L’affaire, l’idolâtrie, la crise du salariat

by Claude Berger on juin 5, 2011

L’affaire DSK révèle bien plus que les comportements d’acquéreur sexuel par l’argent, le pouvoir ou la violence dénoncés par plusieurs femmes à l’occasion du viol et de la séquestration présumés. Ces comportements de dictature mâle ne lui sont pas exclusifs et leur médiatisation révèle l’état d’idolâtrie dans laquelle la presse et l’appareil de gauche qui préparaient sa candidature, avaient plongé le pays. Elle éclaire aussi la conception du rapport idolâtré de l’Etat face à des citoyens bernés et soumis, qui domine autant à droite qu’à gauche.

Idolâtrie : bien avant la chute du « présidentiable », dans cette société mercantile qui transforme tout événement en scoop marchandise, on nous montait l’opération d’un « sauveur » au dessus de la mêlée. Sa fonction, son éloignement traçaient l’auréole pour de pauvres citoyens victimes de la crise et du pouvoir.

La même machinerie publicitaire s’était mise en route lors de la montée de Mitterrand. J’ai souvenir en 1981 d’avoir joué les trouble-fêtes pour avoir averti mes amis idolâtres de ses forfanteries pétainistes (lui qui n’avait rien vu à Paris en 1942 alors que j’y portais l’étoile), et de l’archaïsme du capitalisme d’Etat donc du salariat d’Etat qui résumait son programme « socialiste » rétrograde. La fabrication de l’idole était en marche.

Aujourd’hui les adeptes du culte le commémorent, lui qui avait financé sa double vie aux frais des contribuables sans que les smicards, chapeautés par une gauche en vénération, protestent. Et l’idole actuelle a chuté sans que les esquisses restées en lice ne fassent rêver les orphelins.

L’idolâtrie fonctionne d’autant que les adulateurs sont petits et dépourvus de pouvoir réel. Au même moment, les chômeurs descendent sur les places de Madrid et d’Athènes et de Tunis et contestent « les élites » étatiques qui ne peuvent rien contre un système fondé sur le marché du travail concurrentiel et mondial, le bas prix de la marchandise travail, l’importation de main d’œuvre immigrée ou les délocalisations et le volant de chômage qui va avec.

Cette double contestation du marché du travail et de ses lois, donc du salariat concurrentiel et de son Etat qui extorque du pouvoir social et repose sur la citoyenneté désolidarisée, est sans doute un frémissement. Ce n’est pas encore le printemps. Pour qu’elle le soit, il faudrait qu’elle oppose de nouvelles formes de pouvoir social collectif face à l’Etat et de nouvelles formes d’association économiques et existentielles fondées sur le partage, la responsabilité, l’innovation, l’entraide. C’est sans doute la seule issue car le système n’en a pas.

La revendication au-delà de victoires à court terme ou le changement de majorité pousse le capital à s’exporter et étend le marché du travail avec accroissement de la concurrence et de la crise du salariat. Etre « contre » ou « indigné » ne suffit donc pas – loin de là – si l’on n’est pas « pour » : pour une société non mercantile en matière de produits, en matière de travail.

La contestation pourrait à ce propos aller voir du côté des nouveaux kibboutz urbains qui en Israël ont répondu à la crise des kibboutz des campagnes. Mais il faudrait qu’elle abandonne les âneries d’un certain Hessel qui prône le retour au salariat d’Etat propre à la dictature du lénino-stalinisme et plaide en faveur du Hamas partisan de la charia.

Dans le contexte de crise mondiale du salariat, d’autres illusions, d’autres dangers menacent : la croyance aux élections, le populisme, l’islamisme, le retour aux archaïsmes de la social-démocratie, le ralliement à une économie de marché bien tempérée et une écologie qui n’a pas saisi que la pollution, c’est le salariat.

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