresseurs le plus souvent d’origine magrébine ou subsaharienne sous le prétexte « antiraciste » de ne pas « stigmatiser ». Bref, les agresseurs sont « français ». Il n’y a donc rien à dire sauf à dénoncer la « misère économique », responsable privilégiée de la délinquance, et l’on ignorera la culture : « quand j’entends le mot culture je sors mon revolver » !

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L’idéologie odieuse, les failles de la République

by Claude Berger on janvier 20, 2014

Article publié dans les Cahiers du Cercle Bernard Lazare de février 2014.

Le clown s’excuse. C’est promis, il ne tiendra plus de propos antisémites. La raison ? La loi ne le permet plus. L’instance suprême a sévi. Jusqu’à l’interdiction de son spectacle, la loi aurait pu s’appliquer pour profération de propos antisémites ou négationnistes. Elle ne l’avait pas fait et l’on peut s’interroger. Le désir de tenir de tels propos est-il éteint pour autant ? Sûrement pas ! Le récidiviste, il le fut, s’arrêtera-t-il là ? On peut en douter, quels que soient les habits, griot africain ou imam iranien, dont il s’affublera. Car le rôle qu’il a joué par ses spectacles n’est pas anodin. Il a réussi à faire converger les deux viviers de l’antisémitisme, celui issu de la matrice culturelle chrétienne-nationaliste et celui issu de la matrice culturelle islamiste. L’affaire Dieudonné et le coup d’arrêt porté par Manuel Valls auront révélé, pour ceux qui l’ignoraient, qu’une idéologie odieuse est née qui réunit, dans une même haine, des Blacks, des Blancs et des Beurs, des « indigènes » des cités et des droites extrêmes des beaux quartiers.

Mais la révélation ne s’arrête pas là. Elle fait apparaître au grand jour les failles de la République à l’égard de ce phénomène unique dans l’histoire de l’humanité que fut l’extermination planifiée des Juifs durant la seconde guerre mondiale. En France, il fallut déjà attendre longtemps, trop longtemps, jusqu’au discours de Chirac, pour qu’on reconnaisse la participation française à l’extermination et que l’on s’intéresse au « comment ». Mais jusqu’ici on ne s’est pas trop intéressé au « pourquoi ».

Des historiens, Léon Poliakov, Jules Isaac, des psychanalystes, Karl Abraham, Bela Grünberger, ont pourtant ouvert la voie. Mais la bien-pensance préfère des historiens moins gênants tels Hanna Arendt, qui feront de l’antisémitisme une extension du totalitarisme tout comme d’autres en font aujourd’hui une extension du conflit moyen-oriental. Ce « travail », ce questionnement du « pourquoi » n’a été ni ordonné ni entrepris. Que ce soit dans les écoles ou dans les universités, dans la presse écrite ou dans la médiation audiovisuelle. L’information des faits, la commémoration peuvent donner bonne conscience mais ne suffisent pas. Pire, sans ce « travail » d’analyse de ce dont les civilisations et les matrices culturelles sont porteuses, elles ne peuvent que susciter une culpabilité qui mène au rejet par overdose et à la recherche d’équivalences : « d’autres peuples ont souffert, pourquoi parler tout le temps de la Shoah et des Juifs ? » Et de citer « la traite négrière et les peuples colonisés » !

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A propos du livre de Claude Berger : « Pourquoi l’antisémitisme ? »

by Claude Berger on septembre 12, 2013

Chronique du livre de Claude Berger « Pourquoi l’antisémitisme ? » publiée dans Actualité Juive du 12 septembre 2013.

Pourquoi l'antisémitisme ?

Y a-t-il un « pourquoi » à l’antisémitisme, cette passion qui touche à ce qu’il y a de plus irrationnel chez l’être humain ?

« Poser la question du pourquoi, c’est s’interroger sur les motivations profondes et sur les pulsions inconscientes qui nourrissent les propos et les actes criminels antisémites » répond d’entrée de jeu Claude Berger.

C’est enfin et surtout s’atteler à penser le phénomène antisémite dans sa continuité historique qui est celle de ses soubassements religieux tant il est vrai que la haine antijuive, y compris dans ses formes les plus actuelles, demeure incompréhensible sans une analyse en profondeur des deux religions monothéistes.

L’antisémitisme contemporain ressortit en effet d’une double matrice chrétienne et islamique, laquelle matrice place le signe juif tant du côté de l’origine, comme figure symbolique du père, que de celui de la chute de l’humanité avec la mise à mort du Christ. Forgée par Saint-Augustin, la notion de « peuple témoin » est à cet égard emblématique : « Maintenant c’est fait : par toutes les nations ont été dispersés les Juifs, témoins de leur iniquité et de notre vérité. » écrit alors l’évêque d’Hippöne, ville romaine située de l’autre côté de la Méditerranée dans ce qui n’est pas encore l’Algérie. La persécution des Juifs censée démontrer leur erreur originelle s’inscrit dans cette période, au 4e siècle après J-C, comme un dogme de l’Eglise.

Cette association du Juif à une féminité jugée diabolique est-elle absente de la religion musulmane, qui n’a jamais admis, on le sait, la mise à mort du Christ ? Si le Coran diffère sur bien des plans des Evangiles, il n’en reste pas moins que celui-ci « n’altère pas de façon significative », le discours islamiste, souligne l’auteur, reprenant à son compte l’ancienne imagerie selon laquelle « la chute de l’humanité est due aux Juifs ».

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Le kibboutz : un message du petit Israël au monde entier

by Claude Berger on mai 31, 2013

Article publié dans les Cahiers du Cercle Bernard Lazare de mai 2013, à loccasion du 65ème anniversaire de lÉtat dIsraël.

Sur une table dressée, un anniversaire allume toujours les bougies du souvenir. Mai 1948, je revois le Pletzel, le quartier juif de Paris. Il s’étendait alors du quai de Seine au bas Belleville, la Place Saint-Paul en était un centre et la Place de la République un autre. L’industrie du tissu et le labeur de la confection mettaient à l’ouvrage les grossistes, les artisans du vêtement, les ouvriers à domicile qui livraient à dos d’hommes les dernières collections façonnées en nocturne. Une ruche dans laquelle les abeilles parlaient encore yiddish. Rue Saint-Antoine, la première immigration des Juifs d’Algérie occupait le marché des quatre saisons. Les deuils impossibles après la décimation, la volonté de regarder vers l’avant avec la douleur aux basques et voilà que la nouvelle déferle : « L’Etat d’Israël est proclamé ! ».

Elle ouvre les portes, elle livre aux fenêtres une clameur, et les Juifs encore meurtris viennent crier de joie dans les cours. Ils sont là, les jeunes orphelins aux études cassées, les rescapés. Ils sont nombreux à s’être jetés dans le champ libre de la brocante et de la chine, un espace ouvert aux nomades en exil incessant. Ils sont là ceux du café Galidie de la rue Charlemagne : Jacquot Tel-Aviv, Moshé le zazou, Albert le Hongrois, Moustache et tous ceux dont j’ai oublié le nom qui s’enthousiasment, éprouvant soudainement une fierté inconnue mais auparavant rêvée: les Juifs de l’exil ont construit leur Etat après un peu moins de deux mille ans d’absence et de persécutions. Les Juifs feront fleurir leur culture et jamais plus ne s’inclineront. Il y a la guerre, ils la gagneront. Le refus de l’Etat juif par les cinq pays arabes qui l’attaquent dès sa proclamation et par les Arabes palestiniens pour ceux qui suivent le grand Mufti ancien allié d’Hitler, annonciateur de la parenté entre le nazisme et l’islamisme, échouera. Il faudra du temps avant que naisse un nationalisme palestinien qui accepte le principe de deux Etats et délaisse véritablement l’ancienne rhétorique maintenue par les fous de Dieu du Hamas. Le souffle de joie s’enthousiasmait autant de la résurrection nationale que du monde nouveau qui naissait. L’image des jeunes pionniers, garçons et filles mêlées qui, dans les kibboutzim, inventaient une forme de vie collective et égalitaire, sans propriété et sans salaire, faisait rêver. Le dévouement à la communauté d’existence et de production se substituait à l’appât par le salaire qui sert de motivation au travail dans la société capitaliste fondée sur le salariat mais il construisait de surcroît la nation dans la continuité. L’Etat d’Israël bénéficiait de cette image et de cette invention qui n’avait rien d’une idéologie et qui s’est faite sur le tas à Degania en 1909.

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Y a-t-il un « pourquoi » à l’antisémitisme ?

by Claude Berger on mai 28, 2013

Chronique du livre de Claude Berger « Pourquoi l’antisémitisme ? » publiée dans les Cahiers du Cercle Bernard Lazare de mai 2013.

Pourquoi l'antisémitisme ?

Y-a-t-il un « pourquoi » à l’antisémitisme, cette passion qui touche à ce qu’il y a de plus irrationnel chez l’être humain ? « Poser la question du pourquoi, c’est s’interroger sur les motivations profondes et sur les pulsions inconscientes qui nourrissent les propos et les actes criminels antisémites » répond d’entrée de jeu Claude Berger.  C’est enfin et surtout s’atteler à penser le phénomène  antisémite dans sa continuité historique qui est celle aussi de ses soubassements religieux.

L’auteur met à cet égard à nu un certain nombre de mythes contemporains qui, à force de vouloir trop « contextualiser » la violence antijuive, finissent paradoxalement par la déshistoriciser, faisant fi de ce « temps long » façonnant l’inconscient collectif des peuples et des civilisations. Ainsi en est-il des violences  judéophobes  qui ont marqué l’actualité française de cette dernière décennie, de l’assassinat d’Ilan Halimi à celui des enfants juifs de Toulouse. La « bien-pensance », note sur ce point l’auteur, « fait de l’antisémitisme moderne une extension du « conflit israélo-palestinien » tout comme elle avait fait de l’antisémitisme exterminateur passé une extension du totalitarisme nazi et un phénomène allemand sans histoire moyenâgeuse  et sans  passé chrétien déterminant. »

L’antisémitisme contemporain ressortit d’une double matrice chrétienne et islamique. La haine anti-juive demeure incompréhensible sans une analyse en profondeur des deux religions monothéistes issues de la même origine judaïque. L’Eglise en tant qu’institutionnalisation du christianisme, devenu religion d’Etat au IVème siècle, pose les fondements de la doxa anti-juive. Selon ce qui deviendra le dogme de l’Eglise catholique, les malheurs des Juifs, les persécutions dont ils sont l’objet, sont sensés démontrer leur erreur originelle, celle de ne pas avoir reconnu la « vraie religion ». C’est ce qu’exprime la notion de « peuple témoin » forgée par Saint-Augustin : « Maintenant  c’est fait : par toutes les nations ont été dispersés les Juifs, témoins de leur iniquité et de notre vérité. »

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La légèreté coupable d’Hannah Arendt

by Claude Berger on mai 18, 2013

Doit-on subir Hannah Arendt ? Le film, bien entendu, apologie pesante de l’auteure, présentée triomphante de ses adversaires, ceux-là ignorés pour les besoins du spectacle. Doit-on subir ses propos, ses interprétations, sans révéler leurs faiblesses et les critiques émises de son vivant ?

Le livre d’Hannah Arendt Eichmann à Jérusalem avance deux idées « marketing ». Premièrement, Eichmann était un être médiocre, banal, un fonctionnaire servile obéissant aux ordres du chef d’un système totalitaire, à mille lieux d’un monstre. D’où le concept de « banalité du mal » et l’accusation de l’extermination des Juifs à porter au seul totalitarisme, ce qui universaliserait l’inhumain dans l’humain, éluderait la spécificité et l’unicité de la Shoah et dispenserait de rechercher les motifs et les pulsions irrationnels d’un fantasme qui, pour se vouloir final, fut porté par l’histoire depuis l’époque des croisades. Secondement, les Conseils juifs, administrations juives des ghettos, accusés d’avoir eux-mêmes collaboré à la destruction des Juifs et la Cour israélienne suspectée à tort de censurer, par idéologie nationaliste, la question qu’elle avait traitée dans un autre procès.

Un philosophe, fort heureusement, a dégainé sa lucidité pour dénoncer l’imposture. Il s’agit de Luc Ferry (Le Figaro du 9 mai) qui relève « la colossale méprise d’une intellectuelle piégée par des abstractions » qui se contente d’observer les justifications du fonctionnaire Eichmann exécutant les tâches qui lui sont assignées : l’extermination des juifs par tous les moyens sans jamais poser la question des motivations qui l’ont fait adhérer à la réalisation d’un tel projet1.

Lorsqu’un criminel assassine, on s’empresse de sonder ses repères familiaux et ses motivations. Il y a lieu d’en faire autant pour les crimes de société. Avant l’industrialisation de l’extermination par les gaz et l’élimination des corps par les fours en 1942, le crime contre les Juifs était pratiqué à l’ancienne, au fusil ou à la mitrailleuse, à même les charniers sur le front d’Ukraine dès juillet 1941, tout comme en Roumanie par une action conjointe allemande et roumaine. L’engagement rapproché des tueurs répond à une passion qui elle-même offre un plaisir à tuer. La participation à un pogrom d’Etat utilisant des méthodes industrielles n’élimine pas la passion d’un projet qui promettait la libération par l’élimination d’un peuple obstacle et « parasite » et la venue d’un âge d’or national-socialiste. La satisfaction y est en apparence plus distante, plus « raisonnée » mais par là plus déterminée dans la durée et plus responsable.

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Vojtek

by Claude Berger on mai 12, 2013

Le cimetière juif de Prague

La frontière était terriblement gardée. Vous vous présentiez devant la barrière du poste, vous stoppiez votre véhicule et de chaque côté de la route, les factionnaires agrippaient leurs mitrailleuses en vous pointant. La nouvelle s’était répandue à Vienne, le gouvernement de Prague accordait quelques visas. La chose était inédite. On ne pouvait en prévoir la durée ou le renouvellement. Il fallait saisir l’opportunité, il n’était pas dit qu’elle se représenterait. La route était déserte. Aucun autre véhicule n’avait tenté le périple. Pour revigorer l’envie de franchir la frontière, refroidie par l’hostilité militaire, il fallait se remémorer les versets de la propagande. Le bunker et le mur de fer étaient nécessaires. Les ennemis impérialistes n’avaient qu’une envie, empêcher l’édification du paradis socialiste. J’allais enfin voir par moi-même l’autre côté. J’étais un privilégié. Au retour, je pourrais témoigner de la fausseté des rumeurs et de la vérité.

Les passeports vérifiés, la voiture fouillée, les poches tâtonnées, le feu vert délivré, la voie vers Prague était libre. Les champs en friche et les broussailles sombres  effaçaient les dernières visions des parcelles cultivées d’une Autriche grasse et verdoyante. La route évoquait les pistes de terre battue qui de la côte africaine remontent vers les mystères d’un Sahel traversé de nomades rêveurs. Aucune autre voiture à l’horizon. Une marge de silence et de poussière sur un chemin sans asphalte, le goudron avait perdu sa raison d’être pour un monde retranché.

Sur la route déserte et poussiéreuse, Vojtek courait.

Laisse-t-on un homme seul, visiblement pressé, à deux kilomètres à peine d’une frontière en état de guerre, courir comme s’il était traqué par des poursuivants invisibles ? Je jetais un regard dans le rétroviseur, Vojtek me hélait de la voix et me faisait signe. Je le faisais monter dans la voiture. Venant de Vienne, je m’adressais à lui en Allemand. Il me répondit en Allemand. J’étais plus à l’aise en Anglais. Il me répondit en Anglais. Etonné, je jurais en Français, il m’interpella en Français.

– D’où venez-vous ?

Je trouvais la question incongrue. Cet homme polyglotte qui parlait parfaitement le tchèque et qui courait seul sur une route sans asphalte à la tombée du soir à deux pas d’une frontière de fer réputée infranchissable me semblait incarner le portrait idéal de l’espion de l’occident infiltré dans les pays du camp progressiste. J’allais bientôt payer mon imprudence d’une incarcération qui ferait l’objet de marchandages entre les  deux camps. Pour peu que l’on déchiffre mes origines juives, je serai de surcroît qualifié de complice sioniste. Je retournai la question.

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Claude Berger : « Il est temps de questionner les motifs profonds des crimes de société »

by Claude Berger on mai 1, 2013

Entretien publié sur le site Culture Com 06 à l’occasion de la sortie de « Pourquoi l’antisémitisme ? ».

Pourquoi l'antisémitisme ?

Claude Berger, vous avez porté l’étoile jaune à l’âge de six ans et vécu caché pendant deux ans. Vous êtes l’auteur d’un livre intitulé « Pourquoi l’antisémitisme ? » (Les Editions de Paris, Max Chaleil). Existe-t-il des motifs rationnels à l’antisémitisme ?

CLAUDE BERGER : J’ai été caché deux années en compagnie des grands-parents dans une maison aux volets fermés dans l’attente d’une arrestation de nuit comme de jour. Je n’avais plus mes parents. Une question agite alors les condamnés : est-ce moi qui suscite ce désir d’extermination ou bien est-ce l’autre, le persécuteur, assisté de l’indifférent voire du consentant, qui projette sur moi ce désir ? Les Juifs étaient expulsés de France entre 1394 et 1791 (ils étaient admis en ghettos dans les terres papales), il n’y avait donc plus de Juifs à Paris sous Louis XIII, et pourtant on recherchait des Juifs à persécuter. On ne trouva que des chiffonniers et on les accusa d’être de la synagogue! Les Juifs étaient expulsés d’Angleterre depuis 1290, il n’y avait donc plus d’usuriers juifs et pourtant Shakespeare met en scène son Shylock , usurier cupide, en 1596, trois siècles plus tard alors que les Juifs ne sont réadmis qu’en 1656! En 1969 on assiste en France, à Orléans et dans d’autres villes à la naissance d’un mythe, celui de la disparition des femmes dans les magasins tenus par des Juifs. En 1946, à Kielce, en Pologne, une rumeur prend forme : les Juifs de retour d’Urss ont fait disparaître un enfant chrétien à des fins rituelles: bilan 42 Juifs assassinés, 80 blessés. L’antisémitisme ne prend pas appui sur des motifs rationnels. Il naît d’une matrice culturelle, chrétienne pour l’Europe, qui produit des fantasmes sans réalité.

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