L’agonie de la gauche, Macron et la crise du salariat

by Claude Berger on juin 2, 2017

Macron à l'usine Whirlpool

C’est un coup de maître d’Emmanuel Macron, celui d’avoir compris que la gauche vivait son agonie et que conséquemment l’opposition gauche-droite qui précédait l’élection présidentielle et qui façonnait la vie politique jusque-là, n’était plus viable.

La gauche « socialiste » au pouvoir était fracturée entre d’un côté, les tenants de l’anticapitalisme verbal et de la lutte des classes à l’ancienne et de l’autre, les libéraux mondialistes ralliés au diktat de la compétitivité du travail sur un marché concurrentiel, le tout assorti du fantasme du plein emploi, de la fin du chômage et d’une distribution équitable.

La droite était autant fracturée. D’un côté, les tenants d’un conservatisme moral et national et de l’autre, ceux qui, s’inclinant devant le diktat de la mondialisation du marché du travail et la marchandisation des mœurs, fermaient les yeux, à l’instar des libéraux de gauche, devant la montée des flux migratoires quand ce n’est pas devant l’islamisation de la France et se résignaient devant le terrorisme qui s’en réclame en refusant d’en affronter les fondements sur le sol européen. Les uns et les autres usaient pour cela de la référence aux droits de l’homme et aux avantages prétendus d’un multiculturalisme sans limites raisonnables, abstraction faite des cultures parfois inassimilables des migrants.

Il y avait donc une base objective de réunion des libéraux de droite et des libéraux de gauche, quels que soient les risques conséquents en termes de déperdition culturelle et de terrorisme. La stratégie Macron opère donc sur ce terrain réel.

Les rejetés de la nation, ceux de la ruralité et de ce qui reste de la classe ouvrière malmenée, de la jeunesse inquiète et des adeptes d’une idéologie socialiste moribonde, n’avaient plus qu’à se rabattre sur les extrêmes de droite ou de gauche pour espérer du protectionnisme, des nationalisations, un capitalisme d’Etat à la vénézuélienne ou à la cubaine et des frontières moins ou plus poreuses.

L’analyse de Macron était donc juste : les deux lignes du parti socialiste étaient incompatibles et celle qui se voulait anti capitaliste n’était plus viable. Il est vrai qu’elle était erronée depuis plus d’un siècle.

Nous assistons en effet à l’agonie de la pensée de gauche. Qu’elle soit communiste ou socialiste, elle avait réduit le capitalisme à l’exploitation du travail en prônant la lutte contre l’exploitation jusqu’à la crise politique qui était censée aboutir à la nationalisation du capital. Elle avait simplement oublié que la spécificité du capitalisme repose sur le salariat, c’est-à dire sur la transformation du travail en marchandise concurrentielle qui s’achète au prix le plus bas.

Une invention qui date du XIVe siècle, lorsque les marchands s’approprient le travail au lieu et place du servage féodal et des corporations liées à un ordre religieux. Il faudra attendre la Révolution pour que les corporations soient interdites. La liberté de circulation sur le marché du travail est alors instituée et avec elle l’ignorance des cultures des travailleurs, fussent-elles mortifères, pour les embaucher.

Le capitalisme fondé sur le salariat a un credo : acheter la marchandise-travail le moins cher possible pour une concurrence plus forte des produits et inventer cette nouvelle liberté du marché du travail. Cette concurrence sur le marché du travail suscite une désolidarisation des citoyens pérennisée sous la coupe du pouvoir d’Etat censé assurer l’hégémonie de la société.

L’Eglise inquisitoriale ne supportait pas les tentatives de montée en puissance du marché du travail, la perte de son hégémonie et la libre circulation des femmes ou encore la Réforme et sa levée de l’interdit sur le prêt à usure. Elle fut matée par la Révolution et par la contrainte. Aujourd’hui c’est la religion islamiste qui ne supporte pas la mondialisation du salariat et du marché du travail et la libre circulation des femmes. Elle sombre dans la violence totalitaire et sa réforme spontanée semble lointaine et sans doute illusoire.

Marx, le mal lu, avait compris, à la suite de Turgot que capitalisme et salariat allaient de pair à tel point qu’il traitait « d’absurde » tout propos qui les séparait. Ils devront disparaître ensemble, disait-il. Il ajoutait aussi que la revendication contre l’exploitation était « sans issue ». De fait, face à la revendication contre l’exploitation, le capitalisme répond par l’importation des mains d’œuvre sans tenir compte de leurs cultures, répond encore par l’exportation des fabriques dans les pays où la main d’œuvre est à bas-coût, répond ensuite par la robotisation et l’innovation permanente, puis par la marchandisation de toutes les activités humaines susceptibles de créer une plus-value. C’est un cycle infernal et les phénomènes engendrés sont liés entre eux par une même logique: c’est d’abord l’exportation du salariat au monde entier (il n’y eut jamais autant de travail salarié sur terre), c’est ensuite la tendance à la raréfaction du travail et la recherche affamée de nouvelles procédures.

S’y ajoute la décomposition des sociétés tribales, l’engagement dans le terrorisme islamiste ou dans les violences d’origine animiste et l’arrivée massive de demandeurs d’emploi sur un marché mondial. C’est ainsi que se profile sous l’effet de la même cause, une crise du salariat causée par le surnombre tout comme il y eut une crise de l’esclavagisme et une autre du servage, une crise accompagnée par l’idéologie islamo-terroriste. Au final, l’idéologie de la gauche fondée sur la critique de l’exploitation et le recours à la revendication permanente sans mouvement critique contre le salariat est à la source du processus infernal qui pousse à la mondialisation du salariat et à sa crise dont la montée des flux migratoires. La revendication, sans contestation du salariat est le meilleur agent du capitalisme qu’elle croit combattre. Avis aux tribuns qui jouent du menton prolétarien.

La gauche traditionnelle après avoir enfanté du capitalisme d’Etat donc du salariat d’Etat, sous forme dictatoriale ou conjuguée avec le parlementarisme, est à l’agonie. Elle explose sous le coup de la Loi sur le travail dont le but est d’élever la compétitivité du travail-marchandise sur son marché afin qu’il ne s’envole pas davantage du sol français. Ce n’est pas un hasard si le président Macron veut en proposer une version nouvelle par ordonnances dès le début de son mandat.

Au rapport concurrentiel et marchand du travail, Marx avait opposé un rapport d’association. A la domination par le pouvoir d’Etat prolongeant ce rapport, il avait opposé le pouvoir communaliste et fédéré. La gauche aveugle a pratiqué une omerta sur son analyse du cycle infernal et sur sa solution. Elle a par contre entériné son côté noir, à savoir son antisémitisme partagé par les autres pères fondateurs de la gauche (Proudhon, Fourier, Bakounine) et sa négation des cultures réduites à une position de classe. L’aveuglement actuel de la gauche sur la menace islamiste qui pèse sur la plupart des pays, vient de là.

L’invention d’un mouvement œuvrant progressivement vers une société associative abolissant le salariat est de l’ordre de l’impératif face à la crise de ce système et face au fascislamisme terroriste. Ce n’est pas un hasard, si sous le coup de la dictature intellectuelle de la gauche communiste le siècle passé, une omerta s’est exercée sur l’invention de mini sociétés non salariales en Israël, à savoir les kibboutz , et si sous l’omerta de la gauche socialiste, on ignore qu’un mouvement de kibboutz en ville qui corrigent les défauts des kibboutz précédents y est né et s’étend de plus en plus , un mouvement qui privilégie la transformation des mentalités, le partage et l’entraide.

L’utopie n’est pas là. L’utopie aujourd’hui, c’est de croire à la pérennité du système actuel du salariat et du travail marchandise. L’aveuglement aujourd’hui, c’est de ne pas voir la crise du salariat qui vient, et c’est de ne pas voir la montée de l’idéologie islamiste qui l’accompagne.

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