Chateaubriand, l’Islam, le sionisme et la démocratie

by Claude Berger on juillet 16, 2010

Malgré l’envoi d’un bateau libyen, la fièvre médiatique pour Gaza l’islamiste faiblit. On enlève le voile « humanitaire » et la réalité apparait. Les « douces flottilles» n’ont qu’un but : conforter le Hamas et sa guerre contre Israël et l’Autorité palestinienne et faire oublier les raisons d’un blocus limité aux armes et aux matériaux à usage militaire.

L’opération Plomb durci, réplique à l’envoi de milliers de roquettes sur le sud d’Israël, n’a pas changé le programme du Hamas : le renversement de l’Autorité palestinienne, l’établissement de la charia et l’éradication de l’Etat hébreu. Fantasmes du panislamisme partagés par les Frères musulmans, les mollahs d’Iran, le Hezbollah, Al-Qaida et désormais une Turquie prise par la tentation de l’hégémonie sur les laïcs et les minorités.

Pour l’islamisme, Israël est un pays de trop tout comme les Juifs sont un peuple de trop et les victimes d’hier sont métamorphosées en « bourreaux » des Palestiniens, des musulmans, des Arabes avec la complicité de l’occident coupable. Cette mythologie est favorisée en Europe par les orphelins des idéologies de renversement totalitaire, aveugles devant l’islamisme, dans un climat qui n’est pas sans rappeler la déliquescence de la conscience dénoncée par Stéphane Zweig lors de la montée du nazisme.

Avec des grilles de lecture voisines, on confondra islamisme et peuple palestinien, Hamas et Fatah. On contraindra l’information à rentrer dans les habits étroits d’une « vision » d’Israël déguisé en Etat « colonial », voire nazi et génocidaire, agent de l’impérialisme américain, nom laïc du « Satan ». Et on rejettera ce qui en dérange l’imagerie. Au besoin, on en fabriquera.

Enterrement fictif d’un militant palestinien à Jénine. Assassinat fictif à Gaza d’un enfant palestinien dont le montage photo fera le tour de la planète. Maquillage quotidien de l’événementiel, on oubliera le blocus égyptien et la bienveillance de l’Autorité palestinienne. On taira le ravitaillement permanent de Gaza. Apartheid ? Un habitant sur cinq en Israël est arabe, jouit des droits de l’Homme et de la représentation parlementaire, alors que la simple présence juive en terre d’Islam y est rarement tolérée. Qu’en sera-t-il dans l’Etat palestinien ? Amnésie aussi sur l’origine du conflit israélo-palestinien qui tient dans le refus arabe en 1948 de la création de deux Etats, le refus de l’Etat juif annihilant d’ailleurs tout projet de construire l’Etat palestinien sur les territoires qui lui étaient dévolus.

Curieusement, il ne fut jamais question d’un Etat palestinien – qui n’eut jamais d’existence historique- lors de l’occupation égyptienne de Gaza et jordanienne des Territoires avec interdiction d’accès au Mur pour les Juifs. Avant de pencher un temps vers le panarabisme de Nasser, le mouvement palestinien parlait la langue de l’islamisme et tout naturellement le grand Mufti de Jérusalem allait voir son ami Hitler à Berlin. Ce n’est que tardivement et pas toujours très clairement, double langage oblige, que le mouvement nationaliste palestinien se séparera de ses idéologies de naissance et acceptera le principe de deux Etats.

L’islamisme, comme le nazisme ou le bolchévisme, n’accorde pas de place ni aux juifs, ni à la démocratie. Il ne fait pas de place non plus aux femmes. Les Juifs en terre d’Islam, près d’un million, ont dû fuir, chassés, persécutés et poussés simplement dehors. Le sionisme, loin d’être un mouvement colonial est un mouvement d’émancipation des Juifs à la fois de l’Europe et des terres de l’Islam. Les réfugiés palestiniens, partis de leur gré ou chassés en 1948 lors de la guerre menée par cinq pays arabes contre Israël, doivent participer à la création de leur nouvel Etat tout comme les Juifs des pays arabes ont façonné Israël. Question d’équivalence pour deux nationalismes.

Au début du XIXe siècle, Chateaubriand avait parfaitement saisi le problème et dénoncé l’asservissement des Juifs et leur état de dhimmitude sous l’oppression ottomane et musulmane : « Pénétrez dans le demeure de ce peuple, vous le trouverez dans une affreuse misère, faisant lire un livre mystérieux à des enfants qui, à leur tour, le feront lire à leurs enfants. Ce qu’il faisait il y a cinq mille ans, ce peuple le fait encore. Il a assisté dix-sept fois à la ruine de Jérusalem ; et rien ne peut le décourager ; rien ne peut l’empêcher de tourner ses regards vers Sion. Quand on voit les Juifs dispersés sur la terre, selon la parole de Dieu, on est surpris, sans doute : mais pour être frappé d’un étonnement surnaturel, il faut les retrouver à Jérusalem ; il faut voir ces légitimes maîtres de la Judée esclaves et étrangers dans leur propre pays ; il faut les voir attendant, sous toutes les oppressions, un roi qui doit les délivrer. Si quelque chose, parmi les nations, porte le caractère du miracle, nous pensons que ce caractère est ici. » (Chateaubriand, Itinéraire de Paris à Jérusalem).

La campagne de presse orchestrée pour soutenir le Hamas sous couvert de convoi « humanitaire », au détriment de l’Autorité palestinienne, a pour autre but d’entretenir le thème commun, à l’islamisme et à « l’anti-impérialisme », de « l’illégitimité » d’Israël. Contestant toute place aux Juifs à la fois comme Etat-nation et comme peuple en dispersion, l’antisionisme est bien l’antisémitisme de notre temps. Mais cette complaisance vis-à-vis de l’islamisme ne s’exerce pas seulement vis-à-vis d’Israël ou de l’Autorité palestinienne, il concerne la France et la démocratie française.

Les mêmes médias se gardent bien de lier entre elles les formes multiples d’incivilité et d’irrespect de la culture nationale qui peu à peu tissent la toile de l’islamisme radical. Ici, un drapeau français remplacé par le drapeau algérien, là une émeute à Paris, stade Charléty, pour une défaite algérienne avec tentative de lynchage d’un rabbin, la protection devenue nécessaire des imams républicains, les injures au chef de l’Etat à Saint-Denis et à ce qu’il incarne, le pays lui-même, prolifération de zones armées de non-droits, la dissolution nationale des valeurs et de la culture est omniprésente.

Intégration ou subversion ? Diversité mesurée ou irrespect terrorisant ? La mise en question de la légitimité de la France n’est plus de l’ordre du fantasme. Pour ceux qui voudraient l’ignorer, Kadhafi dit tout haut ce que d’autres pensent tout bas : « Les musulmans vont hériter de l’Europe ; la Turquie sera un cheval de Troie […] personne ne peut nous interdire de vivre en Europe […] Heureusement, les musulmans se multiplient […] Même en Palestine, personne ne peut arrêter ce phénomène […] Allah a promis la victoire de l’Islam sur toutes les religions. » (Discours du 10 juin 2010).

Il y a quelque deux siècles, le même Chateaubriand, de retour de Jérusalem, livrait ce propos toujours actuel : « Un nouvel Orient va-t-il se former ? Qu’en sortira-t-il ? Recevrons-nous le châtiment mérité d’avoir appris l’art moderne des armes à des peuples dont l’état social est fondé sur l’esclavage et la polygamie ? Avons-nous porté la civilisation au dehors, ou avons-nous amené la barbarie dans l’intérieur de la chrétienté ? Que résultera-t-il des nouveaux intérêts, des nouvelles relations politiques, de la création des puissances qui pourront surgir dans le Levant ? Personne ne saurait le dire. Je ne me laisse pas éblouir par des bateaux à vapeur et des chemins de fer ; par la vente du produit des manufactures et par la fortune de quelques soldats français, anglais, allemands, italiens, enrôlés au service d’un pacha : tout cela n’est pas de la civilisation. On verra peut-être revenir, au moyen des troupes disciplinées des Ibrahim futurs, les périls qui ont menacé l’Europe à l’époque de Charles Martel, et dont plus tard nous a sauvés la généreuse Pologne. » (Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, Tome 2, page 390).

Le soutien de la démocratie israélienne confrontée à l’islamisme tout comme le soutien à toute forme de démocratie palestinienne est inséparable de la lutte pour le respect de la démocratie en France et de la culture française. A ce propos, une manifestation contre la campagne anti-israélienne et pour la libération de Gilad Shalit a rassemblé 15.000 personnes place du Trocadéro à Paris le 22 Juin avec l’appui courageux, en ces temps de lâcheté munichoise, de Claude Goasguen, Eric Raoult et Anne Hidalgo. Sachez-le, les mêmes « professionnels » de la presse ont fait silence.

2 comments

Le train de vie existe-t-il toujours?
Je me souviens y avoir passé une exellent soirée.
J’adore Chateaubriand
Tres cordialement
Sarah Frydman

by frydman Sarah on 4 août 2011 at 17 h 54 min. #

J’adore Chateaubriand.Mais les médias français ne le connaissent pas.Domage.
Comment organiser un grand nettoyage pour se débarasser de ces fils et filles de… (non!) …dignes heritiers d’Hervé Bourges ex president de la télévision française
ceci explicant cela
Le train de vie est-il toujours ouvert?
trés cordialement
Sarah Frydman

by frydman Sarah on 4 août 2011 at 17 h 51 min. #

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