C’est l’islamisme qu’on importe, pas le conflit israélo-palestinien

by Claude Berger on juillet 19, 2014

1942. Je porte l’étoile jaune rue de la Roquette, une étoile qui m’est décernée le jour de mes six ans.

13 juillet 2014. Dans cette même rue, j’entends les vociférations « Mort aux Juifs ! ». Puis le premier ministre m’assure que la France « ne tolérera jamais que lon essaie, par la violence des mots ou des actes, dimporter sur son sol le conflit israélo-palestinien ».

J’avoue que cette prise de position réitérée par le président Hollande, qui affirme que « le conflit israélo-palestinien ne peut pas simporter » ne me rassure pas quant au devenir des Juifs et de la France car elle est le signe d’un profond aveuglement.

Non, Messieurs Valls et Hollande, ce n’est pas le conflit israélo-palestinien qui s’importe, c’est l’idéologie islamiste qui a fait souche en France et qui menace les Juifs d’abord, la France ensuite.

Le conflit qui a cours aujourd’hui au Proche-Orient est avant tout un conflit Israël-Hamas, le Hamas, proche des Frères musulmans d’Egypte désormais évincés, dont on connait l’intention de « détruire lEtat juif » et qui veut détourner le conflit plus soft mais irrésolu Israël-Autorité palestinienne en déclenchant puis en continuant les hostilités.

Ce n’est pas un conflit « Israéliens-Palestiniens ». Faut-il vous rappeler que le refus de tout Etat juif en 1948 lors du plan de partage en deux Etats doit beaucoup au grand Mufti de Jérusalem en place deux années à Berlin près de son ami, Hitler, avant d’être exfiltré d’Allemagne par la France, échappant ainsi aux prisons anglaises ? Bref que l’islamisme est à l’origine du conflit.

Pour l’islamisme, Israël est un pays de trop, tout comme les Juifs sont un peuple de trop. Et les victimes d’hier sont par lui métamorphosées en « bourreaux » des Palestiniens, des musulmans, des Arabes avec la complicité de l’occident coupable.

Cette mythologie est favorisée en Europe par les orphelins des idéologies du renversement totalitaire, aveugles devant les manifestations d’un fascislamisme qui sème la terreur en Orient comme en Afrique.

Le paradoxe veut que la France intervienne contre lui au Mali et qu’elle laisse s’implanter en France des adeptes de cet islamisme.

Il est temps de ne plus tolérer la diffusion de ces idéologies dont sont victimes en premier lieu les populations musulmanes ou arabes, de l’Afghanistan au Nigéria. Il est temps d’imposer la séparation de la Mosquée et de l’Etat, de la Mosquée et de la politique et préserver ainsi la part de spiritualité pacifique qui devrait être commune à toutes les religions.

L’aveuglement voire la complaisance vis-à-vis de l’islamisme n’est pas sans rappeler la déliquescence de la conscience dénoncée par Stéphane Zweig lors de la montée du nazisme.

Il est temps d’en appeler à l’esprit de la culture française en la personne de l’un de ses meilleurs représentants, Chateaubriand. Voici ce qu’il déclarait à propos des Juifs et de la terre de Judée lors de son séjour à Jérusalem :

« Il faut voir ces légitime maîtres de la Judée esclaves et étrangers dans leur propre pays, il faut les voir attendant, sous toutes les oppressions, un roi qui doit les délivrer. Si quelque chose, parmi les nations, porte le caractère du miracle, nous pensons que ce caractère est ici. »

Le voyage de Chateaubriand a lieu en 1806 ! Quant à sa prémonition de l’évolution d’un certain Islam confronté à la modernité, voici ce qu’il écrivait dans les Mémoires doutre-tombe :

« Un nouvel Orient va-t-il se former ? Quen sortira-t-il ? Recevrons-nous le châtiment mérité davoir appris lart moderne des armes à des peuples dont létat social est fondé sur lesclavage et la polygamie ? Avons-nous porté la civilisation au dehors, ou avons-nous amené la barbarie dans lintérieur de la chrétienté ? Que résultera-t-il de nouveaux intérêts, des nouvelles relations politiques, de la création des puissances qui pourront surgir dans le Levant ? […] Je ne me laisse pas éblouir par des bateaux à vapeur et des chemins de fer ; par la vente du produit des manufactures et par la fortune de quelque soldats […] enrôlés au service dun pacha : tout cela nest pas de la civilisation. »

La barbarie à Toulouse, ce sont aussi des soldats portant l’uniforme français, assassinés.

Juifs et Roms, une solidarité ?

by Claude Berger on juillet 13, 2014

Le lynchage d’un Rom à Pierrefitte par une bande de vingt jeunes issue de la cité des Poètes, en mal de vengeance pour un vol supposé commis par l’adolescent au domicile d’un habitant de la cité, Mohammed G, puis son abandon dans un caddie de supermarché, ouvre en urgence un champ de réflexions. Il concerne non seulement les Juifs, autres victimes de violences, mais l’ensemble des Français.

Après la réprobation morale de circonstance, « odieux, inacceptable, on ne fait pas justice soi-même en République », on invoquera des circonstances atténuantes, le mal des cités, le chômage des jeunes, la misère économique et le ras-le-bol de la présence des campements de Roms accusés, par les populations sédentaires voisines, de vols à répétition et de risques infectieux. Et on en appellera à l’Etat, « pas assez gardien de l’ordre », aux édiles politiques, soucieux de leurs électeurs, qui répèteront la stigmatisation : « Les Roms ont vocation à revenir chez eux » (Manuel Valls, alors ministre de l’Intérieur) ou, qui ici et là, dénonceront l’installation de camps de Roms et la hausse parallèle des cambriolages (Samia Ghali à Marseille).

Si l’on s’en tient là, au seul problème de la présence des campements de Roms, des accusations de vols et de la mendicité familiale en ville, il n’y a pas d’issue sauf celle de la montée de la violence à leur égard sous le regard impuissant de l’Etat.

L’autre problème, c’est le libre cours de la violence qui n’a pas pour cible que les Roms. L’attentat de Bruxelles, quatre morts, qui redit celui de Toulouse, les agressions multiples contre des Juifs à Créteil, à Sarcelles, à Paris, l’assassinat par torture d’Ilan Halimi, désignent une dérive d’une partie de la population dans le culte de la violence de l’Islam radical mais aussi de l’animisme.

Cette violence affecte en premier lieu les Juifs mais elle peut s’exercer contre d’autres populations ou religions et pour d’autres motifs, y compris contre des musulmans modérés admettant la séparation du culte et de l’Etat.

Or, curieusement, lorsqu’il s’agit de Roms non seulement victimes, comme ici, ou auteurs supposés de délits ou simplement de gêne, ou lorsqu’il s’agit de Juifs victimes d’agressions parfois mortelles , on les désigne par leur nom tandis qu’on tait l’origine des agresseurs le plus souvent d’origine magrébine ou subsaharienne sous le prétexte « antiraciste » de ne pas « stigmatiser ». Bref, les agresseurs sont « français ». Il n’y a donc rien à dire sauf à dénoncer la « misère économique », responsable privilégiée de la délinquance, et l’on ignorera la culture : « quand j’entends le mot culture je sors mon revolver » !

Il est temps de dénoncer la mystification, d’autant que le non-dit refoulé ressurgit dans l’aune du Front national puisqu’il ne peut ressortir ailleurs. Inutile alors de se plaindre lorsqu’on a favorisé soi-même l’ignorance et la déperdition culturelle!

Tout repose sur une faille ancienne : la Révolution française instaurant l’Etat-nation et les Droits du citoyen a ignoré les cultures. Pour une raison simple liée au soubassement social et économique. La bourgeoisie accède alors au pouvoir et le développement du capitalisme exige la liberté de la concurrence sur le marché du travail et son prolongement social et politique : la citoyenneté désolidarisée des citoyens. L’idéal hégémonique de l’Etat sécularise alors l’ancienne hégémonie de caractère monarchique et religieux et lutte contre les affirmations culturelles, provinciales d’abord, d’où la querelle girondins-jacobins, juive ensuite : leur accorder la citoyenneté et rien comme peuple (Clermont-Tonnerre) et plus tard, avec Napoléon réunissant le Sanhédrin, réduire le judaïsme à une religion « israélite » mais sans référence au peuple et à sa culture. L’Etat peut alors régner en se conformant à une fiction d’unité politique masquant les intérêts antagonistes des classes et faisant mine de rassembler les citoyennetés désolidarisées propres au salariat (d’où l’intérêt des coupes du monde de football pour entretenir la fiction).

La pensée de gauche, laïque, admiratrice de la Révolution française, a fini par admettre l’Etat-nation mais il faut rappeler qu’auparavant les maîtres à penser avaient prolongé la sécularisation de la matrice culturelle chrétienne par une négation viscérale du peuple juif culturel : Marx, Proudhon, Bakounine, Fourier ont sécularisé par intériorisation les vindictes de l’antijudaïsme chrétien : le Juif devient le fondateur du change à l’origine du capitalisme, sa religion c’est le trafic, il complote pour asseoir son pouvoir, il doit disparaître… Bref, l’homme est toujours un animal économique et la spécificité culturelle juive, mais aussi non-juive, n’existe pas.

Cette omerta sur les cultures a produit une mythologie progressiste. Elle joue encore aujourd’hui par le refus de connaître les autres cultures au profit d’une théorie angélique des droits du citoyen. Elle entretient la confusion de la suprématie rassembleuse de l’Etat-nation en ignorant les frontières et les messages culturels des peuples. Elle se conforme ainsi aux besoins du marché du travail pour lequel il faut toujours des mains d’œuvres moins chères et concurrentielles ! Bel angélisme ! Mais alors gare à la gestuelle des cultures violentes que l’on se refuse d’analyser et de voir en face, gare à leur politisation, gare à leur armement !

Gershom Scholem écrivait : « La raison […] est un outil perfectionné de destruction. Pour construire, il faut quelque chose qui la dépasse […] La morale laïque est une morale fondée sur la seule raison […] C’est une illusion complète des philosophes, sans parler des sociologues » (dans Fidélité et utopie).

L’affirmation de la nation culturelle est nécessaire comme contrepouvoir de l’Etat-nation réducteur et mystificateur, comme opposition aux aveuglements. C’est le mérite d’Alain Finkielkraut que de défendre la spécificité de la culture française, c’est celui de Shmuel Trigano que de défendre une politique culturelle du peuple juif, en Israël ou en diaspora. Un peuple qui a perduré en dépit de toutes les persécutions par le sens communautaire, par le sens de la justice, par la vision universaliste de la convergence des chemins des peuples vers une humanité pacifiée.

L’affaire Dieudonné a montré les dangers qui menacent et les Juifs et la France. L’offensive de l’islamisme radical n’est plus une hypothèse et la convergence de l’individualisme et de l’animisme est aussi un facteur à prendre en compte. Il suffit de lier les évènements entre eux pour VOIR, ce qui est le minimum de l’intelligence politique : Mali, Centrafrique, Nigéria, Syrie, Irak, Afghanistan, Pakistan, Yemen, Kenya, Lybie… et France !

Et les Roms dans tout cela ? L’Etat nation a toujours exclus les peuples nomades et transnationaux en ne considérant que des citoyens fixés et désolidarisés à l’intérieur d’une frontière. La parenté de situation entre Juifs et Roms les a longtemps rapprochés dans l’exclusion en Europe de l’Est. A tel point qu’il y eut aussi une symbiose musicale entre Roms et Juifs. A tel point que le nazisme leur fixait un sort commun et que l’Etat français dès 1939 les contraignait à la fixation puis en 1940 à l’internement (décret du 6 avril 1940). L’ordonnance allemande du 4 octobre 1940 eut une application plus drastique (4657 internés tziganes en zone occupée, 1404 en zone libre, dont 90% citoyens français et 30 à 40% d’enfants).

Les Juifs ont toujours migré sous la contrainte d’un pays à l’autre, les Roms y ont ajouté le nomadisme et la non-sédentarisation. Mais les philosophies de la migration, de la dispersion, de l’exil se sont souvent reconnues proches, même si les ambitions philosophiques et sociales divergèrent dans le passage au monde industriel et l’amoindrissement conséquent de l’activité artisanale. Martin Buber quant à lui définissait le judaïsme comme un nomadisme en esprit, celui d’une excentration spirituelle d’un chemin terrestre.

Il faut enfin admettre que les Roms, attachés à leur culture nomade, une culture qui, elle, ne menace en rien la culture occidentale, aient le droit d’exister dans le champ européen et non pas simplement bulgare, serbe ou roumain. Alors qu’on accepte une entrée en masse d’immigrations dont on peut douter de leur intégration, la France s’honorerait de créer des villages d’urgence et de proposer des activités de type artisanal aux Roms et des scolarisations pour les enfants en échange de l’abandon des pratiques traditionnelles de mendicité ou de larcins supposés, voire de réseaux mafieux. Ceci sans angélisme. Elle s’honorerait en les aidant – ils sont 17000 en France – à définir leur chemin dans la complexité européenne marquée par l’aveuglement des Etats-nations face aux cultures, après une Shoah qui les a aussi concernés.

Les Juifs et les diverses composantes de la communauté s’honoreraient en témoignant d’une solidarité au nom du partage du sort commun de l’exclusion et des fumées mêlées d’Auschwitz, au nom d’une culture de la diaspora et du nomadisme en esprit.

L’idéologie odieuse, les failles de la République

by Claude Berger on janvier 20, 2014

Article publié dans les Cahiers du Cercle Bernard Lazare de février 2014.

Le clown s’excuse. C’est promis, il ne tiendra plus de propos antisémites. La raison ? La loi ne le permet plus. L’instance suprême a sévi. Jusqu’à l’interdiction de son spectacle, la loi aurait pu s’appliquer pour profération de propos antisémites ou négationnistes. Elle ne l’avait pas fait et l’on peut s’interroger. Le désir de tenir de tels propos est-il éteint pour autant ? Sûrement pas ! Le récidiviste, il le fut, s’arrêtera-t-il là ? On peut en douter, quels que soient les habits, griot africain ou imam iranien, dont il s’affublera. Car le rôle qu’il a joué par ses spectacles n’est pas anodin. Il a réussi à faire converger les deux viviers de l’antisémitisme, celui issu de la matrice culturelle chrétienne-nationaliste et celui issu de la matrice culturelle islamiste. L’affaire Dieudonné et le coup d’arrêt porté par Manuel Valls auront révélé, pour ceux qui l’ignoraient, qu’une idéologie odieuse est née qui réunit, dans une même haine, des Blacks, des Blancs et des Beurs, des « indigènes » des cités et des droites extrêmes des beaux quartiers.

Mais la révélation ne s’arrête pas là. Elle fait apparaître au grand jour les failles de la République à l’égard de ce phénomène unique dans l’histoire de l’humanité que fut l’extermination planifiée des Juifs durant la seconde guerre mondiale. En France, il fallut déjà attendre longtemps, trop longtemps, jusqu’au discours de Chirac, pour qu’on reconnaisse la participation française à l’extermination et que l’on s’intéresse au « comment ». Mais jusqu’ici on ne s’est pas trop intéressé au « pourquoi ».

Des historiens, Léon Poliakov, Jules Isaac, des psychanalystes, Karl Abraham, Bela Grünberger, ont pourtant ouvert la voie. Mais la bien-pensance préfère des historiens moins gênants tels Hanna Arendt, qui feront de l’antisémitisme une extension du totalitarisme tout comme d’autres en font aujourd’hui une extension du conflit moyen-oriental. Ce « travail », ce questionnement du « pourquoi » n’a été ni ordonné ni entrepris. Que ce soit dans les écoles ou dans les universités, dans la presse écrite ou dans la médiation audiovisuelle. L’information des faits, la commémoration peuvent donner bonne conscience mais ne suffisent pas. Pire, sans ce « travail » d’analyse de ce dont les civilisations et les matrices culturelles sont porteuses, elles ne peuvent que susciter une culpabilité qui mène au rejet par overdose et à la recherche d’équivalences : « d’autres peuples ont souffert, pourquoi parler tout le temps de la Shoah et des Juifs ? » Et de citer « la traite négrière et les peuples colonisés » !

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A propos du livre de Claude Berger : « Pourquoi l’antisémitisme ? »

by Claude Berger on septembre 12, 2013

Chronique du livre de Claude Berger « Pourquoi l’antisémitisme ? » publiée dans Actualité Juive du 12 septembre 2013.

Pourquoi l'antisémitisme ?

Y a-t-il un « pourquoi » à l’antisémitisme, cette passion qui touche à ce qu’il y a de plus irrationnel chez l’être humain ?

« Poser la question du pourquoi, c’est s’interroger sur les motivations profondes et sur les pulsions inconscientes qui nourrissent les propos et les actes criminels antisémites » répond d’entrée de jeu Claude Berger.

C’est enfin et surtout s’atteler à penser le phénomène antisémite dans sa continuité historique qui est celle de ses soubassements religieux tant il est vrai que la haine antijuive, y compris dans ses formes les plus actuelles, demeure incompréhensible sans une analyse en profondeur des deux religions monothéistes.

L’antisémitisme contemporain ressortit en effet d’une double matrice chrétienne et islamique, laquelle matrice place le signe juif tant du côté de l’origine, comme figure symbolique du père, que de celui de la chute de l’humanité avec la mise à mort du Christ. Forgée par Saint-Augustin, la notion de « peuple témoin » est à cet égard emblématique : « Maintenant c’est fait : par toutes les nations ont été dispersés les Juifs, témoins de leur iniquité et de notre vérité. » écrit alors l’évêque d’Hippöne, ville romaine située de l’autre côté de la Méditerranée dans ce qui n’est pas encore l’Algérie. La persécution des Juifs censée démontrer leur erreur originelle s’inscrit dans cette période, au 4e siècle après J-C, comme un dogme de l’Eglise.

Cette association du Juif à une féminité jugée diabolique est-elle absente de la religion musulmane, qui n’a jamais admis, on le sait, la mise à mort du Christ ? Si le Coran diffère sur bien des plans des Evangiles, il n’en reste pas moins que celui-ci « n’altère pas de façon significative », le discours islamiste, souligne l’auteur, reprenant à son compte l’ancienne imagerie selon laquelle « la chute de l’humanité est due aux Juifs ».

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Le kibboutz : un message du petit Israël au monde entier

by Claude Berger on mai 31, 2013

Article publié dans les Cahiers du Cercle Bernard Lazare de mai 2013, à loccasion du 65ème anniversaire de lÉtat dIsraël.

Sur une table dressée, un anniversaire allume toujours les bougies du souvenir. Mai 1948, je revois le Pletzel, le quartier juif de Paris. Il s’étendait alors du quai de Seine au bas Belleville, la Place Saint-Paul en était un centre et la Place de la République un autre. L’industrie du tissu et le labeur de la confection mettaient à l’ouvrage les grossistes, les artisans du vêtement, les ouvriers à domicile qui livraient à dos d’hommes les dernières collections façonnées en nocturne. Une ruche dans laquelle les abeilles parlaient encore yiddish. Rue Saint-Antoine, la première immigration des Juifs d’Algérie occupait le marché des quatre saisons. Les deuils impossibles après la décimation, la volonté de regarder vers l’avant avec la douleur aux basques et voilà que la nouvelle déferle : « L’Etat d’Israël est proclamé ! ».

Elle ouvre les portes, elle livre aux fenêtres une clameur, et les Juifs encore meurtris viennent crier de joie dans les cours. Ils sont là, les jeunes orphelins aux études cassées, les rescapés. Ils sont nombreux à s’être jetés dans le champ libre de la brocante et de la chine, un espace ouvert aux nomades en exil incessant. Ils sont là ceux du café Galidie de la rue Charlemagne : Jacquot Tel-Aviv, Moshé le zazou, Albert le Hongrois, Moustache et tous ceux dont j’ai oublié le nom qui s’enthousiasment, éprouvant soudainement une fierté inconnue mais auparavant rêvée: les Juifs de l’exil ont construit leur Etat après un peu moins de deux mille ans d’absence et de persécutions. Les Juifs feront fleurir leur culture et jamais plus ne s’inclineront. Il y a la guerre, ils la gagneront. Le refus de l’Etat juif par les cinq pays arabes qui l’attaquent dès sa proclamation et par les Arabes palestiniens pour ceux qui suivent le grand Mufti ancien allié d’Hitler, annonciateur de la parenté entre le nazisme et l’islamisme, échouera. Il faudra du temps avant que naisse un nationalisme palestinien qui accepte le principe de deux Etats et délaisse véritablement l’ancienne rhétorique maintenue par les fous de Dieu du Hamas. Le souffle de joie s’enthousiasmait autant de la résurrection nationale que du monde nouveau qui naissait. L’image des jeunes pionniers, garçons et filles mêlées qui, dans les kibboutzim, inventaient une forme de vie collective et égalitaire, sans propriété et sans salaire, faisait rêver. Le dévouement à la communauté d’existence et de production se substituait à l’appât par le salaire qui sert de motivation au travail dans la société capitaliste fondée sur le salariat mais il construisait de surcroît la nation dans la continuité. L’Etat d’Israël bénéficiait de cette image et de cette invention qui n’avait rien d’une idéologie et qui s’est faite sur le tas à Degania en 1909.

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Y a-t-il un « pourquoi » à l’antisémitisme ?

by Claude Berger on mai 28, 2013

Chronique du livre de Claude Berger « Pourquoi l’antisémitisme ? » publiée dans les Cahiers du Cercle Bernard Lazare de mai 2013.

Pourquoi l'antisémitisme ?

Y-a-t-il un « pourquoi » à l’antisémitisme, cette passion qui touche à ce qu’il y a de plus irrationnel chez l’être humain ? « Poser la question du pourquoi, c’est s’interroger sur les motivations profondes et sur les pulsions inconscientes qui nourrissent les propos et les actes criminels antisémites » répond d’entrée de jeu Claude Berger.  C’est enfin et surtout s’atteler à penser le phénomène  antisémite dans sa continuité historique qui est celle aussi de ses soubassements religieux.

L’auteur met à cet égard à nu un certain nombre de mythes contemporains qui, à force de vouloir trop « contextualiser » la violence antijuive, finissent paradoxalement par la déshistoriciser, faisant fi de ce « temps long » façonnant l’inconscient collectif des peuples et des civilisations. Ainsi en est-il des violences  judéophobes  qui ont marqué l’actualité française de cette dernière décennie, de l’assassinat d’Ilan Halimi à celui des enfants juifs de Toulouse. La « bien-pensance », note sur ce point l’auteur, « fait de l’antisémitisme moderne une extension du « conflit israélo-palestinien » tout comme elle avait fait de l’antisémitisme exterminateur passé une extension du totalitarisme nazi et un phénomène allemand sans histoire moyenâgeuse  et sans  passé chrétien déterminant. »

L’antisémitisme contemporain ressortit d’une double matrice chrétienne et islamique. La haine anti-juive demeure incompréhensible sans une analyse en profondeur des deux religions monothéistes issues de la même origine judaïque. L’Eglise en tant qu’institutionnalisation du christianisme, devenu religion d’Etat au IVème siècle, pose les fondements de la doxa anti-juive. Selon ce qui deviendra le dogme de l’Eglise catholique, les malheurs des Juifs, les persécutions dont ils sont l’objet, sont sensés démontrer leur erreur originelle, celle de ne pas avoir reconnu la « vraie religion ». C’est ce qu’exprime la notion de « peuple témoin » forgée par Saint-Augustin : « Maintenant  c’est fait : par toutes les nations ont été dispersés les Juifs, témoins de leur iniquité et de notre vérité. »

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La légèreté coupable d’Hannah Arendt

by Claude Berger on mai 18, 2013

Doit-on subir Hannah Arendt ? Le film, bien entendu, apologie pesante de l’auteure, présentée triomphante de ses adversaires, ceux-là ignorés pour les besoins du spectacle. Doit-on subir ses propos, ses interprétations, sans révéler leurs faiblesses et les critiques émises de son vivant ?

Le livre d’Hannah Arendt Eichmann à Jérusalem avance deux idées « marketing ». Premièrement, Eichmann était un être médiocre, banal, un fonctionnaire servile obéissant aux ordres du chef d’un système totalitaire, à mille lieux d’un monstre. D’où le concept de « banalité du mal » et l’accusation de l’extermination des Juifs à porter au seul totalitarisme, ce qui universaliserait l’inhumain dans l’humain, éluderait la spécificité et l’unicité de la Shoah et dispenserait de rechercher les motifs et les pulsions irrationnels d’un fantasme qui, pour se vouloir final, fut porté par l’histoire depuis l’époque des croisades. Secondement, les Conseils juifs, administrations juives des ghettos, accusés d’avoir eux-mêmes collaboré à la destruction des Juifs et la Cour israélienne suspectée à tort de censurer, par idéologie nationaliste, la question qu’elle avait traitée dans un autre procès.

Un philosophe, fort heureusement, a dégainé sa lucidité pour dénoncer l’imposture. Il s’agit de Luc Ferry (Le Figaro du 9 mai) qui relève « la colossale méprise d’une intellectuelle piégée par des abstractions » qui se contente d’observer les justifications du fonctionnaire Eichmann exécutant les tâches qui lui sont assignées : l’extermination des juifs par tous les moyens sans jamais poser la question des motivations qui l’ont fait adhérer à la réalisation d’un tel projet1.

Lorsqu’un criminel assassine, on s’empresse de sonder ses repères familiaux et ses motivations. Il y a lieu d’en faire autant pour les crimes de société. Avant l’industrialisation de l’extermination par les gaz et l’élimination des corps par les fours en 1942, le crime contre les Juifs était pratiqué à l’ancienne, au fusil ou à la mitrailleuse, à même les charniers sur le front d’Ukraine dès juillet 1941, tout comme en Roumanie par une action conjointe allemande et roumaine. L’engagement rapproché des tueurs répond à une passion qui elle-même offre un plaisir à tuer. La participation à un pogrom d’Etat utilisant des méthodes industrielles n’élimine pas la passion d’un projet qui promettait la libération par l’élimination d’un peuple obstacle et « parasite » et la venue d’un âge d’or national-socialiste. La satisfaction y est en apparence plus distante, plus « raisonnée » mais par là plus déterminée dans la durée et plus responsable.

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Vojtek

by Claude Berger on mai 12, 2013

Le cimetière juif de Prague

La frontière était terriblement gardée. Vous vous présentiez devant la barrière du poste, vous stoppiez votre véhicule et de chaque côté de la route, les factionnaires agrippaient leurs mitrailleuses en vous pointant. La nouvelle s’était répandue à Vienne, le gouvernement de Prague accordait quelques visas. La chose était inédite. On ne pouvait en prévoir la durée ou le renouvellement. Il fallait saisir l’opportunité, il n’était pas dit qu’elle se représenterait. La route était déserte. Aucun autre véhicule n’avait tenté le périple. Pour revigorer l’envie de franchir la frontière, refroidie par l’hostilité militaire, il fallait se remémorer les versets de la propagande. Le bunker et le mur de fer étaient nécessaires. Les ennemis impérialistes n’avaient qu’une envie, empêcher l’édification du paradis socialiste. J’allais enfin voir par moi-même l’autre côté. J’étais un privilégié. Au retour, je pourrais témoigner de la fausseté des rumeurs et de la vérité.

Les passeports vérifiés, la voiture fouillée, les poches tâtonnées, le feu vert délivré, la voie vers Prague était libre. Les champs en friche et les broussailles sombres  effaçaient les dernières visions des parcelles cultivées d’une Autriche grasse et verdoyante. La route évoquait les pistes de terre battue qui de la côte africaine remontent vers les mystères d’un Sahel traversé de nomades rêveurs. Aucune autre voiture à l’horizon. Une marge de silence et de poussière sur un chemin sans asphalte, le goudron avait perdu sa raison d’être pour un monde retranché.

Sur la route déserte et poussiéreuse, Vojtek courait.

Laisse-t-on un homme seul, visiblement pressé, à deux kilomètres à peine d’une frontière en état de guerre, courir comme s’il était traqué par des poursuivants invisibles ? Je jetais un regard dans le rétroviseur, Vojtek me hélait de la voix et me faisait signe. Je le faisais monter dans la voiture. Venant de Vienne, je m’adressais à lui en Allemand. Il me répondit en Allemand. J’étais plus à l’aise en Anglais. Il me répondit en Anglais. Etonné, je jurais en Français, il m’interpella en Français.

– D’où venez-vous ?

Je trouvais la question incongrue. Cet homme polyglotte qui parlait parfaitement le tchèque et qui courait seul sur une route sans asphalte à la tombée du soir à deux pas d’une frontière de fer réputée infranchissable me semblait incarner le portrait idéal de l’espion de l’occident infiltré dans les pays du camp progressiste. J’allais bientôt payer mon imprudence d’une incarcération qui ferait l’objet de marchandages entre les  deux camps. Pour peu que l’on déchiffre mes origines juives, je serai de surcroît qualifié de complice sioniste. Je retournai la question.

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Claude Berger : « Il est temps de questionner les motifs profonds des crimes de société »

by Claude Berger on mai 1, 2013

Entretien publié sur le site Culture Com 06 à l’occasion de la sortie de « Pourquoi l’antisémitisme ? ».

Pourquoi l'antisémitisme ?

Claude Berger, vous avez porté l’étoile jaune à l’âge de six ans et vécu caché pendant deux ans. Vous êtes l’auteur d’un livre intitulé « Pourquoi l’antisémitisme ? » (Les Editions de Paris, Max Chaleil). Existe-t-il des motifs rationnels à l’antisémitisme ?

CLAUDE BERGER : J’ai été caché deux années en compagnie des grands-parents dans une maison aux volets fermés dans l’attente d’une arrestation de nuit comme de jour. Je n’avais plus mes parents. Une question agite alors les condamnés : est-ce moi qui suscite ce désir d’extermination ou bien est-ce l’autre, le persécuteur, assisté de l’indifférent voire du consentant, qui projette sur moi ce désir ? Les Juifs étaient expulsés de France entre 1394 et 1791 (ils étaient admis en ghettos dans les terres papales), il n’y avait donc plus de Juifs à Paris sous Louis XIII, et pourtant on recherchait des Juifs à persécuter. On ne trouva que des chiffonniers et on les accusa d’être de la synagogue! Les Juifs étaient expulsés d’Angleterre depuis 1290, il n’y avait donc plus d’usuriers juifs et pourtant Shakespeare met en scène son Shylock , usurier cupide, en 1596, trois siècles plus tard alors que les Juifs ne sont réadmis qu’en 1656! En 1969 on assiste en France, à Orléans et dans d’autres villes à la naissance d’un mythe, celui de la disparition des femmes dans les magasins tenus par des Juifs. En 1946, à Kielce, en Pologne, une rumeur prend forme : les Juifs de retour d’Urss ont fait disparaître un enfant chrétien à des fins rituelles: bilan 42 Juifs assassinés, 80 blessés. L’antisémitisme ne prend pas appui sur des motifs rationnels. Il naît d’une matrice culturelle, chrétienne pour l’Europe, qui produit des fantasmes sans réalité.

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Antisémitisme, quand tu nous tiens… Entretien avec Claude Berger

by Claude Berger on avril 6, 2013

Entretien publié dans le Jerusalem Post du 6 avril 2013 à l’occasion de la sortie du livre de Claude Berger « Pourquoi l’antisémitisme ? ».

Pourquoi l'antisémitisme ?

Selon l’auteur, l’antisémitisme et la haine d’Israël sont deux volets d’un même désir (obscur) de génocide.

Le mal. A Paris, tel est le sujet du moment. En couverture de Philosophie Magazine : « D’où vient le mal ? L’hypothèse Arendt ». La Marche de l’Histoire titre : « Hitler, la genèse du mal ». Pour sa réouverture, le cinéma Louxor donne le film : Hannah Arendt, sur la philosophe juive allemande et sa théorie de la « banalité du mal » émise lors du procès Eichmann. Et tandis qu’au caféphilo des Phares à la Bastille, le mal fait l’objet d’un débat, à la galerie Evi Guggenheim dans le 6e, Claude Berger présente son nouveau livre « Pourquoi l’antisémitisme ? » en l’illustrant de chansons en yiddish. Avant d’être l’invité du dîner-débat Mille-Feuilles de Frédéric Fredj au Trumilou, quai Voltaire.

Porteur d’étoile à 6 ans

Claude Berger habite non loin de là, dans le Marais, ces mêmes rues où il a été porteur d’étoile à l’âge de six ans, et où il est retourné vivre pour ne pas laisser perdre la culture dans laquelle il est né, celle qu’on a voulu tuer, note-t-il.

Dentiste volontaire en Afrique (Algérie, Côte d’Ivoire), il a passé 15 ans en banlieue parisienne (Bobigny, Colombes), toujours dans la médecine sociale, avant d’ouvrir un restaurant juif dans son quartier de naissance, avec, au menu, de la musique yiddish. Entre-temps, il a publié des articles dans les quotidiens Libération, Le Matin, ou différentes revues (Les Temps Modernes, Les Cahiers Bernard Lazare…), et plusieurs livres : « Marx, l’association, l’anti- Lénine : vers l’abolition du salariat » ou « Les siècles aveugles de la gauche perdue ».

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Persécution des Juifs, soumission des femmes : une même source

by Claude Berger on mars 31, 2013

Article publié dans les Cahiers du Cercle Bernard Lazare de mars 2013, à loccasion de la sortie de « Pourquoi lantisémitisme ? »

Persécution des Juifs et soumission des femmes, oui tout cela va ensemble, et tout cela est né dans le cocon de la religion chrétienne au IVème siècle et de la religion islamique au VIIIème siècle. Il existe un auteur qui illustre parfaitement la parenté et la cohabitation de l’antisémitisme et de l’oppression des femmes, c’est Proudhon, un des pères de la pensée de « gauche ».

A propos des Juifs, il dit ceci :

« Le Juif est par tempérament anti-producteur […] cest un entremetteur, toujours frauduleux et parasite […] cest le mauvais principe, Satan, Ahriman, incarné dans la race de Sem. »

«  Il faut renvoyer cette race en Asie ou lexterminer. »

Proudhon est un mutant. Il invoque tout à la fois le Juif, fils du diable Satan, parasite impur, et le Juif de la race maudite, celle de Sem. Proudhon opère ainsi le passage de l’antisémitisme religieux à l’antisémitisme racial. Il est une preuve vivante des thèses de Léon Poliakov sur les mutations du brûlot antisémite né dans la chrétienté puis sécularisé à l’époque des Lumières par Voltaire et transmis à l’extrême droite chez les chrétiens germaniques ancêtres des nazis « aryens » et à l’extrême gauche chez non seulement Proudhon mais aussi chez Marx et Bakounine1.

Et que dit Proudhon de la femme ?

« Ainsi la chasteté est un corollaire de la justice, le produit de la dignité virile. »

« La femme est improductive, inerte, sans industrie, ni entendement, sans justice et sans pudeur. »

Pour saisir ce qui produit à la fois la haine génocidaire du Juif et la soumission et le mépris de la femme au nom de « la chasteté » et de la « dignité virile », il faut là encore suivre la méthode de Léon Poliakov : c’est au décryptage de la théologie qu’il faut s’en remettre, c’est à elle que « revient le rôle primordial, celui dune « infrastructure » si lon veut. » (Histoire de l’antisémitisme, t.3)

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Moses Hess, le rabbin rouge aujourd’hui

by Claude Berger on février 27, 2013

Article paru dans les Cahiers du Cercle Bernard Lazare de février 2013.

« Depuis Spinoza, les Juifs n’ont pas eu de plus grand esprit que ce Moïse Hess si oublié. »

Qui parle ainsi de Moses Hess ? Théodore Herzl. Malgré l’hommage appuyé du père fondateur du mouvement sioniste, il est à craindre que Moses Hess soit non seulement « oublié », mais méconnu et même inconnu.

Prononcez le nom de Marx et chacun à son sujet en dit peu ou prou. Prononcez celui de Moses Hess : silences et chuchotements ! Cela du seul fait que le XXème siècle a été pour une grande part dominé par le bolchévisme léniniste qui se revendiquait « marxiste » contre toute vraisemblance.

En dehors de la mythologie révolutionnaire de la crise politique et de la « dictature du prolétariat » troquée contre celle du parti, le léninisme n’a rien à voir avec Marx. Outre que Marx se méfiait des « marxistes », Lénine prônait un capitalisme d’Etat donc un salariat d’Etat au bout des luttes revendicatives coiffées par le parti dictatorial alors que Marx concevait l’abolition du salariat à la suite de luttes par l’association se transformant en luttes pour l’association , c’est-à-dire une forme sociale, imprécise à son époque, réunissant pouvoir, production, existence qui serait proche d’un nouveau concept de commune.

Ce qu’on appelle « marxiste » est donc le plus souvent du « léninisme » et le paradoxe veut qu’en même temps que fut censuré cet aspect libertaire fondamental de Marx par les léninistes, une véritable omerta s’exerça sur son antisémitisme. Un antisémitisme furieux qui souhaitait « émanciper la société du judaïsme », « le supprimer», « rendre le juif impossible ». A la même époque, Proudhon déclarait qu’il fallait « renvoyer cette race en Asie ou l’exterminer ».

Bien évidemment, les « marxistes-léninistes » sur la défensive prétendirent que ces propos de Marx dans La question juive étaient œuvre de jeunesse. Mais ses propos ultérieurs ne firent qu’illustrer cette conception première. Ne dit-il pas à propos de la révolution de 1848 que :

« Le petit bourgeois […] fut contraint de se livrer directement aux mains des Juifs de la Bourse contre lesquels il avait fait la révolution de Février. »

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