Revenu universel ou kibboutz urbain ?

by Claude Berger on décembre 26, 2016

Billet de 100 francs

Une rumeur hante le cercle des penseurs myopes : le travail va disparaître de l’horizon visible. La robotisation, le recours à la science comme force productive, les nouvelles technologies informatiques feraient disparaître son marché. Une candidate à la présidence nous annonce déjà « la fin du salariat » et l’apparition salvatrice d’une nuée d’auto-entrepreneurs, d’autres observent inquiets la mondialisation du chômage, source de migrations massives, et proposent une recette : le revenu universel aux fins d’occuper les sans-travail risquant de virer à la révolte ou à la délinquance et cela sous prétexte que bientôt pour produire,  il n’y aura plus besoin de travailler.

Ces propos témoignent ou bien d’une incompréhension grave de ce qu’est le salariat ou pire d’une ignorance têtue. Le salariat est une invention qui succède à l’esclavagisme et au servage et à la corporation. Tout commence au XIVe siècle lorsque les marchands s’approprient le travail pour en faire une marchandise concurrentielle et pour fabriquer par eux-mêmes (premier marché du travail à Auxerre en 1393 selon Braudel). Il a fallu quatre siècles, jusqu’aux  décrets d’Allarde de mars 1791 suivis de la loi Le Chapelier de juin 1791 pour que soient interdites les corporations affiliées à un ordre religieux et respectueuses de l’ordre hiérarchique féodal et pour que soit libéré le marché du travail sans possibilité d’association des travailleurs.

L’analyse du salariat et le projet de son abolition ont été étouffés. Cette omerta règne toujours. Elle a commencé du vivant même de Marx, à tel point qu’il s’insurgeait : « Le capital et le salariat sont liés l’un à l’autre et disparaîtront ensemble. Il est donc absurde de parler de capitalisme sans salariat ». La pensée « absurde »  a  réduit le capitalisme à l’exploitation en oubliant qu’il repose sur la transformation du travail en marchandise concurrentielle, (le salariat), une concurrence pérennisée par une citoyenneté désolidarisée sous le chapeau de l’Etat qui prend la place des religions pour prétendre incarner  le lien social. L’appât du salaire individuel sert alors de motivation essentielle du travail, il engendre à la fois la soumission et l’idéologie du chacun pour soi.

L’apparition du salariat en occident impliquait  la libre circulation des femmes sur le marché du travail. Ce  fut intolérable pour l’Eglise inquisitoriale jusqu’à la Révolution. C’est aujourd’hui intolérable pour l’islam qui y risque la perte de son hégémonie sur la société et qui réagit par la violence. Les pertes identitaires se conjuguent alors avec  le cycle infernal propre à la société de salariat, un cycle certes productif et source de développement. L’omerta « absurde » empêche d’en saisir le fonctionnement, à savoir : les travailleurs revendiquent contre leur exploitation, le capital réagit  par l’importation de mains d’œuvre moins onéreuses – sans tenir compte de leurs cultures fussent-elles mortifères – réagit ensuite par l’exportation de ses fabriques, par la robotisation, par l’innovation permanente sur un marché des produits lui aussi concurrentiel, par la marchandisation de toutes les activités humaines, par l’appel à la science dans un but de productivité, par l’incitation au consumérisme, par l’obsession de la croissance, par l’exportation du salariat dans le monde entier. Ce n’est pas la fin du travail annoncée par Rivkin ni la fin du salariat annoncée par NKM au gré de l’augmentation du nombre des auto-entrepreneurs, non, il n’y eut jamais  autant de travail salarié sur terre ! C’est la mondialisation du salariat et du chômage au monde entier, c’est la mondialisation des déperditions culturelles et des recours à la violence, c’est l’acheminement  vers une crise du salariat provoquée par le surnombre des postulants, crise similaire  à celles que connurent l’esclavagisme puis le servage. Et c’est la revendication qui sert de mise à feu de ce « cycle infernal » !

Ce qu’on a appelé « communisme », c’est-à-dire le bolchevisme léniniste ou maoïste, n’a jamais comporté de projet d’abolition du salariat : ce fut un capitalisme d’Etat donc un salariat d’Etat pire que le salariat privé. Il a  servi, au bout du compte, à installer le salariat par la force dans des pays où il était minoritaire en transformant les paysans en travailleurs salariés jetés sur le marché : tout comme le salariat s’est développé en Europe par des maisons de travail forcé et par la répression. Le projet de substituer à la société de salariat une société fondée sur l’association et le communalisme selon la conception de Marx et  d’Engels n’eut donc jamais d’existence et ne peut mériter le qualificatif  d’utopie, car après la chute de la Commune, la social-démocratie parlementariste – façon Lasalle – ou violente – façon Lénine, adeptes du capitalisme d‘Etat, a dominé et pratiqué une omerta sur la question du salariat et sur  la façon de le faire disparaître. L’effondrement du capitalisme d’Etat porté par les gauches  « absurdes » laisse la gauche aujourd’hui sans autre projet que le libéralisme et  le vœu pieux d’une distribution qui serait équitable, alors même que le marché du travail réclame une main d’œuvre « compétitive », c’est-à-dire de moindre coût. Il n’y eut donc jamais d’utopie de la fin du salariat sauf à ressusciter les utopistes des  siècles passés de Thomas More à Campanella, de Victor Considérant à Cabet et à Robert Owen.

A l’appât du salaire comme motivation du travail et au chacun pour soi, à la revendication qu’ils décrètent « sans issue », Marx et Engels opposent l’association, le sens communautaire, la récupération du pouvoir extorqué au même titre que la plus-value, la réinvention de l’existence collective. Avec une condition : « Le travail dans sa forme immédiate, mesurable et quantifiable, devra cesser  par conséquent d’être la mesure de la richesse créée ». Le propos est actuel. Dès lors, seul un mouvement d’émancipation établissant l’association  dans l’existence, la production, le pouvoir et la solidarité avec les pays non développés, peut  amorcer le début d’une fin progressive du salariat et la transformation des mentalités.

Tout comme le salariat et le marché du travail furent une  invention des marchands, les kibboutzim, villages clos où la motivation du travail est le bien de la communauté et non plus le salaire individuel, furent aussi une invention. Il en reste une soixantaine qui maintient ce principe. Mais d’autres types de structures sont apparues  corrigeant les défauts des premiers kibboutzim, ce sont les kibboutz urbains, plus souples, plus ouverts et non plus villages clos ou phalanstères. Désormais, entièrement au service de l’individu, ils se développent en ville et font des petits en Israël et même à Tel Aviv. Dernière nouvelle, il en naît en France et même à Paris*. Ils cherchent à transformer les mentalités dans les zones sensibles au profit de l’entraide et de la solidarité et reposent sur une implication de leurs membres par le partage, par des mises en commun, par des projets y compris économiques. L’Espagne libertaire a, en son temps, aussi expérimenté une forme d’association  et de fédération avant d’être broyée par le franquisme et par les communistes menés par André Marty surnommé « le boucher d’Albacète ».

Ah ! Oui ! Le revenu universel ? Un super assistanat d’Etat qui ne modifie en rien la société de salariat en attente de ses flux migratoires et de ses violences identitaires. Un pansement illusoire pour maintenir le salariat !

Autre question : comment se fait-il que la gauche social-démocrate ait pu si facilement opérer son omerta sur la critique marxienne du salariat ? La réponse  est la suivante : elle n’a jamais analysé – c’est sa seconde omerta – les conséquences de l’antisémitisme des pères fondateurs de la gauche, Marx, Proudhon, Bakounine, Fourier, sur ses propres analyses intellectuelles.  Elles sécularisaient d’une part  l’antijudaïsme catholique mais de l’autre elles sécularisaient la matrice culturelle chrétienne du « renversement ». Dès lors, il était plus simple de fantasmer sur un simple renversement des malsains par les saints « révolutionnaires » et sur un soir final qui se moulait parfaitement sur le Jugement dernier et sur un « messianisme » de gauche », en toute bonne conscience…sans rien toucher à « l’esclavage salarié » ainsi que le nommaient Marx et Engels en s’adressant aux « conservateurs du salaire ».

*Pour en savoir plus, rendez-vous sur : lekibboutzurbain.wordpress.com.

BHL, candidat prophète

by Claude Berger on septembre 30, 2016

Bernard-Henri Lévy (photo : Olivier Roller)

Interviewé sur son essai L’esprit du judaïsme, Bernard-Henri Lévy a tenu des propos qui méritent d’être relevés ;  Laurent Fabius mis en cause puis innocenté dans l’affaire du sang contaminé ? Dominique Strauss-Kahn dans l’affaire du Sofitel ? Selon lui, des pièges possibles mâtinés d’antisémitisme ! Au vu de sa carrière, il ne semblait pas que Laurent Fabius ait subi des attaques antisémites à l’instar des Juifs qui vivent à Sarcelles. De même l’image donnée par  Strauss-Kahn dans d’autres affaires hôtelières n’avait nul besoin d’antisémitisme pour être dégradée, lui qui n’avait sans doute pas lu  La femme et le socialisme d’Auguste Bebel et moins encore son analyse de la prostitution « nécessaire » à la société capitaliste, marchande et « bourgeoise ».

On ne savait pas non plus que Spinoza méritait de se voir refuser un certificat de judéité par le « grand maître » alors que Théodore Herzl  déclarait à propos de Moses Hess, l’auteur « si oublié » de Rome et Jérusalem, qu’il était le « plus grand penseur juif depuis Spinoza » ! Mais  ces propos déplacés ne sont que les révélateurs d’un escamotage de la pensée déjà à l’œuvre avec une prétention inégalée dans ses écrits précédents.

A l’été 2008, la revue Le Meilleur des mondes publiait (dans son numéro 8), un article de Bernard-Henri Lévy intitulé Athènes, Rome et Jérusalem, aux sources de la pensée occidentale. Il y tenait déjà des propos consternants sur l’antisémitisme.

D’un seul trait, il y dédouanait la chrétienté de toute implication dans le façonnement des idéologies qui ont fomenté puis accompli l’extermination des Juifs, ne serait-ce que par un conditionnement propice à la pensée d’une solution finale et cela, autant dans l’histoire passée que dans ses fondements idéologiques. Mieux, dans le but de préserver la chrétienté, il en venait à affirmer que le malheur serait arrivé par une insuffisance de christianisation !

« On dit, on répète, que le christianisme, et, principalement le catholicisme ont pavé la voie du nazisme et acclimaté ses énoncés. Eh bien, je ne crois pas cela. […] il faut se résoudre à l’idée que le nazisme n’a été possible, au contraire, que dans une Europe et dans un pays qui avaient été […] mal labourés par le christianisme » (p.13).

Ces propos défient la vérité historique et toute analyse sérieuse. Jules Isaac, Poliakov ? Connais-pas ! Et l’ignorance ou le rejet ne tenaient pas du seul désir d’occuper la scène médiatisée du moment. Dix ans plus tôt, BHL les tenait à l’identique dans Le Testament de Dieu (p.165) Martelés avec constance, ils témoignent en quelle que sorte d’une « idéologie française » fabriquée par la marque BHL.

« L’idée d’extermination, qu’on le veuille ou non était proprement impensable, voire sacrilège, dans un univers monothéiste où l’Alliance nouvelle succédait à l’Alliance  ancienne,: elle devient possible, pensable, raisonnable, scientifique peut-être, dans le monde déchristianisé et voué aux grandes régressions païennes. » (p.130)

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Nice : la niaiserie officielle

by Claude Berger on juillet 29, 2016

Dessin signé Mesia, publié sur Twitter suite à l'attentat de Nice (détail)

Article publié par l’agence Menapress le 26 juillet 2016.

« Il s’est radicalisé très récemment et très rapidement »… c’est la nouvelle niaiserie offerte par le Ministre de l’Intérieur et répétée à longueur d’onde à propos du criminel islamiste de Nice.

Autrement dit, badauds et futurs électeurs, la conclusion s’impose : vos dirigeants, Cazeneuve, Hollande, Valls sont hors de cause, il était impossible de prévoir le passage à l’acte de quelqu’un qui n’était pas fiché et qui selon un fidèle « ne fréquentait pas la mosquée et ne suivait pas le ramadan » !

Autre conséquence, il faut donc vous habituer, Français,  à votre sort de cibles permanentes, à domicile comme pour le couple de Magnanville ou dans vos festivités comme celle du 14 juillet !

En vérité, ce propos du ministre est révélateur de l’aveuglement de la pensée des dirigeants politiques  face à l’islam et à l’islamisme et  face au terrorisme qui s’en réclame. D’une part, même repérés par les services de renseignements, les terroristes islamistes qui ont sévi à Toulouse, à Paris, à Bruxelles ont pu circuler sans problème et opérer à leur guise. D’autre part, on ne peut plus faire « comme si » il n’y avait pas de problème avec l’islam confronté avec l’extension mondiale du marché du travail.

Un marché qui implique notamment une liberté de circulation des femmes et la perte de la mainmise religieuse sur l’hégémonie sociale au profit de l’Etat républicain. Les bombardements ciblés sur Daesh ne règlent pas le problème du basculement des cités à forte implantation musulmane dans la marginalisation insurrectionnelle d’une partie des populations nourries de l’islam.

Ce problème est mondial et concerne également tous les pays musulmans. Ne pas avoir vu ce phénomène témoigne de l’aveuglement qui a présidé à l’importation massive de mains d’œuvre sans tenir compte des matrices culturelles qui les ont formatées.

Or nos sociétés sont fondées sur la transformation du travail en marchandises sur un marché concurrentiel. L’oublier, l’ignorer c’est aller droit vers une crise du salariat par le surnombre sur ce marché et c’est provoquer les crises identitaires non seulement chez les nations importatrices mais aussi chez les populations migrantes. A terme c’est semer les germes d’une guerre civile. Le discours anti-islamophobe ou anti-amalgame veut taire ce conflit et ne fait que servir la cause de l’islamisme.

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Unesco : le vote de la honte

by Claude Berger on mai 4, 2016

Mur des lamentations

Le 16 avril dernier, la France représentée par Laurent Stefanini a voté à l’Unesco une résolution proposée par l’Algérie, l’Egypte, le Liban, le Maroc, Oman, le Qatar, le Soudan. Elle proclamait, sans nuance, le seul caractère musulman du site de la mosquée Al-Aqsa. Ce site repose pourtant sur le Mont du Temple, celui de Salomon, et domine le Mur dit des Lamentations où les Juifs n’ont jamais cessé de prier depuis près de deux mille ans, de la destruction du Temple en 70 jusqu’à nos jours.

Cette résolution n’obéit qu’à un seul but : transformer Israël en puissance colonisatrice « étrangère » qui serait donc illégitime, diaboliser son existence et entretenir le désir de son éradication. Ce négationnisme de la culture juive et du lien continu des Juifs avec la terre d’Israël est le pendant obligé de l’antisémitisme qui n’accorde aucune place aux Juifs dans les pays de la dispersion. A l’antisémitisme qui a œuvré dans le passé, succède et quelques fois s’adjoint celui qui œuvre dans le présent et qui se nourrit de l’islamisme quand ce n’est pas du gauchisme, un gauchisme qui n’a jamais mesuré les effets de l’antisémitisme des pères fondateurs de la gauche, Marx, Proudhon, Bakounine, Fourier sur sa propre mythologie. On passe ainsi du peuple de trop à pays de trop et inversement. Ce n’est pas tant le nombre des attentats et des actes antisémites commis en France qui mine les Israélites de l’Hexagone, que ce sentiment d’une nouvelle exclusion qui les ostracise comme représentants d’un Etat étranger et les pousse vers la sortie.

Une fois déposées les lunettes de la diabolisation d’Israël et des Juifs, c’est l’islamisme naissant qui en 1947 se révèle la source du conflit israélo- palestinien. Dirigé par le Mufti proche d’Hitler – qui sera épargné par la France d’une arrestation par la Grande Bretagne- le camp palestinien obnubilé par le seul refus islamique d’un Etat juif rejette tout partage et ne songe même pas à construire son Etat dans la partie qui lui est dévolue et qui sera occupée par les Jordaniens vingt ans durant. L’ensemble des media convertis à la diabolisation d’Israël participera à la manipulation des opinions publiques par une sémantique appropriée. On ne parlera plus de Judée et de Samarie mais de « Cisjordanie ». On évoquera des territoires occupés et non pas disputés, pour cacher que ces territoires ont été repris, en 1967, par Israël aux Jordaniens, qui les occupaient depuis 1948. Et que la ligne dite de 67 correspond à une ligne de cessez-le-feu et non pas à une frontière négociée entre Israéliens et Palestiniens. Dans le même temps, les Juifs étaient chassés des pays musulmans suite aux défaites des armées arabes à l’issue des guerres de 1948 et de 1967, dont l’unique but était d’éradiquer le nouvel État d’Israël. Israël dont 20% de la population est arabe est donc confronté à l’islamisme depuis sa création mais fait nouveau la France est désormais elle aussi confrontée au même islamisme que ce soit celui de Daesch, celui qui fait trembler l’Afrique ou celui qui s’agite dans les cités assassines. Un islamisme porté à la négation de l’autre. Ménager l’islamisme aux portes d’Israël et maintenant aux portes de l’Egypte et prétendre le combattre ici témoigne d’une faiblesse, d’un aveuglement ou pire d’une lâcheté. Le vote de la résolution de l’Unesco, ce vote de la honte, a été commis au nom du peuple français et ne fait qu’alimenter l’idéologie islamiste, chiite ou sunnite, qui ne connait pas de frontières. Tant que la France ne changera pas de politique à l’égard d’Israël, on peut légitimement douter du bien-fondé de son action pour la sécurité des Français, Juifs ou non, désormais confrontés au même terrorisme que les Israéliens.

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Le délit d’antisionisme, crime contre l’humanité ?

by Claude Berger on février 7, 2016

Manuel Valls

Article publié par l’agence Menapress le 3 février 2016.

Manuel Valls, le Premier ministre français, s’efforce de rassurer la communauté juive et ceux qui, en dehors d’elle, s’inquiètent de la banalisation de l’antisémitisme et de l’augmentation des agressions antijuives. Mais le Premier ministre n’a pas vu que la donne a changé : si l’antisémitisme identitaire se conjuguait jusqu’ici avec l’islamisme, l’islamo-gauchisme et le vieux tiers-mondisme pour nourrir l’antisionisme, c’est désormais la diabolisation d’Israël et l’antisionisme qui nourrissent l’antisémitisme, faisant des Juifs des représentants d’un pays étranger, voire « illégitime », qui n’auraient pas leur place ici.

A tel point qu’il devient méritoire d’afficher en public une simple évocation positive d’Israël, un pays confronté à l’islamisme depuis l’origine de son existence. Alors qu’auparavant, après la Shoah et la culpabilisation des propos antisémites, on a évolué inconsciemment de peuple de trop à pays de trop pour condamner Israël ; on passe désormais de pays de trop à peuple de trop pour ostraciser les Juifs. Ce n’est pas tant le nombre des attentats et d’actes antisémites commis en France qui mine les Israélites de l’Hexagone, que ce sentiment d’une nouvelle exclusion qui les met en porte-à-faux et les pousse à partir.

M. Valls n’a sans doute pas remarqué que c’est son propre gouvernement, encadré par ses mouvances de gauche, qui mène une stratégie de diabolisation d’Israël en ne s’opposant pas à des démarches caricaturalement hostiles à l’État hébreu, auprès de l’UNESCO ou au sein de l’ONU. Des démarches  allant jusqu’à islamiser des sites historiques juifs dans le seul but de faire porter la responsabilité du conflit par Israël,   accusé « d’occupation » et de « répression » de façon à l’assimiler à un État colonial et partant, illégitime.

L’ensemble des media convertis à la même obédience participe à la manipulation des opinions publiques par une sémantique appropriée. On ne parle plus de Judée et de Samarie mais de « Cisjordanie ». On évoque des territoires occupés et non pas disputés, pour cacher que ces territoires ont été repris, en 1967, par Israël aux Jordaniens, qui les occupaient depuis 1948.

Initialement destinés par l’ONU, en novembre 1947, à l’installation de deux pays, les forces arabes et les Arabes de Palestine, obnubilés par leur seul refus d’un État juif, n’ont jamais songé à y constituer le leur, pendant que les « territoires » étaient occupés, vingt ans durant, par les Jordaniens.

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Marx, Mahomet et l’islamo-gauchisme

by Claude Berger on décembre 19, 2015

Karl Marx

L’inquiétude ressentie par la population est fondée : ce n’est pas avec des Rafales lancés sur l’Etat islamique en Syrie et en Irak qu’on éliminera les cellules dormantes de l’islamisation de la France. Son programme ? La charia pour tous ou la mort violente.

Dans notre roman national, il a fallu la contrainte violente imposée par la révolution française puis la lutte anticléricale pour obliger l’Eglise inquisitoriale à ne plus gérer l’hégémonie sociale sur la base de ses dogmes. Et ainsi à privilégier son discours d’amour de l’humanité. Elle devint alors compatible avec la république. Or, aujourd’hui, c’est autant l’islam qui se veut paisible que l’islam qui se veut violent qui affichent chacun à leur façon cette même ambition dogmatique d’hégémonie sociale et aucune frontière hermétique ne les sépare. L’islam radical prolifère sur la base de l’islam paisible. Tant qu’une volonté combative tant dans les pouvoirs publics que dans la population musulmane elle-même ne se manifeste pas pour contraindre l’islam à la réforme, il est illusoire de s’attendre à la rémission du fascislamisme qui s’est développé sur le sol de France parmi la jeunesse des cités.

Que ce fascislamisme trouve des complaisances dans une extrême gauche ou profite de l’aveuglement d’une gauche qui établit de manière simpliste une équation entre chômage et radicalisation dans l’espoir d’y trouver un anticapitalisme et des prolétaires de substitution , c’est certain. Mais de là à y voir une « alliance opportune entre le Coran et le Capital, entre Mahomet et Marx », comme l’écrit Ivan Rioufol (Le Figaro du 27 novembre 2015), le propos est simpliste et le cliché ne permet pas d’élever le lecteur quant aux rapports entre l’oeuvre de Marx et la gauche lénino-stalinienne d’abord, puis la social-démocratie actuelle divisée entre libéraux, frondeurs et anticapitalistes archaïques. Leur « marxisme » n’a rien à voir avec le texte de Marx qui le fustigeait déjà à son époque. Leur erreur suprême réduit le capitalisme à l’exploitation au lieu de le faire reposer sur la transformation du travail en marchandises concurrentielles sur un marché, celui du travail. Cette lecture-censure, cette première omerta opérée par la gauche, toutes tendances confondues, perdure.

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Islamisme : une matrice culturelle mortifère

by Claude Berger on décembre 2, 2015

Fillettes en prière en Malaisie

Article publié par l’agence Menapress le 21 novembre 2015.

Mercredi 11 novembre 2015, le ministre français de l’Intérieur entonne un cocorico. Ses services ont déjoué un attentat dirigé contre la base maritime de Toulon. Il bombe le torse : admirez notre efficacité ! Le vendredi suivant, six attentats coordonnés déciment la population parisienne et révèlent l’imprévoyance coupable des autorités. C’est un carnage : 130 morts, 352 blessés dont 99 au pronostic grave et incertain.

Dimanche, la foule parisienne tient à manifester son émotion en dépit de l’interdiction de se réunir mais elle cède à la panique et se bouscule à la suite d’une rumeur de tirs infondée. Apeurée, elle a compris instinctivement qu’elle n’était pas protégée, qu’un nouvel attentat pouvait survenir à tout moment, et pire, que la classe politique au pouvoir, quelle que soit son orientation, est dépassée par un phénomène qu’elle est amenée à combattre sans le comprendre.

Déjà les « élites » politiques veillent à ce que les médias n’évoquent que des « terroristes » sans les qualifier d’ « islamistes ». Huit millions de musulmans, ça pèse énormément, électoralement parlant. Et puis, ce serait reconnaître que l’islamisme qui assassine en France naît et recrute en France (10.500 individus fichés comme radicalisés). Ce serait avouer que chaque ville possède au moins une zone radicale et sa mosquée salafiste, que les recrues tueuses peuvent aussi provenir, comme on pouvait le prévoir, des flux migratoires venus d’Orient ou d’Afrique. Ce serait admettre, enfin, que c’est par un double aveuglement que la vieille mère France a laissé s’installer sur son sol une culture islamiste qui souhaite son éradication. Mais nos sociétés ne contrôlent pas leur conscience.

Premier aveuglement, nos sociétés ne reposent pas seulement, comme elles le croient, sur les « droits de l’homme et du citoyen », proclamés lors de la Révolution française. A la même époque furent aussi légitimés les droits du marché du travail par la loi Le Chapelier, au détriment du servage et de la corporation.

Impact d’un marché libre : le travail y est une marchandise concurrentielle, qu’on achète ou qui se vend au meilleur prix. C’est le système du salariat. C’est l’Etat qui, dominant la société civile, incarne alors l’hégémonie et prolonge cette concurrence par une citoyenneté désolidarisée : il ne connaît que des citoyens – par ailleurs marchandises sur ce marché du travail.

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L’inconscient culturel et l’intifada des couteaux

by Claude Berger on octobre 30, 2015

L'inconscient culturel et l'intifada des couteaux

Article publié par l’agence Menapress le 23 octobre 2015.

Une décapitation au couteau commise en France, une autre, en Algérie, sur un Français, tout être « normal », choqué, désigne l’ennemi : le djihadisme, qui prend sa source dans l’islam. Tout comme les bûchers de l’Inquisition, qui poursuivaient les Juifs, les chrétiens « déviants » et les « sorcières », puis les protestants, trouvaient leurs origines dans la démonologie et le pouvoir de l’Eglise moyenâgeuse.

Or aujourd’hui, un président d’une république portant le nom de France, et un ministre des Affaires qui lui sont étrangères, osent prétendre que les attentats de janvier à Paris contre Charlie Hebdo et une épicerie juive, n’ont « rien à voir » avec l’islam.

On voudrait nous convaincre que la décapitation d’Hervé Cornara est un fait divers sans conséquences et sans suites.

Conséquemment, lorsqu’il s’agit de l’Intifada des couteaux, dirigée contre la population d’Israël, des assassinats commis au cri d’ « Allahou Akbar » (Dieu est grand), la présentation médiatique en amoindrit volontairement le choc, et inverse les responsabilités : ce ne sont plus les assassins fanatiques qui sont coupables de ces actes mais la domination, voire « l’occupation » israélienne de la Judée et de la Samarie, ou même l’existence d’Israël qui en sont responsables.

Parce que cette démocratie israélienne, dont 20% de la population est arabe, musulmane ou chrétienne, transformerait les Palestiniens en peuple martyr, ce qui justifierait toute forme de révolte et tous les assassinats.

Si certains désignent la « frustration politique » des jeunes Palestiniens devant le blocage d’une solution de partage et de réconciliation, ils oublient – ignorance, aveuglement ou bêtise – la phobie antijuive de l’Islam et des pays musulmans, qui, pour la plupart, n’ont d’ailleurs à ce jour pas accepté le principe de l’existence d’Israël.

En 1947, c’est le chef du mouvement palestinien, le Grand mufti de Jérusalem, collaborateur d’Hitler et de son plan d’extermination des Juifs, deux ans en poste à Berlin avant d’en être exfiltré par la France, qui rejette toute solution de partition en deux Etats après l’échec de la guerre d’éradication de l’Etat d’Israël, Etat proclamé en vertu d’un plan de partage onusien.

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« Le fascislamisme se fabrique devant nous comme autrefois le nazisme »

by Claude Berger on avril 2, 2015

Entretien publié par le magazine suisse Revue Juive en avril 2015.

Itinéraire d'un Juif du siècleClaude Berger est un penseur politique iconoclaste, auteur notamment de « Marx, l’association, l’anti-Lénine » (1974) et de « Pourquoi l’antisémitisme ? » (2013). Quelques semaines après les attentats meurtriers de Paris, il analyse ici les ressorts du « fascislamisme » et les causes de l’antisémitisme. Entretien.

Né à Paris en 1936 dans une famille de Juifs pauvres originaires d’Europe de l’Est, Claude Berger a porté l’étoile jaune et frôlé la déportation pendant la Seconde Guerre mondiale. Cet ancien militant communiste et anticolonialiste a été un dentiste social avant d’ouvrir un restaurant ashkénaze dans le quartier du Marais. Sa critique de la société salariale a influencé notamment Otelo de Caravalho, le meneur de la Révolution portugaise de 1974. Grand alpiniste, amoureux de poésie française et de chanson yiddish, Claude Berger vient de faire paraître Itinéraire d’un Juif du siècle aux Editions de Paris. Une autobiographie qui est l’occasion de présenter une pensée singulière arrachée à une vie tourmentée qui traverse le XXe siècle juif et européen.

Revue Juive : Le lendemain de la tuerie de Charlie Hebdo, vous avez écrit un article intitulé « Honorer la mémoire des victimes, c’est dire la vérité ». D’après vous, quelle est cette vérité que l’on ne dit pas ?

Claude Berger : L’assassinat des caricaturistes, c’est l’affirmation de l’islamisme, impitoyable et totalitaire. L’assassinat des Juifs, c’est l’affirmation de son fantasme final : leur élimination en tous lieux : Toulouse, Bruxelles, Paris, Israël… Au-delà de l’émotion, la manifestation parisienne lui a opposé la libre expression sans évoquer son but et sans voir sa genèse dans un islam assoupi plutôt que modéré alors qu’aucune frontière ne les sépare. Et elle a négligé le projet de tuerie des Juifs : les « je suis Charlie » se sont peu transformés en « Je suis Juif ». Dire la vérité, c’est ne plus s’aveugler face au « fascislamisme » : il se fabrique devant nous comme autrefois le nazisme. C’est dévoiler l’inconscient culturel européen plutôt indifférent au sort des Juifs et diabolisant volontiers Israël. C’est aussi voir que l’islamisme est à l’origine du conflit israélo-palestinien, le mufti de Jérusalem, proche collaborateur d’Hitler, sauvé par la France, ayant refusé le partage pour ne pas accepter d’Etat juif.

Pour vous l’islamisme est donc une nouvelle menace totalitaire aussi dangereuse que le furent le nazisme et le stalinisme ?

La menace de l’islamisme se déduit de ses crimes : imaginez des armes nucléaires aux mains des djihadistes sunnites et des ayatollahs chiites ! Violence et projet totalitaire, charia conquérante et conversion ou mort des « mécréants »: rien à envier aux totalitarismes précédents. Le totalitarisme naît d’une pensée totalisante qui, dans des circonstances précises, devient totalitaire. On affirme des dogmes puis on divise le monde en deux: les Aryens et les Juifs, les progressistes et les réactionnaires… L’Eglise avec l’Inquisition et la Contre-Réforme, suivit cette voie lorsque naquit le salariat qui signifie la libre circulation des hommes et des femmes sur un marché du travail, une liberté antagoniste à son hégémonie. L’islam immuable sur ses dogmes, affronté au salariat concurrentiel, opère son passage du totalisant au totalitaire. Pourquoi l’islam de la majorité nourrit-il le radicalisme ? Sa crainte de la perte identitaire laisse filer la violence qui est au cœur de ses dogmes.

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Charlie Hebdo : honorer la mémoire des victimes, c’est dire la vérité

by Claude Berger on janvier 8, 2015

Je suis Charlie, Strasbourg, 7 janvier 2015 © Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

Dire la vérité : après les meurtres de Cabu, de Charb, de Wolinski, de Tignous, d’Honoré, de Bernard Maris, de deux policiers, de plusieurs membres du personnel de Charlie Hebdo dont j’ignore le nom et à qui je rends hommage, c’est la leçon donnée par Philippe Val, lui qui eut le courage de publier la charte du Hamas en place à Gaza. Dire la vérité, c’est cesser pour les politiciens de s’aveugler et pour les journalistes d’aveugler sur la fabrication de l’idéologie islamiste, sur son expansion, sur sa finalité : détruire les démocraties, détruire Israël, tuer les Juifs, installer la charia dans le monde entier et croire au précepte coranique :

« Face à l’armée ennemie […] ce n’est pas vous qui les tuez, c’est Dieu »

Dire la vérité, c’est cesser de diaboliser Israël, de confondre le peuple palestinien avec les islamistes qui les dirigent, de ne faire aucun lien entre les multiples feux génocidaires allumés par l’islam radical non seulement aux portes d’Israël mais au Yémen, au Nigéria, au Mali, en Libye, au Pakistan, en Irak, en Syrie, en Algérie, en Afghanistan, en Indonésie, mais aussi par l’islamisme chiite au Liban avec le Hezbollah, en Iran des ayatollah, un pays rythmé par ses deux pendaisons quotidiennes. Il est temps de rétablir les faits : le conflit israélo-palestinien est né du fait même de l’islamisme qui dès 1948 refusait tout Etat juif sans même songer à faire le sien. Islamophobie ? Alignons les victimes de l’islamisme radical depuis les trois mille morts des tours de New-York, non seulement aux Etat-Unis, en Australie, au Canada, en France, en Europe : les victimes de Merah, de Nemouche, du gang des Barbares : une idéologie totalitaire et conquérante se fabrique devant nous comme s’est fabriquée il y a moins d’un siècle le totalitarisme nazi, inséparable de l’extermination des Juifs, et le totalitarisme bolchevique et ses myriades de camps. L’ « islamophobie » n’a d’autres sources que les crimes commis au nom de l’islam. L’importance des populations d’origine musulmane en Europe ne témoigne pas d’une arabophobie raciste.

Il est de temps de voir, et d’agir. Il est temps de dire la vérité, temps de désigner l’islamisme au cœur de l’Islam sans qu’aucune frontière hermétique ne les sépare. Ce n’est pas rendre service aux musulmans que de cacher que l’islam est source de violence, d’intolérance, de mépris tout comme la chrétienté le fut à l’époque des croisades et de l’inquisition jusqu’au jour où elle accepta de ne plus s’imposer à la société civile et de renier son ambition politique. Jusqu’au jour où elle accepta de se réformer lors de Vatican II, éprouvant de la culpabilité et prenant conscience d’une certaine responsabilité dans la fabrication des idéologies antisémites de droite et de gauche.

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Sortir du capitalisme ou sortir du salariat ?

by Claude Berger on décembre 29, 2014

La pollution c'est le salariat

« D’ici à trente ans, le capitalisme va disparaître » prophétise Jeremy Rifkin1. Le chantre de l’économie collaborative envisage « un projet hybride de l’Etat, du marché et des communaux ». Le même avait prédit il y a près de vingt ans « la fin du travail ». La réalité lui a opposé un démenti cruel : il n’y a jamais eu autant de travail salarié sur terre avec la mondialisation du salariat et du chômage dans le cadre d’une demande gigantesque sur tous les continents !

Le mirage rêvé perpétue l’erreur d’analyse que la gauche commet, toutes tendances confondues, depuis plus d’un siècle. Elle définit le capitalisme par l’exploitation et par la suprématie d’une classe sur une autre et elle censure le fait qu’il repose sur le salariat, soit la transformation au XIVe siècle du travail en marchandise concurrentielle sur un marché afin de l’acheter au meilleur prix. Le développement du salariat brise les communautés rurales ou tribales. Puis l’Etat pérennise cette concurrence individualiste motivée par l’appât du salaire par une citoyenneté désolidarisée sous sa coupe. Il est alors censé incarner l’hégémonie de la société. Tout le contraire d’une association dans l’existence, la production, le pouvoir.

Pour son omerta, la gauche a censuré Turgot d’abord, Marx ensuite, les découvreurs de la logique du salariat. Et elle a fabriqué le projet d’un capitalisme d’Etat donc d’un salariat d’Etat au bout d’une lutte permanente contre l’exploitation par la revendication. Un salariat d’Etat qui fut dictatorial dans les grands empires paysans, en URSS comme en Chine, partout improductif et démotivé, bien pire que le salariat privé. Tout compte fait, il ne fut qu’un mode d’installation du salariat par la violence afin de transformer les paysans en salariés livrables sur le marché.

« Le capital et le salariat sont liés l’un à l’autre et disparaîtront ensemble. Il est donc absurde de parler de capitalisme sans salariat » énonçait Marx qui raillait l’étatisme et la vanité de la revendication d’un salaire « équitable » au détriment d’un mouvement pour la fin du salariat. Ce Marx-là a été censuré par les lecteurs « absurdes » de gauche, il est donc déplacé de les qualifier de « marxistes », ce qu’a encore fait Manuel Valls à l’égard de ses frondeurs accrochés à la revendication et à l’étatisme. Pour opérer son passage du capitalisme d’Etat à la social-démocratie et à la compétitivité du travail qui sont au fond des querelles de la gauche, il pourra s’appuyer sur un « expert » : Thomas Piketty. Lui aussi, après feu Hessel et Morin, veut réguler le capitalisme privé – désormais accepté – afin de « l’humaniser ». A son tour, il le définit par l’exploitation, d’où son programme « socialiste » pour le conserver en atténuant les inégalités : l’augmentation des impôts !

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Docteur Zemmour au chevet du Maréchal : un manichéisme en vaut un autre

by Claude Berger on octobre 16, 2014

« Il a sauvé des Juifs français, oui… presque à 100% »

Pour soutenir son propos sur le Maréchal Pétain, Eric Zemmour prétend s’appuyer sur une dénonciation du manichéisme. Cette pensée facile, une pensée « pour tous », ignore en effet que des nationalistes antisémites ont rejoint, les premiers, la résistance gaulliste aux côtés de Juifs, et que des politiciens de gauche, ralliés à la « Révolution nationale », sont passés à la collaboration. Mais la ficelle est grosse qui voudrait établir un lien entre la lutte contre le manichéisme et le brevet de sauvetage indûment accordé au Maréchal.

Le manichéisme sévit certes à gauche depuis longtemps. Par exemple, lorsque Paris-Soir claironne après la rafle du 15 mai 1941 : « Plus de trois mille juifs arrêtés en une nuit à Paris… En route vers les camps de concentration », le PC ne dit mot mais tire fierté de la grève des mineurs déclenchée peu après « pour les revendications », avant la rupture par l’Allemagne du pacte germano-soviétique. Mais plus tard, il fera mine de confondre la lutte contre le nazisme avec la solidarité envers les Juifs traqués, tout en se targuant d’être à lui seul « la Nation ». « Mon parti m’a rendu les couleurs de la France » chantera un Aragon qui se voulait national.

On ne le dira jamais assez : le manichéisme de gauche a sa source dans l’omerta qui règne sur la volonté d’en finir avec les Juifs chez les pères fondateurs, Marx, Proudhon, Bakounine, Fourier… « Rendre le Juif impossible » pour le premier, « les exterminer ou les renvoyer en Asie » pour le second, « les dissoudre » pour le troisième. Bref, un antisémitisme qui a pour origine la sécularisation de la matrice culturelle chrétienne avec pour effets de produire une mythologie progressiste qui ne cesse d’agir, notamment en diabolisant Israël. Ainsi hier, l’URSS stalinienne avait activé la théorie du « complot juif », celui des blouses blanches, et l’antisionisme. Ainsi de nos jours, des trotskistes atteints de la même maladie croient voir leurs nouveaux messies prolétariens chez les islamistes, pauvres « victimes colonisées » du sionisme et de l’impérialisme. Et d’autres après feu Hessel, en viennent à soutenir le Hamas aussi islamiste que « l’Etat » massacreur en Irak ou que l’Iran chiite des mollahs qui affiche ses deux pendus par jour sur ses potences.

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