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	<title>Le blog de Claude Berger</title>
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	<description>Chronique de la crise du salariat</description>
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		<title>L’affaire, l’idolâtrie, la crise du salariat</title>
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		<pubDate>Sun, 05 Jun 2011 18:58:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Claude Berger</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[L’affaire DSK révèle bien plus que les comportements d’acquéreur sexuel par l’argent, le pouvoir ou la violence dénoncés par plusieurs femmes à l’occasion du viol et de la séquestration présumés. Ces comportements de dictature mâle ne lui sont pas exclusifs (&#8230;)</p><p><a href="http://www.claudeberger.fr/affaire-dsk-idolatrie-crise-salariat/">Lire la suite de cet article &#187;</a></p>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a rel="attachment wp-att-285" href="http://www.claudeberger.fr/affaire-dsk-idolatrie-crise-salariat/dsk/"><img class="alignnone size-full wp-image-285" title="Dominique Strauss-Kahn" src="http://www.claudeberger.fr/wp-medias/dsk.jpg" alt="" width="500" height="250" /></a></p>
<p>L’affaire DSK révèle bien plus que les comportements d’acquéreur sexuel par l’argent, le pouvoir ou la violence dénoncés par plusieurs femmes à l’occasion  du viol et de la séquestration présumés. Ces  comportements de dictature mâle ne lui sont pas exclusifs et  leur médiatisation  révèle l’état d’idolâtrie dans laquelle la presse et l’appareil de gauche qui préparaient sa candidature, avaient plongé  le pays. Elle éclaire aussi  la conception du rapport idolâtré de l’Etat face à des citoyens bernés et soumis, qui domine autant à droite qu’à gauche.</p>
<p>Idolâtrie : bien avant la chute du « présidentiable »,  dans cette société mercantile qui transforme tout événement  en scoop marchandise, on nous montait l’opération d’un « sauveur » au dessus de la mêlée. Sa fonction, son éloignement traçaient l’auréole  pour de pauvres citoyens victimes de la crise et du  pouvoir.</p>
<p>La même machinerie publicitaire s’était mise en route lors de la montée de Mitterrand. J’ai souvenir en 1981 d’avoir joué les trouble-fêtes pour avoir averti  mes amis idolâtres de ses forfanteries pétainistes  (lui qui n’avait rien vu à Paris en 1942 alors que j’y portais l’étoile), et de l’archaïsme du capitalisme d’Etat donc du salariat d’Etat qui résumait son programme « socialiste » rétrograde. La fabrication de l’idole était en marche.</p>
<p>Aujourd’hui les adeptes du culte le commémorent, lui qui avait financé sa double vie aux frais des contribuables sans que les smicards, chapeautés par une gauche en  vénération, protestent. Et l’idole actuelle a chuté sans que les esquisses restées  en lice ne fassent rêver les orphelins.</p>
<p>L’idolâtrie  fonctionne d’autant que les adulateurs sont petits et dépourvus de pouvoir réel. Au même moment, les chômeurs  descendent sur les places de Madrid et d’Athènes et de Tunis et contestent « les élites » étatiques  qui ne peuvent rien contre un système fondé sur le marché du travail  concurrentiel et mondial, le bas prix de la marchandise travail, l’importation de main d’œuvre immigrée ou les délocalisations et le volant de chômage qui va avec.</p>
<p>Cette double contestation du marché du travail et de ses lois, donc du salariat concurrentiel  et de son Etat  qui extorque du pouvoir social et repose sur la citoyenneté désolidarisée, est sans doute un frémissement. Ce n’est pas encore le printemps. Pour qu’elle le soit, il faudrait qu’elle  oppose de nouvelles formes de pouvoir social collectif face à l’Etat  et de nouvelles formes d’association économiques et existentielles fondées sur le partage, la responsabilité, l’innovation, l’entraide. C’est sans doute la seule issue car le système n’en a pas.</p>
<p>La revendication au-delà de victoires à court terme ou le changement de majorité pousse le capital à s’exporter et étend le marché du travail avec accroissement de la concurrence et de la crise du salariat. Etre « contre » ou « indigné » ne suffit donc pas &#8211; loin de là &#8211; si l&#8217;on n’est pas « pour » : pour une société non mercantile en matière de produits, en matière de travail.</p>
<p>La contestation pourrait à ce propos aller voir du côté des nouveaux kibboutz urbains qui en Israël ont répondu à la crise des kibboutz des campagnes. Mais il faudrait qu’elle abandonne les âneries d’un certain Hessel qui prône le retour au salariat d’Etat propre à la dictature  du lénino-stalinisme et plaide en faveur du Hamas partisan de  la charia.</p>
<p>Dans le contexte de crise mondiale du salariat, d’autres illusions, d’autres dangers menacent : la croyance aux élections, le populisme, l’islamisme,   le retour aux archaïsmes de la social-démocratie, le ralliement à une économie de marché bien tempérée et une écologie qui n’a pas saisi que la pollution, c’est le salariat.</p>
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		<title>Merci d’avoir survécu</title>
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		<pubDate>Thu, 14 Apr 2011 02:58:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Claude Berger</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[Le témoignage d’Henri Borlant, le seul survivant des six mille enfants juifs déportés à Auschwitz en 1942, vient de paraître au Seuil. Longtemps Henri Borlant fut silencieux. Dans les années 90, avec ce sourire et cette douceur qui le caractérisent, (&#8230;)</p><p><a href="http://www.claudeberger.fr/henri-borlant-merci-davoir-survecu/">Lire la suite de cet article &#187;</a></p>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><a rel="attachment wp-att-182" href="http://www.claudeberger.fr/henri-borlant-merci-davoir-survecu/henri-borlant-2/"><img class="alignnone size-full wp-image-182" title="Henri Borlant" src="http://www.claudeberger.fr/wp-medias/henri-borlant.jpg" alt="" width="500" height="250" /></a></strong></p>
<p><strong>Le témoignage d’Henri Borlant, le seul survivant des six mille enfants juifs déportés à Auschwitz en 1942, vient de paraître au Seuil.<br />
</strong></p>
<p>Longtemps  Henri Borlant fut silencieux. Dans les années 90, avec ce sourire et  cette douceur qui le caractérisent, il me confère une charge terrible : «  <em>Écris pour moi</em> », me dit-il en apprenant que j’écrivais une part de notre histoire.</p>
<p>Henri  Borlant fut arrêté le 15 juillet 1942 avec son père, une de ses sœurs,  un de ses frères. Il sera le seul d’entre eux à survivre. Il fera partie  comme eux du convoi n°8. Partants 824 en Gare d’Angers le 20 juillet,  revenants 14 hommes en 1945. Henri sera aussi le seul survivant parmi  les 6000 enfants de moins de seize ans déportés de France en 1942.</p>
<p>Enfant moi-même à l’époque, j’avais de justesse échappé à cette rafle et  vécu ensuite caché, cloitré avec deux grands parents dans une maison  vétuste, volets fermés, dans l’attente deux années durant d’une  arrestation qui n’est pas venue.</p>
<p>Après la guerre, je le retrouvais au  banc de nos itinéraires similaires, il faisait médecine, je faisais  dentaire. Quant il me prit d’écrire pour comprendre ce désir de mort de  nous autres et l’épreuve subie au nom de ce phantasme final, j’essayais  de donner parole à ce silence, j’essayais de sortir de la brume cette  attente de la mort que nous avions intériorisée.</p>
<p>Je voudrais aujourd’hui  redire ce je que ressentais du long silence d’Henri Borlant.</p>
<blockquote><p>« <em>Ce  silence, c’était celui des paroles coupées. Celui des derniers regards  qui cherchaient à s’accrocher avant qu’ils ne soient cloués pour  toujours. Regards des condamnés du premier jour, des gazés sans délai,  des dévêtus sans rhabillage, des mitraillés sur place, des pendus près  des fosses apprêtées, en Russie où l’on ne déportait pas. Voilà le fond  de notre bouche sèche. Leur regard. D’eux, on ne pourra jamais  recueillir les témoignages. Certains pays où se joua le drame oublieront  même de ramasser leurs noms. Les noms, les seuls signes de leur  existence, couchés nulle part ailleurs que sur des papiers d’archives  empilés par leurs bourreaux. Mis bout à bout, ils doivent dessiner le  tour de la terre, survoler tous les peuples, les inconscients et les  méconnaissants, les lâches et les fuyards, les réagissants et les  solidaires.</em></p>
<p><em><span id="more-174"></span>Le dérisoire ici aussi surgit. Viole le silence. Le  piétine de bruits ! Parole des tueurs, nous ne sommes pas coupables,  nous obéissions aux ordres ! L’indicible n’est pas croyable,  l’incroyable n’existe pas ! Témoins, vous étiez témoins, dites-vous,  donc on pouvait survivre ! Quelques morts peut-être, des indisciplinés  mais non cette vallée d’ossements dont vos prophètes ont rêvé et dont  vous accusez le noble peuple aryen ! Retour du dérisoire ! Contes de la  négation du crime, nationalisation des morts afin que sur les monuments  disparaisse une nouvelle fois, l’inscription « peuple juif ». Ici  moururent trois millions de Polonais, est-il écrit là où trois millions  de Juifs furent tués en tant que Juifs et non comme Polonais ! Vous  n’êtes nulle part inscrits, donc vous n’existez pas ! Prêtres, plantez  des forêts de croix sur les forêts de morts ! L’Occident prie ! Ne peut  donc être tenu pour coupable de la mort des inexistants ! Bons que nous  sommes de prier pour eux qui n’étaient pas des nôtres ! Et puis s’ils  n’existent pas, nous, honnêtes gens, sommes en droit de nous  interroger : leur mort collective n’est-elle pas de leur invention ? Les  malins ne grossissent-ils pas le chiffre de leurs morts à seule fin de  toucher des dommages de guerre ? N’ont-ils pas pour habitude de ne  parler que d’eux-mêmes et d’ignorer les souffrances des autres peuples ?  Le dérisoire revient ! Si riche de crimes !</em></p>
<p><em>Henri Borlant est devenu médecin, la tuberculose pour défi. Les  poumons ajourés par la tuberculose après le typhus, ça n’arrange pas. La  respiration tronquée, c’est le moindre des petits restes  d’Auschwitz !&#8230; Nous fûmes tués dans la fosse de l’histoire, d’une façon  unique, tout comme Dieu est unique, assassiné depuis des siècles. Quand  chaque nom sera repris, porté par une famille humaine, de génération en  génération, afin qu’eux soit leur descendance, afin que l’humanité  entière soit leur descendance, alors les bourreaux et les indifférents  ne ricaneront plus. Quand ce qui a été tué survivra ailleurs que chez  les survivants de la plus grande catastrophe engendrée de mémoire  humaine, alors seulement, je dormirai un peu mieux avec mon charnier  sous l’oreiller.</em> »</p>
<p>(Claude Berger, <em>Les Hérétiques</em>, Wern Editions, ou <em>Place des Juifs</em>, Safed Editions).</p></blockquote>
<p>Aujourd’hui Henri Borlant parle. Lisez-le, écoutez-le… :</p>
<blockquote><p>« <em>Peut-être  que si nous nous souvenions réellement de ce que nous avons vécu, avec  toute l’acuité de ce moment passé, nous ne pourrions pas vivre  aujourd’hui. Nous nous sommes construits inconsciemment des défenses  pour nous protéger de cette mémoire. Et en même temps, nous ressentons  le besoin de parler. Il y a sans doute là quelque chose de  thérapeutique : s’acquitter de sa dette à l’égard des disparus qui se  sont tus à jamais… Dans le même temps, raconter en étant écouté, c’est  retrouver la dignité perdue dans les camps. En tout déporté, il y a un  humilié qui sommeille.</em> »</p></blockquote>
<p>Cet ouvrage est bien plus qu’un  témoignage. C’est le livre de l’épreuve la plus extrême surmontée, c’est  le livre d’une humanité atteinte qui se donne en partage pour les  générations à une époque où elle fait cruellement défaut.</p>
<p>Si le mal  absolu a été enfanté en terre d’Europe, il importe d’en surmonter  l’épreuve mais aussi d’en saisir la genèse. Il importe de ne pas se  voiler la face et d’affronter ce qui fut, dans sa totalité, avec la  qualité du regard porté par Henri Borlant.</p>
<p>Nous avons tous une  dette et un deuil en partage. Alors nous dormirons tous un peu mieux  avec notre charnier sous l’oreiller. Alors la survivance sera une leçon  de vraie vie. Il faut lire le récit d’Henri Borlant.</p>
<p>* Henri Borlant, <em>Merci d’avoir survécu</em>, Éditions du Seuil, mars 2011.</p>
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		<title>Lettre à Monsieur Hessel et à ses amis</title>
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		<pubDate>Sun, 09 Jan 2011 23:02:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Claude Berger</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[Deux janvier 2011, deux attentats contre des églises, en Irak et en Égypte, ont causé la mort d’au moins soixante quatre personnes. Celle de deux otages français a suivi. Et je lis dans votre brochure : « on ne peut pas (&#8230;)</p><p><a href="http://www.claudeberger.fr/lettre-ouverte-stephane-hessel/">Lire la suite de cet article &#187;</a></p>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a title="Lettre à Monsieur Hessel et à ses amis" href="http://www.claudeberger.fr/lettre-ouverte-stephane-hessel/"><img class="alignnone size-full wp-image-42" title="Stéphane Hessel" src="http://www.claudeberger.fr/wp-medias/stephane-hessel.jpg" alt="" width="500" height="250" /></a></p>
<p>Deux janvier 2011, deux attentats contre des églises, en Irak et en Égypte, ont causé la mort d’au moins soixante quatre personnes. Celle de deux otages français a suivi. Et je lis dans votre brochure :</p>
<blockquote><p>« <em>on ne peut pas excuser les terroristes qui jettent des bombes, on peut les comprendre <span style="color: #999999;">[…]</span> le terrorisme est une forme d’exaspération <span style="color: #999999;">[…]</span> Elle est compréhensible</em> ».</p></blockquote>
<p>Ce qui est donc coupable, selon vous, ce ne serait pas l’idéologie islamiste radicale qui est derrière ces attentats mais l’état d’injustice qui règne dans le monde et qui provoque une exaspération « <em>compréhensible</em> ».</p>
<p>A ce degré zéro de la pensée politique, on peut donc « <em>comprendre</em> », avec la même tendresse que vous accordez aux terroristes islamistes du Hamas qui ont pris le pouvoir à Gaza en assassinant leurs frères palestiniens du Fatah, le pourquoi du national-socialisme hitlérien exaspéré par les frustrations du Traité de Versailles. L’idéologie est un fait en soi, Monsieur Hessel. Totalitaire, illusoire et criminelle, elle ne peut se justifier par l’inégalité et les arbitraires du partage. Qu’elle soit nationale-socialiste, bolchévique ou islamiste.</p>
<p>Autre exemple en « live » de votre aveuglement :</p>
<blockquote><p>« <em>Ce qui a causé le fascisme ? <span style="color: #999999;">[…]</span> Je me dis que les possédants, avec leur égoïsme, ont eu terriblement peur de la révolution bolchévique.</em> »</p></blockquote>
<p>Les procès staliniens ? Bien évidemment, vous en étiez « <em>indigné</em> » mais vous vouliez</p>
<blockquote><p>« <em>garder une oreille ouverte vers le communisme pour contrebalancer le capitalisme américain.</em> »</p></blockquote>
<p>Vous trahissez là votre anticapitalisme primaire, qui occulte le fait que c’est la puissance anglaise, capitaliste &#8211; mais aussi démocratique, vous « l’oubliez » -, seule d’abord, puis suivie par les États-Unis, autre pays des « <em>possédants</em> », qui ont combattu le fascisme. Anticapitalisme primaire, qui déguise aussi le Hamas de Gaza en victime d’Israël, pièce rapportée sans doute de l’Occident « <em>impérialiste</em> ».</p>
<p>Non, Monsieur Hessel, si le fascisme a pu vaincre un temps, c’est en raison de l’esprit munichois de démission et de l’impuissance de la démocratie française à défendre ses valeurs face aux deux totalitarismes, nazi et communiste, et à leur entente, que vous occultez, pour ne pas se faire la guerre et dépecer la Pologne ! Il y a donc de quoi s’indigner à vous lire !</p>
<p><span id="more-14"></span>Vous « oubliez » aussi que l’URSS n’est pas entrée en guerre par elle-même mais parce qu’elle fut attaquée en juin 41 ! Enfin, comment taire que devant la montée du fascisme en Europe et en Espagne, la gauche au pouvoir avait choisi la non-intervention ! Quant à la libération du sol français par les alliés anglo-américains, elle nous a évité la dictature communiste subie par les pays de l’Est. Un musée de Budapest, celui de la terreur, vous confortera mon propos : le même immeuble a servi d’abord aux nazis puis aux zélés fonctionnaires de l’appareil communiste.</p>
<p>Or, aujourd’hui, ce qui menace le monde, ce n’est ni l’idéologie nazie, ni l’idéologie communiste que vous préfériez par anticapitalisme, c’est l’idéologie islamiste radicale, avec laquelle vous sympathisez. Car c’est elle qui est en place à Gaza. Avez-vous vu cette vidéo d’un marié assassiné pour avoir écouté de la musique moderne le jour de son mariage ?</p>
<p>Mais vous n’êtes pas à une occultation près. Vous écrivez à propos du Hamas :</p>
<blockquote><p>« <em>Je pense bien évidemment que le terrorisme est inacceptable, mais il faut reconnaître que lorsqu’on est occupé avec des moyens militaires infiniment supérieurs aux vôtres, la réaction populaire ne peut pas être que non violente.</em> »</p></blockquote>
<p>Flagrant délit de mensonge. Israël, sous Sharon, a rendu Gaza aux Palestiniens. Gaza n’est et n’était donc pas occupé. Le Hamas a pris le pouvoir. Il a chassé l’autorité palestinienne et transformé Gaza en base de lancements de roquettes contre Israël avec l’appui de l’Iran pourvoyeur d’armes. 4.000 roquettes sont tombées sur le sud d’Israël et c’est suite à ces tirs incessants dont on sait qu’ils vous amusent, que le blocus a été décrété par Israël mais aussi par l’Egypte (là encore silence, Monsieur Hessel) puis que fut décidée l’opération <em>Plomb durci</em>, avec la bienveillance de l’Autorité palestinienne, dans le but non pas d’occuper mais de faire cesser les tirs.</p>
<p>L’idéologie islamiste ne menace pas seulement Israël. Elle menace la majorité des populations en quête de démocratie dans les pays de culture musulmane. Allez-vous vous <em>indigner</em> sur l’assassinat récent du gouverneur de Pendjab, tué pour avoir voulu abroger la loi pakistanaise qui punit le blasphème de la peine capitale ?</p>
<p>Le Hamas n’est pas la réponse d’un nationalisme palestinien face au nationalisme juif qui draine les Juifs d’Europe et des pays arabes depuis le XIXème siècle et qui fonde Israël, il est la manifestation de cette idéologie commune à Al-Qaida, au président iranien, au Hezbollah, aux talibans, aux salafistes du Maghreb. Son projet ? La charia, la soumission des femmes, la destruction d’Israël et du « <em>Grand Satan</em> », la conversion de l’univers entier, la guerre contre les Juifs et contre les Chrétiens et la haine de la démocratie. Posez-vous la question : et si les attentats contre les Twin Towers, les trains de Madrid et de Londres n’étaient, comme la nuit de cristal, qu’un début ? Qu’en sera-t-il quand des groupes disséminés ou des talibans migrateurs disposeront d’engins nucléaires portatifs ?</p>
<p>De l’islamisme, vous refusez la violence, dites-vous, encore que vous la compreniez, mais c’est uniquement « <em>parce qu’elle ne permet pas d’obtenir les résultats que peut éventuellement produire l’espérance</em> » ou parce qu’elle « <em>n’est pas efficace</em> ». Terrible aveu. Terrible soutien à l’islamisme. Terrible violence de votre pacifisme.</p>
<p>Pour l’islamisme, Israël est un pays de trop, tout comme les Juifs sont un peuple de trop qui n’ont nulle part leur place. Mais pour les anticapitalistes primaires dont vous êtes, Israël est aussi un <em>corps étranger</em>, pièce rapportée de l’occident, et les Juifs qui le soutiennent des communautaristes de trop et c’est en cela que les deux antisionismes se confondent dans un antisémitisme unique et nouveau, post-Shoah.</p>
<p>L’imaginaire islamiste a besoin de transformer les victimes d’hier en représentants du Mal et en « bourreaux » des Palestiniens, des musulmans, des Arabes. Vous y apportez votre concours en accusant « <em>des Juifs de perpétrer eux-mêmes des crimes de guerre</em> ». Vous ne mentionnez ainsi que des victimes civiles en gommant les combattants du Hamas tués dans cette guerre urbaine. Des combattants pourtant coutumiers de la tactique du bouclier humain. De la sorte, chacun pourra croire qu’Israël vise volontairement les civils !</p>
<p>Votre grille de lecture confondra islamisme et peuple palestinien, Hamas et Fatah. Et contraindra l’information à rentrer dans les habits étroits d’une « vision » d’Israël déguisé en État « <em>colonial</em> », voire nazi et génocidaire, agent de l’impérialisme. Elle rejettera ce qui en dérange l’imagerie. Au besoin, elle en fabriquera.</p>
<p>Ainsi, on taira le ravitaillement permanent de Gaza. Apartheid ? Un habitant sur cinq en Israël y est arabe, jouit des droits de l’Homme et de la représentation parlementaire, alors que la simple présence juive en terre d’Islam y est exclue. On entretiendra l’amnésie sur l’origine du conflit israélo-palestinien. Elle tient dans le refus arabe en 1948, au nom de l’islamisme, de la création de deux États, le refus de l’État juif annihilant tout projet de construire l’État palestinien sur les territoires qui lui étaient dévolus. Curieusement, il n’y eut pas d’État palestinien, (qui n’eut par ailleurs jamais d’existence historique) lors de l’occupation égyptienne de Gaza et jordanienne des Territoires. Ce n’est que tardivement que le mouvement palestinien laïc se sépare de son idéologie de naissance et accepte le principe de deux États. Les Juifs en terre d’Islam, près d’un million, ont dû fuir, persécutés et poussés simplement dehors.</p>
<p>Le sionisme, loin d’être un mouvement colonial est un mouvement d’émancipation des Juifs à la fois de l’Europe et des terres de l’Islam. Les réfugiés palestiniens, (moins de 750.000 en 1948 et non 3 millions comme vous l’écrivez Monsieur Hessel) partis de leur gré ou chassés lors de la guerre menée par cinq pays arabes contre Israël, doivent participer à la création de leur nouvel Etat tout comme les Juifs des pays arabes ont façonné Israël. Question d’équivalence pour deux nationalismes. Au début du XIXe siècle, Chateaubriand décrivait ainsi les Juifs sous domination musulmane :</p>
<blockquote><p>« <em>Ce peuple <span style="color: #999999;">[…] </span>rien ne peut l’empêcher de tourner ses regards vers Sion. <span style="color: #999999;">[…]</span> les Juifs dispersés sur la terre, <span style="color: #999999;">[…]</span> il faut les retrouver à Jérusalem ; il faut voir ces légitimes maîtres de la Judée esclaves et étrangers dans leur propre pays <span style="color: #999999;">[…]</span> attendant, sous toutes les oppressions, un roi qui doit les délivrer.</em> » (Chateaubriand, <em>Itinéraire de Paris à Jérusalem</em>)</p></blockquote>
<p>La campagne de presse en soutien du Hamas avec votre aide sous couvert « <em>d’indignation</em> », au détriment de l’Autorité palestinienne, a pour autre but d’entretenir le thème de « <em>l’illégitimité</em> » d’Israël. Mais cette complaisance concerne aussi la démocratie française confrontée au même islamisme radical. La mise en question de la légitimité de la France n’est plus de l’ordre du fantasme. Écoutez Kadhafi :</p>
<blockquote><p>« <em>Les musulmans vont hériter de l’Europe, la Turquie sera un cheval de Troie.</em> » (Discours du 10 juin 2010).</p></blockquote>
<p>La démocratie ne supporte ni l’abus de pouvoir ni l’abus de confiance. En vous défendant d’être antisémite du fait d’un père converti au protestantisme, en vous targuant d’avoir été résistant pour justifier votre propagande, vous commettez abus de confiance et abus de pouvoir. Juif moi-même, porteur d’étoile, caché deux années, je vous le dis, être juif n’est pas un diplôme et pas plus avoir été résistant ne vous décerne un passeport de vérité.</p>
<p>Quant à transformer la société pour la guérir de ses maux, votre anticapitalisme primaire ne propose que l’archaïsme du capitalisme d’État, donc du salariat d’État, qui a mené aux catastrophes connues. Vous reproduisez par là l’aveuglement de la gauche léniniste et socialiste qui n’a jamais compris que le capitalisme reposait sur le salariat et que c’était le salariat lui-même qui devait être aboli par la création de formes sociales associatives qui mettent fin au marché concurrentiel du travail, à la citoyenneté désolidarisée sous la coupe de l’État, au salaire pour seule motivation de la tâche au lieu d’un lien communautaire.</p>
<p>Votre capitalisme d’État a servi à développer par la violence le salariat dans les grands empires tyranniques, ex-URSS et Chine. Il livre aujourd’hui ses salariés « clés en mains » sur le marché que les migrants rejoignent. Un marché et non pas une nation. La revendication « <em>indignée</em> », elle-même, ne fait qu’étendre le marché du travail par l’immigration et les délocalisations en abaissant le prix du travail tout en se gaussant de « <em>défendre les travailleurs</em> ». Bonne conscience de la gauche, capitaliste d’État et conservatrice du salariat !</p>
<p>La crise mondiale du salariat suscite une crise culturelle. Elle naît de la perte des identités et des refuges dans les archaïsmes fétichistes ou islamistes (tout comme l’inquisition a accompagné en Europe l’émergence du salariat). L’association non salariale a pourtant été inventée, mais en Israël, laboratoire social envers lequel vous promenez votre détestation ! De nouveaux inventeurs y créent des <a title="Le kibboutz urbain, naissance d’une nouvelle société ?" href="http://www.claudeberger.fr/kibboutz-urbain-nouvelle-societe/">kibboutz en ville</a> pour répondre à la crise des kibboutz des campagnes. Leur projet ? Faire évoluer sympathisants et membres actifs (qui mettent en commun les moyens et les revenus) dans le sens de l’être ensemble et non de l’avoir vers une société associative, non salariale. Il en est un à Sderot, près de Gaza. Il y reçoit les roquettes de vos amis.</p>
<p>Oui, Monsieur Hessel, il est temps de repenser l’avenir. Temps de dévoiler vos aveuglements, votre erreur, temps de dénoncer votre complaisance envers la terreur.</p>
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		<title>Chateaubriand, l’Islam, le sionisme et la démocratie</title>
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		<pubDate>Fri, 16 Jul 2010 08:14:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Claude Berger</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[Malgré l’envoi d’un bateau libyen, la fièvre médiatique pour Gaza l’islamiste faiblit. On enlève le voile « humanitaire » et la réalité apparait. Les « douces flottilles» n’ont qu’un but : conforter le Hamas et sa guerre contre Israël et l’Autorité palestinienne et faire (&#8230;)</p><p><a href="http://www.claudeberger.fr/chateaubriand-islam-sionisme-democratie/">Lire la suite de cet article &#187;</a></p>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a title="Chateaubriand, l’Islam, le sionisme et la démocratie" href="http://www.claudeberger.fr/chateaubriand-islam-sionisme-democratie/"><img class="alignnone size-full wp-image-45" title="François-René de Chateaubriand" src="http://www.claudeberger.fr/wp-medias/chateaubriand.jpg" alt="" width="500" height="250" /></a></p>
<p>Malgré l’envoi d’un bateau libyen, la fièvre médiatique pour Gaza l’islamiste faiblit. On enlève le voile « humanitaire » et la réalité apparait. Les « douces flottilles» n’ont qu’un but : conforter le Hamas et sa guerre contre Israël et l’Autorité palestinienne et faire oublier les raisons d’un blocus limité aux armes et aux matériaux à usage militaire.</p>
<p>L’opération <em>Plomb durci</em>, réplique à l’envoi de milliers de roquettes sur le sud d’Israël, n’a pas changé le programme du Hamas : le renversement de l’Autorité palestinienne, l’établissement de la charia et l’éradication de l’Etat hébreu. Fantasmes du panislamisme partagés par les Frères musulmans, les mollahs d’Iran, le Hezbollah, Al-Qaida et désormais une Turquie prise par la tentation de l’hégémonie sur les laïcs et les minorités.</p>
<p>Pour l’islamisme, Israël est un pays de trop tout comme les Juifs sont un peuple de trop et les victimes d’hier sont métamorphosées en « <em>bourreaux</em> » des Palestiniens, des musulmans, des Arabes avec la complicité de l’occident coupable. Cette mythologie est favorisée en Europe par les orphelins des idéologies de renversement totalitaire, aveugles devant l’islamisme, dans un climat qui n’est pas sans rappeler la déliquescence de la conscience dénoncée par Stéphane Zweig lors de la montée du nazisme.</p>
<p>Avec des grilles de lecture voisines, on confondra islamisme et peuple palestinien, Hamas et Fatah. On contraindra l’information à rentrer dans les habits étroits d’une « vision » d’Israël déguisé en Etat « <em>colonial</em> », voire nazi et génocidaire, agent de l’impérialisme américain, nom laïc du « <em>Satan</em> ». Et on rejettera ce qui en dérange l’imagerie. Au besoin, on en fabriquera.</p>
<p>Enterrement fictif d’un militant palestinien à Jénine. Assassinat fictif à Gaza d’un enfant palestinien dont le montage photo fera le tour de la planète. Maquillage quotidien de l’événementiel, on oubliera le blocus égyptien et la bienveillance de l’Autorité palestinienne. On taira le ravitaillement permanent de Gaza. Apartheid ? Un habitant sur cinq en Israël est arabe, jouit des droits de l’Homme et de la représentation parlementaire, alors que la simple présence juive en terre d’Islam y est rarement tolérée. Qu’en sera-t-il dans l’Etat palestinien ? Amnésie aussi sur l’origine du conflit israélo-palestinien qui tient dans le refus arabe en 1948 de la création de deux Etats, le refus de l’Etat juif annihilant d’ailleurs tout projet de construire l’Etat palestinien sur les territoires qui lui étaient dévolus.</p>
<p><span id="more-24"></span>Curieusement, il ne fut jamais question d’un Etat palestinien &#8211; qui n’eut jamais d’existence historique- lors de l’occupation égyptienne de Gaza et jordanienne des Territoires avec interdiction d’accès au Mur pour les Juifs. Avant de pencher un temps vers le panarabisme de Nasser, le mouvement palestinien parlait la langue de l’islamisme et tout naturellement le grand Mufti de Jérusalem allait voir son ami Hitler à Berlin. Ce n’est que tardivement et pas toujours très clairement, double langage oblige, que le mouvement nationaliste palestinien se séparera de ses idéologies de naissance et acceptera le principe de deux Etats.</p>
<p>L’islamisme, comme le nazisme ou le bolchévisme, n’accorde pas de place ni aux juifs, ni à la démocratie. Il ne fait pas de place non plus aux femmes. Les Juifs en terre d’Islam, près d’un million, ont dû fuir, chassés, persécutés et poussés simplement dehors. Le sionisme, loin d’être un mouvement colonial est un mouvement d’émancipation des Juifs à la fois de l’Europe et des terres de l’Islam. Les réfugiés palestiniens, partis de leur gré ou chassés en 1948 lors de la guerre menée par cinq pays arabes contre Israël, doivent participer à la création de leur nouvel Etat tout comme les Juifs des pays arabes ont façonné Israël. Question d’équivalence pour deux nationalismes.</p>
<p>Au début du XIXe siècle, Chateaubriand avait parfaitement saisi le problème et dénoncé l’asservissement des Juifs et leur état de <em>dhimmitude</em> sous l’oppression ottomane et musulmane : « <em>Pénétrez dans le demeure de ce peuple, vous le trouverez dans une affreuse misère, faisant lire un livre mystérieux à des enfants qui, à leur tour, le feront lire à leurs enfants. Ce qu’il faisait il y a cinq mille ans, ce peuple le fait encore. Il a assisté dix-sept fois à la ruine de Jérusalem ; et rien ne peut le décourager ; rien ne peut l’empêcher de tourner ses regards vers Sion. Quand on voit les Juifs dispersés sur la terre, selon la parole de Dieu, on est surpris, sans doute : mais pour être frappé d’un étonnement surnaturel, il faut les retrouver à Jérusalem ; il faut voir ces légitimes maîtres de la Judée esclaves et étrangers dans leur propre pays ; il faut les voir attendant, sous toutes les oppressions, un roi qui doit les délivrer. Si quelque chose, parmi les nations, porte le caractère du miracle, nous pensons que ce caractère est ici.</em> » (Chateaubriand, Itinéraire de Paris à Jérusalem).</p>
<p>La campagne de presse orchestrée pour soutenir le Hamas sous couvert de convoi « humanitaire », au détriment de l’Autorité palestinienne, a pour autre but d’entretenir le thème commun, à l’islamisme et à « l’anti-impérialisme », de « <em>l’illégitimité</em> » d’Israël. Contestant toute place aux Juifs à la fois comme Etat-nation et comme peuple en dispersion, l’antisionisme est bien l’antisémitisme de notre temps. Mais cette complaisance vis-à-vis de l’islamisme ne s’exerce pas seulement vis-à-vis d’Israël ou de l’Autorité palestinienne, il concerne la France et la démocratie française.</p>
<p>Les mêmes médias se gardent bien de lier entre elles les formes multiples d’incivilité et d’irrespect de la culture nationale qui peu à peu tissent la toile de l’islamisme radical. Ici, un drapeau français remplacé par le drapeau algérien, là une émeute à Paris, stade Charléty, pour une défaite algérienne avec tentative de lynchage d’un rabbin, la protection devenue nécessaire des imams républicains, les injures au chef de l’Etat à Saint-Denis et à ce qu’il incarne, le pays lui-même, prolifération de zones armées de non-droits, la dissolution nationale des valeurs et de la culture est omniprésente.</p>
<p>Intégration ou subversion ? Diversité mesurée ou irrespect terrorisant ? La mise en question de la légitimité de la France n’est plus de l’ordre du fantasme. Pour ceux qui voudraient l’ignorer, Kadhafi dit tout haut ce que d’autres pensent tout bas : « <em>Les musulmans vont hériter de l’Europe ; la Turquie sera un cheval de Troie […] personne ne peut nous interdire de vivre en Europe […] Heureusement, les musulmans se multiplient […] Même en Palestine, personne ne peut arrêter ce phénomène […] Allah a promis la victoire de l’Islam sur toutes les religions</em>. » (Discours du 10 juin 2010).</p>
<p>Il y a quelque deux siècles, le même Chateaubriand, de retour de Jérusalem, livrait ce propos toujours actuel : « <em>Un nouvel Orient va-t-il se former ? Qu’en sortira-t-il ? Recevrons-nous le châtiment mérité d’avoir appris l’art moderne des armes à des peuples dont l’état social est fondé sur l’esclavage et la polygamie ? Avons-nous porté la civilisation au dehors, ou avons-nous amené la barbarie dans l’intérieur de la chrétienté ? Que résultera-t-il des nouveaux intérêts, des nouvelles relations politiques, de la création des puissances qui pourront surgir dans le Levant ? Personne ne saurait le dire. Je ne me laisse pas éblouir par des bateaux à vapeur et des chemins de fer ; par la vente du produit des manufactures et par la fortune de quelques soldats français, anglais, allemands, italiens, enrôlés au service d’un pacha : tout cela n’est pas de la civilisation. On verra peut-être revenir, au moyen des troupes disciplinées des Ibrahim futurs, les périls qui ont menacé l’Europe à l’époque de Charles Martel, et dont plus tard nous a sauvés la généreuse Pologne.</em> » (Chateaubriand, <em>Mémoires d’outre-tombe</em>, Tome 2, page 390).</p>
<p>Le soutien de la démocratie israélienne confrontée à l’islamisme tout comme le soutien à toute forme de démocratie palestinienne est inséparable de la lutte pour le respect de la démocratie en France et de la culture française. A ce propos, une manifestation contre la campagne anti-israélienne et pour la libération de Gilad Shalit a rassemblé 15.000 personnes place du Trocadéro à Paris le 22 Juin avec l’appui courageux, en ces temps de lâcheté munichoise, de Claude Goasguen, Eric Raoult et Anne Hidalgo. Sachez-le, les mêmes « professionnels » de la presse ont fait silence.</p>
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		<title>Athènes, Rome et Jérusalem : BHL et le chaînon manquant</title>
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		<pubDate>Mon, 21 Dec 2009 07:10:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Claude Berger</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[A l’été 2008, la revue Le Meilleur des mondes publie dans son numéro 8 un article de Bernard-Henri Lévy intitulé Athènes, Rome et Jérusalem, aux sources de la pensée occidentale. Celui-ci y tient des propos consternants sur l’antisémitisme. D’un seul (&#8230;)</p><p><a href="http://www.claudeberger.fr/athenes-rome-jerusalem-bhl-chainon-manquant/">Lire la suite de cet article &#187;</a></p>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a title="Athènes, Rome et Jérusalem : BHL et le chaînon manquant" href="http://www.claudeberger.fr/athenes-rome-jerusalem-bhl-chainon-manquant/"><img class="alignnone size-full wp-image-52" title="Bernard-Henri Lévy (photo : Olivier Roller)" src="http://www.claudeberger.fr/wp-medias/bernard-henri-levy.jpg" alt="" width="500" height="250" /></a></p>
<p>A l’été 2008, la revue <em>Le Meilleur des mondes</em> publie dans son numéro 8 un article de Bernard-Henri Lévy intitulé <em>Athènes, Rome et Jérusalem, aux sources de la pensée occidentale</em>. Celui-ci y tient des propos consternants sur l’antisémitisme.</p>
<p>D’un seul trait, il y dédouane la chrétienté de toute implication dans le façonnement des idéologies qui ont fomenté et accompli l’extermination des Juifs, ne serait-ce que par un conditionnement propice à la pensée d’une solution finale et cela, autant dans l’histoire passée que dans ses fondements idéologiques. Mieux, dans le but de la préserver, il en vient à affirmer que le malheur serait arrivé par une insuffisance de christianisation ! :</p>
<blockquote><p>« <em>On dit, on répète, que le christianisme, et, principalement le catholicisme ont pavé la voie du nazisme et acclimaté ses énoncés. Eh bien, je ne crois pas cela. <span style="color: #888888;">[...] </span>il faut se résoudre à l’idée que le nazisme n’a été possible, au contraire que dans une Europe et dans un pays qui avaient été<span style="color: #888888;"> [...] </span>mal labourés par le christianisme</em> » (<em>Le Meilleur des Mondes</em> n°8, p.13)</p></blockquote>
<p>Ces propos défient la vérité historique et toute analyse sérieuse. Jules Isaac, Poliakov ? Connais-pas ! Et l’ignorance ou le rejet ne tiennent pas du seul désir d’occuper la scène médiatisée du moment. Dix ans plus tôt, BHL les tenaient à l’identique dans <em>Le Testament de Dieu</em>. Martelés avec constance, ils témoignent en quelle que sorte d’une « <em>idéologie française</em> » fabriquée par la marque :</p>
<blockquote><p>« <em>Mais je dirais plutôt, moi, que le malheur de l’Europe des camps, de la guerre des sangs et des races, vient de ce que le christianisme, malgré son millénaire labour, ne l’avait point suffisamment ni assez profondément arraisonnée.</em> » (<em>Le Testament de Dieu</em>, p.165).</p></blockquote>
<p>Le but est transparent. Il s’agit de sceller, sous un discours prétendu magistral, une réunion œcuménique, sous anesthésie, de Rome et de Jérusalem, une réunion occultant l’évidence, à savoir que la chrétienté fut « <em>sûre d’elle-même et dominatrice</em> » à l’égard du judaïsme… au moins jusqu’à Vatican II et qu’une réunion entre « amis » réconciliés ne saurait dispenser d’une mise à jour des différences hors de tout escamotage destiné à bricoler un « judéo-christianisme » qui a surtout brillé par la guerre de Rome contre Jérusalem.</p>
<p><span id="more-8"></span>Selon Bernard-Henri Lévy, c’est la combinaison du retour à une certaine pensée de la Grèce présocratique avec les « <em>énoncés du nazisme</em> », c’est son expression, qui aurait permis de penser l’extermination. Des « <em>énoncés </em>» privilégiant l’ethnocentrisme indo-européen, tant génétique que culturel, contre Jérusalem mais aussi, nous dit-il, contre Rome ainsi rangée du coté des « <em>victimes </em>» aux côtés des juifs. Voltaire, prétend BHL,</p>
<blockquote><p>« <em>ne hait pas seulement le Juif en tant que Juif : il le hait de n’être pas grec, d’autres diront bientôt aryen ou indo-européen.</em> » (idem, p.129)</p>
<p>« <em>L’idée d’extermination, qu’on le veuille ou non était proprement impensable, voire sacrilège, dans un univers monothéiste où l’Alliance nouvelle succédait à l’Alliance ancienne : elle devient possible, pensable, raisonnable, scientifique peut-être, dans le monde déchristianisé et voué aux grandes régressions païennes.</em> » (idem p.130)</p></blockquote>
<p>Bref, Voltaire… un Voltaire qui regrette que les Romains n’aient pas exterminé tous les Juifs (<em>Des conspirations contre les peuples, 1766</em>), un Voltaire qui par « <em>esprit de tolérance</em> » recommande « <em>de ne pas les brûler</em> » &#8211; simple évolution « humaniste » par rapport aux bûchers de l’inquisition ou prémonition du futur -, un Voltaire précurseur de Céline, qui affirme dans sa langue que :</p>
<blockquote><p>« <em>Les déprépucés d’Israël qui vendent leurs vieilles culottes aux sauvages <span style="color: #888888;">[…]</span> sont <span style="color: #888888;">[…]</span> les plus grands gueux qui aient jamais souillé </em>(souillé, c’est le mot !)<em> la face du globe.</em> » (Lettre du 15 décembre 1773)</p></blockquote>
<p>Ce Voltaire-là n’aurait pas détesté les Juifs du fait de sa propre invention, à savoir la sécularisation du schéma chrétien qui voue les Juifs à l’opprobre, sécularisation inédite jusqu’alors, et dévoilée magistralement par Léon Poliakov, il aurait simplement cédé à son propre amour de la pensée d’Athènes, fondatrice de l’esprit rationaliste, matérialiste et démocratique, par opposition à la pensée de Jérusalem, spiritualiste et morale.</p>
<p>Encore que l’opposition ainsi décrite entre la pensée d’Athènes et celle de Jérusalem, purement philosophique, en masque une autre fondamentale. Athènes en effet se satisfait de l’esclavagisme pour une majorité et Platon se livre à des considérations étonnantes afin de diviser au mieux les esclaves pour éviter leurs révoltes (Lois, L VI), alors que le judaïsme né d’un peuple fuyant la condition d’esclave, invente le repos hebdomadaire obligatoire, le rachat des esclaves juifs et l’émancipation des esclaves non-juifs au terme de la sixième année. De ce point de vue, la pensée de Rome ne s’oppose pas fondamentalement à la pensée d’Athènes. Elle est explicite dans les Épîtres de Paul :</p>
<blockquote><p>« <em>esclaves, obéissez à vos maîtres</em> » (Ephésiens, 6) et « <em>servez-les avec empressement</em> » (idem). « <em>Que chacun demeure dans l’état où il était lorsqu’il a été appelé. As-tu été appelé étant esclave, ne t’en inquiète pas.</em> » (Corinthiens, 7).</p></blockquote>
<p><strong>Voltaire et l’antisémitisme moderne</strong></p>
<p>Voltaire, qu’on nous prétend tourné vers la seule Athènes, se satisfait en fait également de la pensée de Rome, qui l’a vu naître et qui lui est première, sur la question des modes d’exploitation de la servitude. Il suffit de se rappeler qu’il se réjouissait de s’installer à Ferney, où la main d’œuvre était moins chère, manifestant une connaissance par là aigüe des lois du marché du travail et du salariat fondés sur la concurrence des mains-d’œuvre. Son humanisme a les limites que lui impose sa double allégeance. Cette combinaison des allégeances, on la retrouve identique dans l’expression de son antisémitisme forcené. Là, il est certes un « moderne » mais il n’invente pas un antisémitisme en rupture de l’ancien antijudaïsme chrétien qui, d’ailleurs, n’a jamais fait de distinction entre Juifs et judaïsme dans ses massacres ou bûchers et autres accusations de crimes rituels ou de diffusion de la peste, il invente la sécularisation du canevas chrétien qui figure dans les Epîtres de Paul . Il n’est pas l’inventeur d’un antisémitisme moderne qui serait séparé du fondement chrétien comme le prétend BHL (idem p.129), il modernise l’ancien en le sécularisant.</p>
<p>Car le thème du Juif, souillure de l’humanité, à l’origine de la chute, conjoint à l’exigence de son élimination et de sa disparition figure en toute clarté dans le canevas chrétien exprimé dans les Épîtres de Paul :</p>
<p>Dans Thessaloniciens (1,2), on lit en effet que les Juifs « <em>qui ont mis à mort Jésus, le Seigneur, et les prophètes <span style="color: #888888;">[…]</span> ne plaisent point à Dieu <span style="color: #888888;">[…]</span> sont les ennemis du genre humain. </em>»…Pas moins ! (on notera au passage que les Juifs « <em>qui ne plaisent point à Dieu</em> » sont mis au même plan que l’acte de chair qui ne plait pas non plus à Dieu (Romains, 8) et cette parenté dans l’hostilité à Dieu n’est pas anodine.</p>
<p>Quant à la nécessité de leur disparition pour permettre le retour du messie, elle figure explicitement dans l’Epître aux Thessaloniciens (2,2) qui désigne les impies et ceux qui croient au mensonge, ou ceux qui font « <em>obstacle</em> » :</p>
<blockquote><p>« <em>Car le mystère de l’iniquité agit déjà, il faut seulement que celui qui le retient encore ait disparu. Et alors paraitra l’impie, que le Seigneur Jésus détruira par le souffle de sa bouche et qu’il anéantira par l’éclat de son avènement.</em> »</p></blockquote>
<p>Ces deux thèmes, le Juif souillure à l’origine de la chute de l’humanité, le Juif comploteur contre le genre humain, conjoints à la nécessité de son élimination afin de rétablir la pureté et de hâter la venue du Messie ou celle d’un avenir enfin radieux, seront récurrents et constitueront le fond de tous les antisémitismes ultérieurs, sécularisés ou non, transmis tel un brûlot jusqu’à Ahmadinejab.</p>
<p>On retrouve ces mêmes thèmes chez quasiment tous les fondateurs de la pensée de gauche et socialiste. Chez Marx, Proudhon, Bakounine, Fourier, le Juif est à l’origine de la chute de l’humanité par l’introduction du change et par là du capitalisme et à ce titre il convient de l’éliminer : « <em>renvoyer cette race en Asie ou l’exterminer</em> » (Proudhon), « <em>la dissoudre </em>» (Bakounine), « <em>supprimer le judaïsme</em> » et « <em>rendre le Juif impossible</em> » (Marx) ou interdire sa citoyenneté (Fourier). On les retrouve également chez les idéologues du national-socialisme pour lesquels il représente la souillure de la « <em>nation pure, aryenne et non sémite</em> ». « <em>Le juif <span style="color: #888888;">[…]</span> est et demeure le parasite-type <span style="color: #888888;">[…]</span> Il empoisonne le sang des autres</em> » écrit Hitler qui, dans le même ouvrage, se vantait de continuer le combat du Christ : « <em>C’est pourquoi je crois agir selon l’esprit du Tout-Puissant, notre créateur, car en me défendant contre le Juif, je combats pour défendre l’œuvre du Seigneur</em> ». (<em>Mein kampf</em>).</p>
<p>Cette problématique de la symbiose des thèmes chrétiens et de l’aryanisme avait d’ailleurs été repérée dès sa naissance au XIXème siècle par Moses Hess, l’auteur génial et méconnu de  <em>Rome et Jérusalem</em>, sous le vocable de « <em>l‘esprit chrétien germanique</em> » (p.64). L’islamisme radical ne dément pas ce schéma du Juif souillure à l’origine de la chute, conjoint à la nécessité de l’éliminer. Et là encore, c’est à Léon Poliakov, décidément jeté aux oubliettes par BHL, que l’on doit la compréhension des mutations de ce brûlot antisémite, depuis son façonnement dans les Epîtres de Paul jusqu’à Voltaire et au-delà.</p>
<p>Quant au désir d’élimination à défaut de conversion au sein de la chrétienté, il s’est exprimé avec constance dans l’histoire passée et pas seulement par des mots. On trouve dans le Conte du Graal de Chrétien de Troyes, qui popularise la mythologie chrétienne en suivant les aventures de Perceval, cet appel au meurtre des Juifs : « <em>Les mauvais Juifs <span style="color: #888888;">[…]</span> on devrait les tuer comme des chiens</em> ». Perceval est, rappelons-le, gros d’un péché originel dont il ne pourra se libérer que par l’eucharistie, en prenant nourriture symbolique du sang et du corps du Christ sauveur. Et Joseph Ha-Cohen, médecin juif d’Avignon qui recense, dès le XVe siècle, le martyrologue continu et non pas discontinu du peuple juif, note, dans son ouvrage <em>La vallée des larmes</em>, à propos des croisades de 1096 que les Juifs « <em>virent se lever contre eux cette populace d’Allemagne et de France <span style="color: #888888;">[…]</span> Elle disait : Vengeons notre Sauveur sur les Juifs, exterminons-les d’entre les peuples</em> » (p.14).</p>
<p>Alors, ou bien Bernard-Henri Lévy, emporté par la prétention du discours (« <em>moi je ne crois pas cela <span style="color: #888888;">[…]</span> mais je dirais plutôt, moi</em> »), ignore ces faits ou bien il les occulte. Une simple promenade au pied d’une cathédrale, symbole architectural du christianisme, au fronton de laquelle, une noce juive, entière, disparait, anéantie, du coté de l’enfer, pourrait servir d’initiation à moindre effort.</p>
<p>Dans un second temps, fort de sa « <em>découverte</em> » innocentant la chrétienté, BHL érigera en victime du nazisme ce qu’il nomme une « <em>version, moderne, romaine, catholique de l’esprit d’Athènes <span style="color: #888888;">[…]</span> venant au secours de Jérusalem</em> », ce qui lui permet d’occulter les deux antagonismes qui ont dominé et formé l’occident, celui de la pensée de Rome contre celle d’Athènes, qui dura quand même jusqu’aux Lumières par une prévention contre la science qui n’excluait pas la répression, et celui de la pensée de Rome contre celle de Jérusalem. Il suffit de se souvenir que la Renaissance s’effectua par un double retour à la Grèce et à l’ancien Testament pour lutter contre Rome et que la Réforme dans un second temps se retourna contre Jérusalem tout en affirmant la reconnaissance du droit à usure nécessaire au développement du capitalisme et du salariat qui en est le fondement .</p>
<p><strong>Jérusalem occulté</strong></p>
<p>Quant à la tradition philosophique qui s’est développée en prolongement de celle d’Athènes, elle a simplement maintenu l’occultation déjà établie par la pensée chrétienne à l’égard de la pensée de Jérusalem la traitant comme inexistante et c’est cette double censure, ce double refoulement qu’il convient de lever aujourd’hui.</p>
<p>Qui dit volonté de dialogue dit d’abord restauration de la pensée de Jérusalem méprisée et occultée. Abraham Heschel dans son ouvrage <em>Dieu en quête de l’homme, Philosophie du Judaïsme</em> le fait remarquer :</p>
<blockquote><p>« <em>Ouvrez une histoire de la philosophie. Vous y trouverez Thalès et Parménide ; mais parle-t-on jamais d’Isaïe ou d’Elie, de Job ou de l’Ecclésiaste ?</em>» (p. 32). « <em>La pensée hébraïque évolue au sein de catégories différentes de celle de Platon et d’Aristote, et les dissonances entre l’enseignement grec et l’enseignement hébraïque ne tiennent pas seulement à des différences d’expression, mais à des différences de pensée. Toute synthèse de ces deux forces spirituelles, parce qu’elle souligne ce que la révélation et la raison ont en commun, aboutit au sacrifice de ce que chacune de ces perspectives possède d’originel et d’unique.</em> » (p.22)</p></blockquote>
<p>Quant à l’opposition entre la pensée de Rome et celle de Jérusalem, elle aussi aux sources de la pensée occidentale, elle s’est exercée jusqu’à il y a peu par l’enseignement du mépris voire la persécution au détriment de la seconde. Ce n’est qu’après la mise en cause de l’antijudaïsme chrétien parallèlement à l’expression d’une culpabilité d’avoir préparé le terreau favorable à l’extermination des Juifs, que le dialogue s’est instauré. Et là, il a fallu l’engagement personnel d’Abraham Heschel et de Jules Isaac.</p>
<p>Vatican II ne proclame plus la suprématie inconditionnelle de la Nouvelle Alliance et admet l’Ancienne, mais il reste une opposition théologique et conceptuelle. Le discours antijudaïque a cessé mais les dogmes qui l’ont nourri perdurent, en même temps, et tant mieux, que le fonds commun de la spiritualité et de l’image sacrée de l’homme a été rappelé et que la fraternité s’est affirmée, une fraternité plus conforme à l’autre face de la parole évangélique, celle de la compassion et de l’amour du prochain qui pour différer de la parole judaïque n’en est pas moins proche.</p>
<p>Cette différence radicale dans la proximité a été suffisamment pensée pour nourrir le débat aujourd’hui par au moins deux auteurs. Ahad Haam dans un texte intitulé <em>Au Carrefour</em> établit parfaitement ce qui différencie la charité chrétienne de la tzedaka juive. Au contraire de la première qui suppose un investissement personnel et compassionnel dans l’acte caritatif, la seconde exige de l’éviter afin que l’on s’élève dans la justice pour partager le gâteau commun qui n’est pas extensible. Eric Fromm, dans <em>Vous serez comme des dieux</em>, de son côté, a fait l’inventaire de ce qui différencie radicalement la philosophie du judaïsme de celle du christianisme pour en faire des entités difficilement conciliables, même si l’une et l’autre s’inscrivent dans une conception spiritualiste de l’univers et de l’humanité.</p>
<p>L’opposition entre la pensée de Rome et celle de Jérusalem a tout simplement disparu dans le propos BHL, pseudo-thèses sur l’antisémitisme aidant, et c’est le chainon manquant de son discours.  Mais cette occultation est générale et touche tous les auteurs de la radicalité du judaïsme. Ainsi, on préfèrera s’appuyer sur certaines ambiguïtés de la pensée du retour chez Lévinas, parti de Heidegger pour réaffirmer le judaïsme dans sa volonté de composer avec la pensée d’Athènes et celle de Rome. On préfèrera occulter les auteurs de la radicalité de la pensée de Jérusalem, non seulement Abraham Heschel mais aussi Martin Buber, Gerschom Scholem, Ady Steinszals, Moses Hess. On choisira aussi de taire les historiens de l’antisémitisme Jules Isaac et Léon Poliakov.</p>
<p>Benny Lévy avait parfaitement saisi les termes du débat :</p>
<blockquote><p>« <em>La pensée du Retour est allergique à toute conversion philosophique. Elle est accès à la Science (Tora) et non propédeutique à une nouvelle philosophie. La pensée du Retour n’est pas une traduction de la Bible en grec. Lévinas a favorisé ce malentendu</em> ».</p></blockquote>
<p>Et d’opposer le Lévinas penseur du Retour au Lévinas philosophe, du Lévinas retournant à Rabbi Haïm de Volozine au Lévinas « <em>se joignant au concert des Juifs du Siècle dans </em>La souffrance inutile ». Et d’affirmer la visée « <em>d’arracher le Dieu de l’Exode <span style="color: #888888;">[…]</span> à la ‘spiritualité’ judéo-chrétienne</em> » pour un retour sans complexe « <em>à la foi de nos pères</em> » (Benny Lévy, <em>Etre juif</em>, Verdier).</p>
<p>Une foi victime d’oppression, d’occultation, d’ignorance pour laquelle il convient aujourd’hui d’affirmer la spécificité de son universalisme par rapport à l’universalisme soit grec, soit chrétien, dont on mesure aujourd’hui qu’ils furent vecteurs de ce procès. Le premier par l’affirmation de la suprématie de l’homme raisonnant en sagesse et en majesté, le second en affirmant un universalisme supposant la conversion de l’univers entier et la dissolution identitaire par la fusion avec le Sauveur du péché originel :</p>
<blockquote><p>« <em>Il n’y a ni Juif, ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme : vous n’êtes tous qu’un dans le Christ Jésus</em> » est-il écrit dans l’<em>Epître aux Galates</em>. « <em>Devenez semblables à moi, puisque je me suis fait semblable à vous</em> » (idem, 4).</p></blockquote>
<p>On sait que cette logique de fusion identitaire eut sa version totalitaire au cours des croisades puis de l’inquisition et lors des nombreuses affaires de conversion forcée qui jalonnèrent l’histoire du peuple juif. La relation de l’Islam à l’universel est fondée sur la même volonté de clonage de l’univers entier. Par ailleurs, on sait également que l’idéal universel de l’homme de raison et de sagesse ne prémunit pas contre la dérive totalisante et totalitaire, sa suffisance au nom de la science et de la rationalité pouvant générer une incroyable ignorance de l’autre et des matrices culturelles différentes saisies dans leurs cheminements, voire une volonté de les réduire à néant au nom d’une supériorité raisonnante ou raciale prétendant s’appuyer sur la science et la notion du progrès. La relation du judaïsme à l’universel, par contre, est unique.</p>
<p>Loin de prétendre cloner l’univers afin de transformer les autres peuples en Juifs, le judaïsme qui se veut la religion d’un peuple devenu transnational , souhaite que les autres peuples embrassent un chemin de vie similaire acceptant la loi morale vers un même but de pacification et d’harmonie qui donne sens à la notion de temps messianiques. Afin que les chemins des peuples convergent selon le Prophète Isaïe qui professe que « <em>ma maison sera une maison pour toutes les nations</em> », dans le respect évident des nations et non dans leur dissolution.</p>
<p><strong>Le judaïsme et l’universel</strong></p>
<p>On ne peut donc vouloir accommoder la relation du judaïsme à l’universel pour l’aligner sur la manière de l’universalisme chrétien (ou islamique) ou grec dans leur volonté totalisante ou réductrice des matrices culturelles spécifiques des uns et des autres. Ou bien alors, c’est perdre la spécificité mise en avant par Heschel mais aussi par d’autres auteurs, Safran ou Elie Benamozegh. Sous ces conceptions radicalement différentes de l’universalisme, il y a bien évidemment des conceptions de l’homme et de Dieu, elles aussi divergentes. L’idéal de l’honnête homme universel, cultivé, savant et démocrate, né dans la filiation grecque et parachevé par Descartes et Spinoza, a peu à voir avec la nécessité irrationnelle de l’eucharistie. La fusion avec le fils vivant de Dieu, dans le but de le maintenir vivant en soi par l’acte caritatif et d’échapper au péché originel ne participe pas des mêmes ressorts.</p>
<p>Chateaubriand avait parfaitement défini cette opposition irréductible de Rome et d’Athènes : « <em>combien cette métaphysique est lumineuse auprès de celle de Pythagore, de Platon, de Timée, d’Aristote, de Carnéade, d’Epicure</em> ». (<em>Génie du Christianisme</em>, p.52). Mais ces deux volontés humanistes, grecque et romaine, diffèrent elles aussi du judaïsme qui transmet l’idée d’un Dieu innommable, au-delà de l’infini et de l’intemporel. Un Dieu qui exige à la fois l’amour en gratuité pour une puissance inconcevable qui ne saurait être ni humaine ni de chair. Un Dieu qui exige encore l’intériorisation de sa Loi morale, le libre choix et l’esprit de révolte y compris contre lui-même. Un Dieu qui exige de l’homme de s’élever dans la justice, de s’investir dans le faire -et non dans le croire- et dans l’amour envers les autres reconnus dans leur altérité. Il n’y a nul hasard que le texte de Jonas soit lu le jour du jeûne de kippour. Jonas, sujet de son péché d’ego ne refuse-t-il pas de porter la parole divine de moralité aux autres peuples ?</p>
<p>Face aux dérives totalitaires de l’islamisme confronté &#8211; comme autrefois la chrétienté &#8211; à l’expansion du marché libre du travail et du salariat qui met à mal les hégémonies religieuses et dissout les identités culturelles, face aux tyrannies et face au mercantilisme de ce même salariat et du consumérisme qui façonne les êtres humains, on peut ressentir comme BHL la nécessité d’un front spiritualiste et humaniste réaffirmant les « valeurs ». Mais on ne saurait le faire en édulcorant la pensée de Jérusalem. Elle doit être restaurée dans tous ses aspects après deux millénaires de survivance et de ghettoïsation. D’autant que la tentative d’extermination de la pensée juive menée par les totalitarismes nazis et bolchéviks n’a fait que suivre en final l’occultation par Rome et Athènes. A tel point qu’il est licite de penser que l’antagonisme entre la pensée de l’occident et le judaïsme est essentiel et représente un véritable enjeu de civilisation.</p>
<p>Le Judaïsme, quant à lui doit également se préparer à sortir du ghetto pour recouvrer sa Parole et lever les ambiguïtés nées dans le sillage de ses fréquentations grecques et romaines dans les universités germaniques. Lévinas, pour ce qui le concerne, faisait d’ailleurs lui-même l’aveu de cette ambiguïté pointée par Benny Lévy. Il en a donné la raison. S’il y a effectivement deux faces du christianisme, l’une matricielle déclarant le Juif ennemi du genre humain conjointement à l’opprobre sur le péché de chair, et l’autre caritative et compassionnelle envers tous les hommes, c’est envers cette seconde que Lévinas s’était déclaré endetté :</p>
<blockquote><p>« <em>Je dois la vie de ma petite famille à un monastère où mon épouse et ma fille furent sauvées […] Ce que je dois dépasse la gratitude, la reconnaissance va bien plus loin.</em> » (<em>A l’heure des Nations</em>, p.191).</p></blockquote>
<p>Ce qui ne l’empêchait pas a contrario de BHL de reconnaître, pour le déplorer, même avec regret, la prégnance de l’autre face et de ses effets en constatant :</p>
<blockquote><p>« <em>Le fait que tous ceux qui participèrent à la Shoah avaient reçu dans leur enfance le baptême catholique ou protestant : ils n’y trouvèrent pas d’interdits !</em> » (p.190).</p></blockquote>
<p>Cela dit, il reste à comprendre en quoi la face matricielle a produit les fondements propres à la solution finale contre l’autre face caritative et pourquoi la solution finale a-t-elle pu être pensée au XXème siècle, et seulement là, en conclusion des solutions sporadiques d’extermination qui ont marqué l’histoire des Juifs jusque-là, des Croisades aux bûchers de l’inquisition, des pogromes perpétrés par les Cosaques de Chmelniki, les bandes des Cent Noirs et les troupes de Petlioura. Les travaux de Jules Isaac et l’œuvre de Poliakov, occultés par Bernard-Henri Lévy font ici autorité.</p>
<p><strong>Jules Isaac, Jésus et le christianisme</strong></p>
<p>1948, La solution finale a atteint Jules Isaac dans son être. Il dédie son premier ouvrage <em>Jésus et Israël</em> à sa femme et à sa fille « <em>martyres, tuées par les nazis d’Hitler</em> ». Dans le second ouvrage, <em>Genèse de l’antisémitisme</em> il démonte « <em>la chaîne sans faille de l’antijudaïsme chrétien</em> », ( p. 286) et sa responsabilité majeure dans le façonnement des mentalités ayant permis la naissance de l’antisémitisme nazi et des autres formes d’antisémitismes qui quasiment dans toute l’Europe, à la même époque, se sont emparées de l’Etat pour donner libre cours à leur volonté autonome d’en finir avec les Juifs.</p>
<p>Peut-on d’ailleurs continuer à ignorer cette émulation concurrentielle avec les nazis, cette spécificité et cette action propre des autres antisémitismes européens dans le projet d’extermination déclenché par le régime allemand et n’évoquer que « <em>les énoncés du nazisme</em> » comme le fait BHL ? Continuer à ignorer les pogromes commis à Bucarest et à Jassy par l’armée roumaine, les exactions et les expéditions de Juifs vers les camps, commis par les Hongrois menés par Horthy, les massacres de près de dix mille juifs commis dans la Pologne d’après-guerre à l’heure de leur retour du refuge russe. Sans oublier bien entendu l’antisémitisme du gouvernement de la « révolution nationale » installé à Vichy, qui livre en Mars 1942, bien avant la rafle du Vel d’Hiv, les Juifs qu’il a déjà arrêtés et incarcérés dans sa zone , la zone dite « libre » du fait qu’elle était un temps administrée par lui seul !</p>
<p>La mort des Juifs ne fut pas qu’un sujet nazi, elle fut un sujet européen. Donc en 1948, Jules Isaac dénonce et affirme :</p>
<blockquote><p>« <em>Cette tradition reçue, enseignée depuis des centaines et des centaines d’années par des milliers et des milliers de voix était dans le monde chrétien comme la source première et permanente de l’antisémitisme, comme la souche puissante, séculaire, sur laquelle toutes les autres variétés étaient venues se greffer. »</em> (<em>Genèse de l’antisémitisme</em>,<em> </em>p.337).</p></blockquote>
<p>Voici donc la thèse désormais incontestable et incontournable affirmée : « <em>Toutes les autres variétés</em> » ne font que « <em>se greffer</em> » sur la matrice première. La théorie raciale, celle des surhommes aryens qui pratiqueront la sélection et l’élimination jusqu’à l’éradication complète, viendra se greffer, se surajouter sur la matrice première pour donner finales. D’autres, en Europe, n’auront même pas besoin de cette théorie raciale pour mettre la main à la pâte de l’extermination. La « <em>source première et permanente</em> » pouvait suffire. D’autant qu’elle avait suffi à l’échelle d’un ou de plusieurs pays avant même l’émergence du nazisme, pour s’illustrer dans les affaires Mortara, Beilis ou Dreyfus.</p>
<p>Pour en finir avec l’antisémitisme, Jules Isaac, croit à l’éducation. Il croit aux effets des discours. C’est l’enseignement du mépris et la volonté d’avilissement par la chrétienté qu’il met en cause. Il faut donc changer les discours. L’affaire Finaly qui éclate dans l’immédiat après-guerre, en prouve la nécessité. Jules Isaac mènera donc un combat acharné auprès des Chrétiens les plus disposés au dialogue et il parviendra à se faire entendre.</p>
<p><strong>Enfin Poliakov vint !</strong></p>
<p>Puis Poliakov arrive et publie son œuvre monumentale, <em>Histoire de l’antisémitisme</em>, ainsi que de nombreux autres ouvrages dont <em>Le mythe aryen</em>, <em>La causalité diabolique</em>, <em>Bréviaire de la haine</em>, etc.  Pour Poliakov aussi, il ne fait aucun doute que la solution finale réalise un fantasme né dans la chrétienté, mais avec cette nouvelle donne importante : elle ne l’est pas seulement par ses effets de discours mais par l’action de sa <em>matrice culturelle</em> (il faut bien la nommer ainsi comme pour toutes les religions, mythologies ou idéologies), une matrice qui agit comme pôle formateur dominant des individus, une matrice qui continuera d’agir quand elle sera sécularisée au siècle des Lumières. Et qui agira à droite et à gauche. Et il ajoute pour asseoir sa méthode d’investigation :</p>
<blockquote><p>« <em>On croit deviner les raisons pour lesquelles l’érudition du XXème siècle préfère se taire sur les diatribes anti-juives d’un Voltaire ou d’un Kant, d’un Proudhon ou d’un Marx. On peut <span style="color: #888888;">[…]</span> se demander s’ils n’expriment pas une orientation essentielle de la pensée occidentale</em> » et d’ajouter : « <em>c’est à la théologie…que revient le rôle primordial (celui d’une infrastructure si l’on veut) dans les mutations de gauche et de droite de l’antisémitisme</em> » (<em>Histoire de l’antisémitisme</em>, avertissement, tome 3).</p></blockquote>
<p>Les mots sont dits : théologie et mutations de droite et de gauche. Théologie d’abord : la matrice culturelle chrétienne a formaté l’Europe sur les décombres de l’empire carolingien en répondant à sa façon aux questions qui se posent à toute société : son origine, ses règles de vie, ses codes, sa morale, la parentalité et l’encadrement de la sexualité et de la reproduction, tout comme la gestion de l’affectivité et de la spiritualité. Pour décrypter les effets de cette matrice, Poliakov s’imposera</p>
<blockquote><p>« <em>avec précaution, et en évitant autant que possible tout dogmatisme, d’éclairer l’histoire de la société occidentale par la psychologie des profondeurs, car l’outil forgé par Freud, aussi imparfait qu’il soit, permet certainement mieux que tout autre d’explorer les fondements inconscients des croyances collectives.</em> » (<em>Le mythe aryen</em>, introduction)</p></blockquote>
<p>Comment la psychanalyse peut-elle ici nous éclairer ? Alors que le judaïsme interdit toute projection familiale au ciel et à l’origine, Dieu y est l’au-delà de l’infini, de l’intemporel, de l’innommable, le catholicisme rétablit, qu’on le veuille ou non et quelle que soit l’interprétation qu’il en donne, une imagerie projetée au ciel de l’amour de la mère vierge et du fils, un fils Dieu prenant la place du père alors que dans le même temps les notions de péché originel, de péché de chair interdit et de l’immaculée conception viennent signifier l’expression d’un meurtre symbolique du père et également la nature incestueuse de cet amour projeté. Interdit sur terre, il aura pour exigence d’être vécu dans la pureté, au ciel. Sur terre, c’est donc l’ordre monastique et l’abstinence qui lui conviendront le mieux. Le tabou sur l’acte de chair est corollaire de cette expression d’un amour incestueux vécu dans la pureté au ciel.</p>
<p>Le Juif devient dans cette imagerie le représentant du père tué symboliquement. Il est comme sa semence hors du ventre maternel, sale et visqueux. Il est également le témoin vivant et gênant de ce meurtre. Voilà pourquoi, il est donc déclaré « <em>ennemi du genre humain</em> » et « <em>hostile à Dieu</em> » au même titre que l’acte de chair. Et il est censé comploter par en dessous pour rétablir les pouvoirs du père : « <em>Vous avez en vous les désirs du père et votre père, c’est le diable</em> » est-il écrit dans Jean. Le péché originel étant à l’origine de la chute de l’humanité, les être humains ne devront leur salut qu’à l’eucharistie, à la communion avec le corps et le sang du Seigneur Christ, le fils Dieu substitut du Père. Voilà encore pourquoi la disparition des Juifs, ces témoins gênants du meurtre symbolique du père qui refuseront cette communion alors même qu’ils sont censés avoir tué Jésus, sera alors souhaitée avec, dans le même temps, la disparition de ceux qui se complaisent dans l’acte de chair.</p>
<p>De cette matrice culturelle chrétienne, du schéma parental projeté au ciel qu’elle implique, découlent les ingrédients récurrents de tous les antisémitismes ultérieurs. Le Juif est la souillure. Le Juif est le comploteur. Il est à l’origine de la chute permanente de l’humanité. Il est à lui seul le mystère du père absent à l’identique du brûlant secret de Stefan Zweig et la nécessité de son élimination s’impose au nom de la pureté. Ces thèmes récurrents agiteront tous les antisémitismes ultérieurs. C’est le génie de Léon Poliakov d’avoir décrypté le processus des mutations par sécularisation qui a donné naissance aux antisémitismes de droite et de gauche. Le Coran n’altèrera pas ce schéma parental initial (Mahomet épouse une femme qui pourrait être sa mère) et maintiendra les mêmes thèmes antisémites nés de la matrice culturelle chrétienne. On les retrouvera par ailleurs tels quels dans les discours d’Ahmadinejab ou dans les propos de Mikis Théodorakis qui avait décrété que les Juifs étaient « <em>à la racine du mal</em> » !</p>
<p>La méthode de Poliakov permet de comprendre en quoi la haine antisémite puise au plus profond de l’être, dans le totalitarisme formateur d’une matrice culturelle exercé sans contrepoids. Notamment sans le contrepoids de son autre versant, le discours d’amour et de compassion, le discours humaniste. Elle permet aussi de comprendre qu’il n’y a pas de crime antisémite sans plaisir ni soulagement pour le bourreau et autant pour celui qui reste indifférent ou passif devant le crime. Chacun sait que le crime procure un plaisir au criminel qui satisfait là sa motivation inconsciente et cela vaut aussi pour les crimes commis contre les Juifs qu’ils fussent commis de façon « artisanale » ou « industrielle » et « étatique ».</p>
<p><strong>Le vieux désir d’en finir avec les Juifs</strong></p>
<p>On croyait tout cela sinon su, du moins étudié, prolongé, commenté dans la modestie et l’humilité avec la volonté de comprendre non seulement les discours des dirigeants mais le pourquoi de la main des pogromistes d’Etat de Roumanie ou des Aktion-Gruppen allemands qui faisaient creuser les fosses et assassinaient au dessus pour les remplir directement. Mais non ! Car voilà Bernard-Henri Lévy en scène qui pointe « <em>les énoncés</em> » du seul nazisme dans l’extermination des juifs. Un discours contre un discours ! Son discours ne peut-être anodin. Car pour ne pas défaire les enchainements réels qui ont conduit la matrice culturelle de l’Europe à programmer et sinon à accompagner, à taire, à laisser faire l’extermination du peuple juif et à satisfaire le soulagement des bourreaux, on laisse tapies des inclinations qui perdurent à l’état dormant ou déjà éveillé dans l’inconscient de l’occident.</p>
<p>Premier point, la prétention de réduire l’origine de la Shoah « <em>aux énoncés du nazisme</em> » appuyés sur une « <em>régression païenne</em> » avait déjà été ridiculisée par Jules Isaac dès l’après-guerre. Il décelait chez ceux qui attribuaient l’antisémitisme « <em>à un instinct païen qui se réveille de temps à autre <span style="color: #888888;">[…]</span> une ignorance dont l’immensité m’effraye</em> » (Genèse, p.27). Dont acte.</p>
<p>Second point, la croyance aux seuls énoncés, quels qu’ils fussent, plutôt qu’à une matrice formatant les individus dans leurs comportements et leurs inclinations inconscientes, constitue une régression de la « philosophie moderne ». De ce point de vue, ce n’est pas la seule information sur la Shoah ou l’antisémitisme qui suffisent, mais une véritable « socio-psychanalyse »* de ce dont nos sociétés sont inconsciemment porteuses dans leur refus d’accorder une place aux Juifs. Et cela vaut également pour le refus de la place accordée à Israël, et là sévissent les effets à gauche de la sécularisation de la pensée chrétienne conjoints à ceux d’un Islam ne reconnaissant pas les Juifs comme peuple et peu comme religion ou alors pour la fustiger au passé.</p>
<p><strong>Du rôle de l’aryanisme</strong></p>
<p>Troisième point. On peut par contre à juste titre se demander ce qu’a apporté la théorie raciste indo-européenne au schéma du Juif souillure à éliminer, induit par la matrice culturelle, et quel montage a prédisposé au passage du crime pogromiste classique au crime assumé par l’Etat nazi ou par les Etats proclamant « la révolution nationale ». Ceci en se souvenant que, comme le dit Poliakov, toute société cherche à se justifier ses origines :</p>
<blockquote><p>« <em>Chaque société se réclame d’une généalogie, d’une origine. Il n’est pas de culture si archaïque soit-elle, qui ne se soit construit de la sorte une ‘anthropologie spontanée’. Et de rechercher en quoi le greffon du mythe aryen modifie la haine première pour lui donner l’aspect d’une haine raciale &laquo;&nbsp;renouant&nbsp;&raquo; apparemment avec les temps préchrétiens</em> » nous dit Poliakov en invoquant « <em>les intuitions archaïques du sang et du sol</em>. »</p></blockquote>
<p>Ce mythe aryen nous dit-il, est (in <em>Le mythe aryen</em>) consécutif au développement des sciences et de l’anthropologie corollaire de la déchristianisation et du sécularisme. Et ce qu’il permet, c’est de lever une contradiction interne à l’idéal adamique puis chrétien qui décrète l’unicité divine de l’espèce humaine.</p>
<p>L’inclination à traiter le Juif en représentant du père-diable pour l’éliminer se heurte en effet à un point du discours : une seule origine est attribuée à l’humanité et bizarrement les Juifs descendent de cette origine unique. Le crime contre le Juif effectué pour « <em>venger le seigneur</em> » implique en même temps une culpabilité d’atteindre à l’unité de l’espèce humaine. En séparant les Juifs de la souche aryenne pour en faire des « untermensch », sans rien changer à la notion de souillure à éliminer, on supprime la contradiction et avec elle la culpabilité. Ce n’est donc pas comme le prétend BHL par préférence des Grecs chez Voltaire et les encyclopédistes que l’ « <em>on peut tuer le Juif dans le dos et pour la première fois sans mots <span style="color: #888888;">[…]</span> après l’Encyclopédie </em>». Non, l’ancienne façon de tuer le Juif reçoit simplement plus de liberté une fois ajoutée une séparation entre l’origine des Juifs, l’origine des indo-européens et la pensée grecque. Enfin il est un autre facteur qui prend toute son ampleur au XXème siècle et qui permet de donner toute sa mesure au désir inconscient d’en finir avec les Juifs au terme d’une longue histoire. Ce facteur qui permet le passage au crime d’Etat, c’est l’apparition de l’Etat moderne lui-même et la nouvelle mystique de l’Etat suprême, substitut de la monarchie de droit divin, conjointes à la montée des nationalismes.</p>
<p><strong>Etat moderne, responsabilité et Shoah</strong></p>
<p>Encore faudrait-il saisir la spécificité de l’Etat moderne et ne pas se satisfaire des approches économistes propres aux concepts de la gauche qui pour diaboliser le capital n’ont toujours vu dans l’Etat que son obéissance « <em>aux intérêts de classe</em> ». Or le capitalisme ne répond pas à un projet idéologique mais à l’invention au XVème siècle du salariat, du marché du travail et de la transformation du travail en marchandise en remplacement du système désuet de la servitude et de la corporation.</p>
<p>Le salariat &#8211; qui fonde le capitalisme et non l’inverse &#8211; se définit tout simplement par la concurrence des marchandise-travail entre elles. La nécessité d’un Etat qui lui corresponde en lieu et place de l’idéal hégémonique chrétien lié à la féodalité et au servage, se fait sentir. Un Etat d’incarnation suprême qui pérennise cette concurrence des salariés sur le marché du travail par une citoyenneté désolidarisée. Un Etat qui, avec son idéal hégémonique, mettra quatre siècles à s’imposer à mesure de l’extension du salariat.</p>
<p>Cet Etat tout puissant est alors de plein droit contre l’ennemi social et Rousseau en affirmera la logique contre ceux qui se situeront en dehors de sa vue : « <em>quand on fait mourir le coupable, c’est moins comme citoyen que comme ennemi</em> » (<em>Du contrat social</em>, Livre 2). La guillotine, la mort du corps entier, pourra se substituer de façon impersonnelle à la torture partielle du corps qui dans la logique inquisitoriale visait à en faire sortir le démon et qui sévissait dans les tribunaux royaux à l’instigation des tribunaux ecclésiastiques jusqu’à sa suppression par Louis XVI.</p>
<p>Incarnation mystique de la communauté sociale solidaire, cet Etat se forge à la fois sur la destruction de formes de solidarité communautaires et sur la recherche d’une unité nationale ignorée des monarchies féodales. La souche nationale devient un enjeu politique et les peuples transnationaux, les Juifs et les Tziganes deviennent des peuples de trop. Et par ailleurs, la condamnation à mort et l’exécution de la sentence revêtent un caractère légal, officiel, étatique déresponsabilisé.</p>
<p>Dans les régimes de capitalisme d’Etat donc de salariat d’Etat assorti de travail forcé tout comme au début du salariat en Europe occidentale, on désignera aisément les « <em>ennemis du peuple</em> ». Dans les régimes de national-socialisme, on visera les « <em>peuples parasites</em> ». Cette dimension de peuple parasite se greffera pour les Juifs sur la notion de peuple souillure, enfin séparé de la souche aryenne, mais dans un nouveau contexte, celui de l’étatisation du crime antisémite et de la déresponsabilisation de l’assassin en uniforme opérant sous la mystique de l’idéal hégémonique d’Etat. La haine basique suscitée par la matrice culturelle pourra s’investir d’une manière officielle, déresponsabilisée, légale en quelque sorte dans l’extermination désormais pensée et planifiée des Juifs par l’Etat.</p>
<p>Ces nouveaux facteurs vont donc lever les obstacles qui endiguaient le désir permanent d’élimination des Juifs suscité par la matrice culturelle, la « <em>souche puissante</em> » de Jules Isaac. La solution finale, sujet européen, trouvera les conditions de son expression radicale par la déculpabilisation et la déresponsabilisation sous la coupe de l’Etat hégémonique moderne.</p>
<p><strong>Un seul Dieu ?</strong></p>
<p>A l’heure des nouveaux dangers qui menacent la planète, on peut affirmer qu’un véritable œcuménisme spiritualiste ne pourra se forger qu’en se libérant des mythologies parentales projetées au ciel et érigées en dogmes à usage terrestre. C’est la condition de la justesse et de l’efficacité des discours humanistes et compassionnels.</p>
<p>Par ailleurs, il y a fort à parier que la sécularisation des matrices culturelles dogmatiques n’a pas affecté que le rapport aux Juifs et a gagné l’ensemble des visions de gauche et d’extrême droite de la société, visions à caractère totalisant voire totalitaire. Décrypter les effets de cette sécularisation dans les différents systèmes politiques et sociaux qui ont obscurci les horizons du siècle n’est pas une moindre tâche. Le fascisme, le bolchevisme, le maoïsme, le polpotisme en furent pétris pour ce qui concerne les totalitaires. Sous des aspects démocratiques, la social-démocratie n’y a pas échappé.</p>
<p>La théorie du « renversement » par laquelle « <em>les derniers seront les premiers</em> » n’aura pas permis d’inventer une nouvelle société. On peut espérer qu’en restaurant la pensée de Jérusalem, on puisse actualiser un des aspects du judaïsme « anti-esclavagiste » et « anti-idolâtrie » mis en avant par Moses Hess et Martin Buber : celui d’inventer de nouvelles formes sociales aptes à répondre à la crise du salariat sous-jacente à la crise du capitalisme et de la social-démocratie. Un autre sujet…</p>
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		<title>Crise du salariat : la gauche se meurt, vive le kibboutz urbain !</title>
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		<pubDate>Sun, 05 Jul 2009 16:44:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Claude Berger</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les voix de gauche fuient vers le vert ? La crise est là et la gauche, morcelée, se meurt du deuil impossible de ses vieilles lunes. Ses postulats s’effondrent. Ils étaient faux depuis leur invention par Lassalle, père de la (&#8230;)</p><p><a href="http://www.claudeberger.fr/crise-salariat-gauche-kibboutz-urbain/">Lire la suite de cet article &#187;</a></p>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a title="Crise du salariat : la gauche se meurt, vive le kibboutz urbain !" href="http://www.claudeberger.fr/crise-salariat-gauche-kibboutz-urbain/"><img class="alignnone size-full wp-image-58" title="La pollution c'est le salariat" src="http://www.claudeberger.fr/wp-medias/pollution-salariat1.jpg" alt="" width="500" height="250" /></a></p>
<p>Les voix de gauche fuient vers le vert ? La crise est là et la gauche, morcelée, se meurt du deuil impossible de ses vieilles lunes. Ses postulats s’effondrent. Ils étaient faux depuis leur invention par Lassalle, père de la social-démocratie. Le capitalisme était défini par l’exploitation. Au bout de la revendication, de la violence ou de l’élection, il y avait le capitalisme d’Etat au service du peuple entier (Lénine), mais celui-ci est mort à Berlin et sous Jospin. Seuls des résidus de PC et le musée trotskyste &#8211; facteur compris &#8211; peuvent encore répéter l’ânerie. Le restant, rallié au « marché », consacre le capitalisme producteur de richesses, et se borne au vœu d’une « juste » distribution tout en gardant intacte la sémantique de la diabolisation du capital et de la manie revendicative. Mais celle-là révèle sa vanité dans le cadre de la concurrence mondiale des mains d’œuvre. Tout cela fait chuter le moral des foules et la maison social-démocrate. D’autant que la droite en appelle à l’Etat pour la cohésion sociale et rend caduque l’imagerie rétrécie de la gauche.</p>
<p>Où était l’erreur de Lassalle et de Lénine et de la gauche qui a suivi ? Dans l’oubli du marché du travail, dans l’oubli que le capitalisme n’est pas défini par l’exploitation mais par le salariat, invention des marchands au XVème siècle, c’est-à-dire la concurrence des travailleurs sur leur marché, le travail devenu marchandise, le salaire, seule motivation de la tâche, et la citoyenneté désolidarisée sous la coupe de l’Etat qui pérennise cette concurrence dans la civilité. C’est ainsi que le premier Marx, proche des physiocrates, le définissait.</p>
<p>Premier Marx, parce qu’il en existe un second, idéologue celui-là, le seul que la gauche ait lu. Un Marx antisémite tout comme Voltaire, Proudhon, Bakounine, Fourier, qui sécularise la pensée chrétienne sur ce point et sur d’autres avec la notion de renversement venue tout droit des Epitres de Paul, les derniers devenus les premiers, le bon prolétariat au lieu de la bourgeoisie honnie, le grand soir substitué au jugement dernier, le bon sens de l’histoire pour les progressistes, le mauvais pour les réactionnaires.</p>
<p>Le premier Marx avait compris la vanité de la revendication. Son effet pousse le capital à trouver de nouvelles mains d’œuvres moins chères par importation ou délocalisations ou de nouvelles productions, ce qui étend à l’infini terrestre le marché du travail et suscite l’abaissement du prix de la main d’œuvre sur son cours le plus bas afin que les produits soient compétitifs. C’est le terme de la situation actuelle.</p>
<p><span id="more-12"></span>Nous vivons une crise du salariat tout comme il y eut autrefois une crise du servage et de l’esclavagisme. L’anticapitalisme de la revendication nourrit donc le capitalisme et la mondialisation du marché du travail tout en se gaussant de « défendre les travailleurs ». Même chose pour ceux qui, en matière d’immigration, confondent la liberté de ce marché et les droits de l’Homme. Quant au défunt capitalisme d’Etat, il instaurait un salariat d’Etat pire que le salariat privé. L’histoire en a dit la leçon. Il a servi à développer par la violence le salariat dans les grands empires tyranniques, ex-URSS et Chine. Il livre aujourd’hui ses salariés « clés en mains » sur le marché mondial du travail où les migrants ne vont pas rejoindre une nation, mais un marché.</p>
<p>La crise du salariat suscite la crise culturelle liée à la perte des identités et aux refuges dans les archaïsmes tribaux, fétichistes ou islamistes (tout comme l’inquisition a accompagné en Europe l’émergence du salariat). Le cours stagnant du prix de la main d’œuvre et la précarité obligent le recours au crédit et l’endettement de l’Etat suit à la mesure des protections sociales et du maintien de l’ordre contre les délinquances urbaines ou terroristes et c’est l’autre aspect, financier, de cette crise du salariat. Cette crise, la gauche est inapte à la comprendre et à imaginer une société associative par substitution progressive.</p>
<p>Mais aussitôt une illusion meurt qu’une autre apparaît, celle de l’Ecololand, qui porte en elle sa limite car elle n’affronte pas le salariat, moteur de la concentration urbaine, mangeuse d’énergie, et du productivisme exponentiel. Au XIXème siècle, le premier Marx opposait à celui-ci l’association et la commune, mais ce fut un vœu pieux, la logique du « renversement » l’emportant.</p>
<p>L’association non salariale a pourtant été inventée, mais en Israël, sous la forme des kibboutz. La gauche en a toujours censuré sa spécificité unique : la motivation éthique du travail, le dévouement à une communauté et non plus l’appât du salaire. Mais sa forme de village clos, coupée de la réalité des villes et des masses pauvres, son allégeance à une idéologie de gauche agonisante, ont altéré sa dynamique.</p>
<p>Face à la crise des kibboutz des campagnes, des inventeurs ont créé ces dernières années des kibboutz en ville &#8211; six actuellement &#8211; avec un projet socioculturel: faire évoluer sympathisants et membres actifs (qui mettent en commun les moyens et les revenus) dans le sens de l’être ensemble et non de l’avoir. Partager la culture. Susciter un autre type de production, de consommation et de propriété. Acte de naissance d’une société associative et non salariale ? La crise du salariat et la cécité des gauches offrent l’opportunité de la naissance ailleurs d’un tel mouvement.</p>
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		<title>Faut-il sauver le soldat Marx… et le camarade Attali ?</title>
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		<pubDate>Tue, 12 Aug 2008 16:37:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Claude Berger</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[Dans son dernier ouvrage Karl Marx ou l’esprit du monde, Jacques Attali, pris de lyrisme pour la cause d’une refondation virginale de Marx, le consacre « premier penseur ‘mondial’, porteur de l’esprit du monde ». Il oublie seulement que Marx entendait en être (&#8230;)</p><p><a href="http://www.claudeberger.fr/karl-marx-jacques-attali/">Lire la suite de cet article &#187;</a></p>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a title="Faut-il sauver le soldat Marx… et le camarade Attali ?" href="http://www.claudeberger.fr/karl-marx-jacques-attali/"><img class="alignnone size-full wp-image-61" title="Jacques Attali" src="http://www.claudeberger.fr/wp-medias/attali2.jpg" alt="" width="500" height="250" /></a></p>
<p>Dans son dernier ouvrage <em>Karl Marx ou l’esprit du monde</em>, Jacques Attali, pris de lyrisme pour la cause d’une refondation virginale de Marx, le consacre « <em>premier penseur ‘mondial’, porteur de l’esprit du monde</em> ». Il oublie seulement que Marx entendait en être le dernier ! Et le seul possible après la mort proclamée des religions et des idéologies. Au nom de sa « <em>méthode critique et radicale</em> », selon lui imparable. Pour vivifier l’abus, l’ancien conseiller du prince opère une contorsion afin de délivrer Marx des dérives de ses épigones responsables d’une des deux grandes barbaries du siècle dernier, dérives dont chacun sait qu’elles pèsent en retour aussi sur lui. Plutôt que de déceler la source du penchant totalitaire dans la vocation totalisante, réductrice dans l’analyse et dogmatique dans la prospective, l’auteur préfère user la corde qui a déjà servi pour des Papon à foison et faire de Marx un « malgré lui ». Malgré lui dans le bolchévisme. Malgré lui dans le lénino-stalinisme. Malgré lui dans l’antisémitisme.</p>
<p>Mais la naissance de la mythologie de la révolution prolétarienne assortie de sa vocation totalitaire ou de sa suffisance social-démocrate était déjà, pour peu que l’on mette à plat sans censure l’ensemble théorique conçu par Marx, dans sa prétention de substituer aux religions la nouvelle religion rationnelle, matérialiste, universelle et scientifique par le biais de la classe porteuse chargée d’instaurer le nouvel ordre social. Si l’un des apports de Marx révèle l’idéologie comme le masque d’une réalité concrète qu’elle couvre, en ne la réduisant d’ailleurs de façon outrancière qu’à cela, on peut lui appliquer la découverte et dévoiler la mythologie et la fonction qu’elle a assumée dans la réalité. Monsieur Attali s’en garde bien. Il préfère promener son Marx « <em>malgré lui</em> » pour une gauche désormais sans repères et qui en a bien besoin après l’effondrement de Berlin et celui de Jospin. Il concède ainsi à regret que Marx fut antisémite, « <em>oui, sans doute</em> », mais il « <em>constitue contre sa volonté, une des matrices du nazisme comme du stalinisme</em> » nous dit-il, en l’acquittant d’un diplôme de dévouement à la cause de l’émancipation de l’humanité entière, y compris des Juifs.</p>
<p>On le sait pourtant aujourd’hui, on le savait hier, la persécution antisémite étant déjà plus qu’établie à l’époque de Marx, toute idéologie criminogène dispensée est entièrement responsable et s’agissant d’un penseur de la taille de Marx prétendant décrypter la marche entière des sociétés humaines et leur « <em>inconscient de classe</em> », il n’y a pas lieu de faire exception ! Non, pas de circonstances atténuantes !</p>
<p><span id="more-6"></span>En fait, Jacques Attali entretient l’occultation qui a toujours prévalu à gauche non seulement sur l’antisémitisme radical, essentiel de Marx, mais aussi et surtout sur le rapport de cet antisémitisme de <em>La question juive</em> avec le reste de la théorie qui fonde encore aujourd’hui l’arsenal théorique des lénino-trotskystes et pour partie des sociaux-démocrates tentés par le retour aux origines !</p>
<p>Antisémitisme radical ? « <em>Quel est le culte profane du Juif ? Le trafic […] Le change, voilà le vrai Dieu du Juif</em> » déclare-t-il dans <em>La question juive</em> en affichant le projet : « <em>La question relative de l’émancipation du Juif se change pour nous en cette autre question : quel est l’élément social particulier qu’il faut pour supprimer le judaïsme ?</em> » L’émancipation proposée est donc dépourvue d’ambigüités : il faut rendre le Juif « <em>impossible</em> » !</p>
<p>Pour faire passer ce « contre son gré » aux désemparés du socialisme, Jacques Attali resservira les vieux procédés de la tradition d’aveuglement de la gauche sur l’antisémitisme de naissance qui gît en son sein. Rappelons en effet que Proudhon entendait « <em>renvoyer cette race en Asie ou l’exterminer</em> », que Bakounine justifiait les pogromes contre ceux qu’il appelait « <em>les juifs immondes</em> » et encore que Fourier protestait qu’on leur accordât les droits civiques ! Ainsi Monsieur Attali prétendra que « <em>Marx ne parle du judaïsme, qu’une fois dans sa vie, en 1843. Il n’en reparlera plus jamais.</em> ». Le propos est faux tout comme est insidieux le sous-entendu que <em>La question Juive</em> est un texte de jeunesse affecté par l’erreur de l’âge ! Dans un texte majeur ultérieur, <em>Les luttes de classe en France </em>(1850), où s’exerce pleinement la méthode de Marx « mûr », il est écrit : « <em>Quant à la bourgeoisie, elle élit le changeur juif et orléaniste Fould</em> » et encore : « <em>Le petit bourgeois, déjà bien assez réduit à la misère […] fut contraint de se livrer ainsi directement aux mains des Juifs de la Bourse contre lesquels il avait fait la révolution de Février</em> ». Bref, c’est la même problématique devenue « mature » qui annonce l’avènement du règne prolétarien et qui dans le même temps décrit le Juif comme acteur du change contre lequel faire la révolution des quatre saisons.</p>
<p>Léon Poliakov l’a montré, Marx comme les autres penseurs originels de la gauche, « internationalistes » confortés par certains philosophes des Lumières, dont Voltaire, ont sécularisé la matrice culturelle anti-juive, qui gît dans les Epitres de Paul. Là, le Juif, assassin du Fils sauveur né d’une conception immaculée, est le représentant diabolisé du péché originel et du père absent, « <em>hostile à Dieu</em> » au même titre que l’acte de chair. Il est ainsi à la fois à l’origine de la chute et de la souillure de l’humanité et comploteur permanent du rétablissement de la Loi du père et la nécessité de sa disparition comme témoin du meurtre symbolique du Père, s’impose pour l’Avènement du Fils-Seigneur.</p>
<p>Ici, par un simple effet de sécularisation, il devient responsable de la nouvelle chute et de la souillure de l’humanité par l’invention du change et par là, du capitalisme et il est désigné comme comploteur permanent contre les petits bourgeois nationaux dupés. L’émancipation de l’humanité repose donc sur la suppression du judaïsme et l’impossibilité du Juif !</p>
<p>Il serait naïf de croire que la sécularisation de l’irrationnel issu de la matrice culturelle chrétienne (je ne traite pas ici de sa part de foi humaniste) se soit arrêtée au seul antisémitisme et n’ait pas affecté l’ensemble des conceptions de la gauche jusque dans ses impasses actuelles. C’est précisément le second point de l’occultation opérée par le discours du conseiller de l’ancien prince : éviter que l’on soit tenté d’opérer le rapprochement entre l’antisémitisme fondateur et près de deux siècles d’idéologie marxiste et de religion laïque aveugle. Or, il s’agit d’un seul et même système.</p>
<p>Ce qui fut sécularisé dans la majeure partie de la prospective de Marx, c’est le concept chrétien du « renversement ». Les derniers supplantant les premiers le jour du jugement final et le paradis céleste substitué à l’enfer terrestre donneront en effet naissance à la mythologie du renversement de la « <em>dictature bourgeoise</em> » &#8211; la démocratie que nous connaissons &#8211; par la dictature prolétarienne le soir final du putsch ou de l’élection, identique au Jugement dernier. Le diplôme de sainteté accordé a priori à l’opprimé victime fournira le prêt à penser pour la compassion envers les « <em>victimes de l’impérialisme</em> » fussent-elles terroristes ou obscurantistes. La dichotomie entre ceux qui seront sauvés et les voués à l’enfer départagés par l’eucharistie cédera la place à celle qui sacralisera les progressistes allant « <em>dans le sens de l’histoire</em> » et les autres « <em>réactionnaires</em> » bons pour le goulag ou la vindicte. Et tout autant l’uniformisation des êtres humains par la seule fusion dans le Seigneur, toutes nations et cultures disparues, cédera le pas devant le nouvel international cloné et encarté par le parti révolutionnaire selon une idéologie de type inquisitorial bardée de bonne conscience humaniste développant une réalité dans le pire des cas sinistre et sinon médiocre. Quant au péché originel de chair comme fondement unique des sociétés humaines, il se verra remplacé par une dogmatique aussi totalisante, celle du rapport contradictoire de la classe exploitante et de la classe exploitée comme fondement unique de l’histoire et des formes sociales. Par une espèce de troc par lequel Marx détruira son identité juive &#8211; « <em>si fort que je déteste la foi juive</em> », écrivait-il &#8211; il enlèvera aux Juifs le rôle de révélateurs de la Loi morale pour attribuer au prolétariat celui messianique de porteur du nouvel ordre international.</p>
<p>Du vivant même de Marx, qui s’en scandalisait, les émules sociaux-démocrates étendront cette idéologie du renversement au seul point de Marx qui en échappait : la définition du capitalisme et sa solution. Contrairement à ses émules, Marx qui reprenait cela de Turgot, ne définissait pas le capitalisme par l’exploitation mais par le salariat : un système qui repose sur la concurrence des travailleurs sur un marché du travail et sur la transformation du travail en marchandise soumise à la loi de l’offre et de la demande. Un système qui résulte d’une invention et non d’une idéologie à la fin du XVème siècle, une invention faite par des marchands géniaux qui s’approprient les vagabonds libérés ou fuyards du servage pour les constituer en marché libre, susceptible d’approvisionner la fabrique au détriment de la corporation hiérarchisée. Au travail concurrentiel et à l’appât par le salaire, Marx opposait la notion d’association pour en finir avec la domination par le marché du travail et par l’Etat du salariat dont une des fonctions est de prolonger cette concurrence dans la vie civile en organisant la gestion de la désolidarisation des individus.</p>
<p>Ces notions de salariat et d’association noyées dans la gangue mythologique ont été boycottées par un siècle et demi de discours de gauche. Elles le sont encore par Monsieur Attali. Les émules d’hier et d’aujourd’hui prétendront lutter contre l’exploitation avec une fierté risible ignorant que Marx qualifiait cette lutte de vaine parce qu’elle ne fait que susciter la recherche de mains d’œuvre moins chères, par importations ou délocalisations et étendre ainsi le salariat sans frontières, tout en ayant pour seule fin le renversement du capitalisme privé par le capitalisme d’Etat autrement dit par le salariat d’Etat : un salariat pire que le salariat privé. Dans les ex-empires tyranniques de l’Est et de l’Asie, il s’établira pour une bonne part par le travail forcé comme aux débuts du salariat en Europe. Ce fut et c’est aussi intelligent que de proposer au Moyen-âge la nationalisation des propriétés féodales en conservant le servage ! Cet obscurantisme dure depuis plus d’un siècle.</p>
<p>Mais revenons à aujourd’hui : ce n’est pas la mondialisation du marché des produits qui menace la cohésion de nos sociétés, chacun s’en réjouit, c’est la mondialisation du marché du travail. L’apothéose du salariat étendu à la planète entière fait chuter les cours de la marchandise-travail en même temps qu’elle induit une perte des identités culturelles, un mercantilisme des « valeurs » humanistes et de toutes les activités humaines génératrices de salariat. Ce qui induit un véritable négationnisme culturel, et ce qui fait le terreau de nouvelles idéologies totalitaires islamiques ou d’anciennes revisitées susceptibles de figer des hégémonies régressives.</p>
<p>La gauche est donc inapte à comprendre la crise du salariat qui se profile sous son apothéose mondialisée, une crise qui rappelle celle de l’esclavagisme et du servage. Et inapte à imaginer l’émergence et la progression d’une société associative non salariale, éthique et libérée des idéologies. Est-ce un hasard, le seul exemple de société associative à la fois dans l’existence et dans la production est né au début du siècle dernier dans ce qui deviendra Israël, dans le cocon de la culture de Jérusalem et dans le sillage des prédictions de l’ennemi juif de Marx, Moses Hess, surnommé à l’époque « le rabbin rouge » ? Sa réalité perdure tant bien que mal en dépit de la faillite de l’idéologie du salariat d’Etat et de l’assistanat propre à la gauche classique défenderesse des « <em>exploités</em> » et par là, au final, de l’extension du marché du travail, ici comme là-bas. N’attendons donc pas de celle d’ici qu’elle invente le kibboutz urbain pour inaugurer l’avenir.</p>
<p>Le discours de Monsieur Attali survient dans ce contexte. La gauche molle est sans projet, la gauche dure à l’ancienne, mâtinée d’écologie, revient en Allemagne comme en France. Il faut donc resservir du Marx à tous les repas en continuant de masquer ce qui mérite d’en être sauvé et qui fut occulté par la gauche du « renversement ». Faut-il pour autant sauver le camarade Attali, orphelin d’un Prince qui promettait une société sans chômage en pestant théâtralement contre les puissances d’argent ? On peut en douter. Le discours « parisien-camarade » est plus révélateur de ce qu’il cache que de ce qu’il prétend éclairer.</p>
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		<title>Le kibboutz urbain, naissance d’une nouvelle société ?</title>
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		<pubDate>Sun, 09 Mar 2008 20:42:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Claude Berger</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[Si le Kibboutz n’est plus ce qu’il était, l’idéal qu’il incarnait survit et s’est même enrichi de nouvelles pratiques. Voyageant en Israël, de Sderot à Guilo, en passant par Beit Shemesh, Claude Berger nous fait découvrir les kibboutzim urbains, laboratoires (&#8230;)</p><p><a href="http://www.claudeberger.fr/kibboutz-urbain-nouvelle-societe/">Lire la suite de cet article &#187;</a></p>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a title="Le kibboutz urbain, naissance d’une nouvelle société ?" href="http://www.claudeberger.fr/kibboutz-urbain-nouvelle-societe/"><img class="alignnone size-full wp-image-64" title="Pique-nique au kibboutz Tamuz" src="http://www.claudeberger.fr/wp-medias/kibboutz-tamuz.jpg" alt="" width="500" height="250" /></a></p>
<p><strong>Si le Kibboutz n’est plus ce qu’il était, l’idéal qu’il incarnait survit et s’est même enrichi de nouvelles pratiques. Voyageant en Israël, de Sderot à Guilo, en passant par Beit Shemesh, Claude Berger nous fait découvrir les kibboutzim urbains, laboratoires d’une nouvelle réalité sociale.</strong>*</p>
<p>Il faut quitter les terrasses ombragées des rues de Tel-Aviv, délaisser les charmes policés de la ville côtière qui s’expose à la mer, prendre la route qui mène au Sud, vers le désert du Néguev, puis traverser les longues étendues cultivées gagnées sur les sables pour atteindre Sderot, ville de développement, peuplée d’immigrants venus de Russie ou du Maroc, où sévissent pauvreté et stagnation sociale. Sderot, où tombent chaque jour les missiles kassam tirés sans discontinuité de Gaza, aujourd’hui sous la tutelle du Hamas, hier sous celle du Fatah. Sderot où est implanté un des quatre kibboutzim urbains qui ont éclos en Israël. En remontant vers Jérusalem, on découvrira le kibboutz Tamuz implanté à Bet Shemesh et un autre Beit Ysrael à Jérusalem même, à Guilo, un quartier pauvre éloigné du centre.</p>
<p>Le kibboutz en ville a surgi il y a près de deux décades comme issue à la crise des kibboutzim des « campagnes » et aux interrogations sur l’avenir du mouvement kibboutzique et de la société israélienne.</p>
<p>L’idée est a priori simple. Un groupe de personnes motivées mettent en commun leurs moyens et leurs revenus et en répartissent ensuite l’usufruit selon les besoins de chacun comme dans le kibboutz classique mais à la différence ici qu’ils en sortent et qu’ils vont s’implanter dans un quartier socialement chaud où ils créent une association d’entraide et d’assistance pour la population qui y vit. Et qui a priori était très éloignée du mode de vie kibboutzique. Au sein du petit groupe fondateur qui vit selon la règle du partage économique comme dans l’importante association qu’ils créent se mêlent et s’investissent des laïcs et des pratiquants ouverts unis dans le but de développer l’entraide et les mises en commun, d’élever le niveau scolaire professionnel, culturel ou cultuel et associatif de la population. Peu à peu, les valeurs de l’être ensemble apparaissent bien plus attractives et bien plus riches que les valeurs de l’avoir individuel et de la bataille solitaire du chacun pour soi pour survivre. Et bien meilleures sources de vie que le recours aux traditionnels services de l’assistance sociale de l’Etat providence pour les exclus et les démunis. Le motif essentiel du travail des membres fondateurs du kibboutz urbain qui est à l’évidence le dévouement à une communauté ici élargie s’impose alors tout naturellement comme supérieur à la fois en termes d’efficacité et d’humanisme au motif habituel du travail dans la société de salariat, à savoir en règle la plus générale l’appât du salaire pour pouvoir gérer sa vie individuelle.</p>
<p><span id="more-10"></span>Chez les membres actifs et fondateurs des trois « kibboutz en ville » décrits ici, on retrouve les mêmes motivations et la même vision : transformer la réalité sociale dans le long terme, exporter ces valeurs du kibboutz, qui sont en fait des valeurs d’une société associative et non-salariale au cœur de la ville, affronter la réalité de la société dans ses points chauds, pour la transformer du dedans sur le terrain et ne plus se contenter pour certains ou même relativiser pour d’autres les discours idéologiques sans effets sur la transformation sociale réelle.</p>
<p><strong>Migvan</strong></p>
<p>Migvan ? Le kibboutz urbain ? Oui, ici à Sderot, chacun vous désigne l’endroit avec fierté. Nomika Zion une des fondatrices du kibboutz urbain qui nous y attend apprécie. Elle et ses compagnons ont quitté le kibboutz classique, il y a quinze ans, pour fonder le kibboutz en ville avec l’espoir de trouver une réponse conforme à leurs aspirations et à leur vision d’une transformation radicale de la société. Elle évoque son enfance au kibboutz, la solidarité communautaire effective. Puis le choc qui fut le sien lorsque la rémunération salariale recommença ici et là à sévir de nouveau et avec elle le retour de l’individualisme. Et cet autre choc lorsque des jeunes immigrants d’une ville de développement en visite dans son kibboutz la prirent pour une « riche ». Le kibboutz faisait figure de phalanstère de privilégiés ! En outre le kibboutz classique demeurait un village clos dont le confinement rivalisait mal avec l‘attrait de la ville pour les nouvelles générations. La productivité agricole nécessitait aussi moins de bras et l’idéal du retour à la terre pour des Juifs sans terre perdait de son actualité.</p>
<p>En 1986, ils sont un petit nombre comme Nomika à éprouver les mêmes refus, à formuler les mêmes espoirs. Ils ne supportent plus la domination de l’individu par le collectif. « <em>Tu avais étudié ce qui te plaisait, on t’affectait à une tâche qui ne te plaisait pas, le résultat, c’était le départ des jeunes au retour de l’université !</em> ». Nourris de l’idéal de justice sociale des fondateurs des premiers kibboutzim, ils vivent mal l’accroissement des disparités et des tensions en Israël. Ils n’acceptent pas que le rêve de la « kibboutzification » progressive de la société israélienne disparaisse pour ne laisser place qu’à des revendications des oppositions, des batailles électorales. Ils prennent conscience que culture judaïque et culture associative sont liées, ce qui devrait ouvrir la voie à une action commune et à un renouveau culturel. Ils cherchent une issue. Après de longs débats, ils mijotent la formule. Ils inventent le projet du kibboutz urbain. En 1987 ils franchissent le pas et décident de s’installer en ville dans un lieu où sont concentrés les problèmes sociaux, les disparités d’origine et les malentendus de la cohabitation entre laïcs et religieux afin de les affronter et de les réduire. Ils s’implantent à Sderot, ville que les touristes ne visiteront pas et louent des appartements à l’office public de logements. Ils sont six au départ. Aujourd’hui, ils sont soixante, adultes et enfants, membres du kibboutz urbain. Depuis Juillet 2000, ils habitent un nouveau quartier de Sderot. Ils y ont fait construire de beaux bâtiments clairs et spacieux. Des villas, des bureaux un centre communautaire pour l’association Migvan qu’ils ont créée pour concrétiser leur action de solidarité et d’élévation culturelle et spirituelle envers la population. Le centre est ouvert aux diverses activités, il est disponible aux besoins des jeunes et des familles, il offre une structure d’accueil pour les volontaires et les jeunes couples qui se joignent au projet.</p>
<p>« <em>A Migvan, kibboutz et association</em>, nous dit Nomika, <em>nous plaçons l’individu au cœur du projet, nous suivons ses besoins, ses désirs, son épanouissement</em> ». Finie, la soumission à la collectivité. « <em>Si quelqu’un veut étudier même pour une activité qui ne concerne pas le groupe, nous l’aidons</em> ».Côté kibboutz, les membres de la communauté sont libres d’adhérer à part entière : ils mettent alors leurs revenus en commun et les répartissent au prorata des membres de la famille et des besoins de la communauté. Ils sont solidaires et leur motivation n’est plus le salaire mais la vision et l’engagement du projet. S’ils n’adhèrent pas à la règle kibboutzique, ils peuvent néanmoins s’associer à la communauté et au projet. « <em>Cette liberté rend les membres pleinement responsables envers le kibboutz, elle empêche l’émergence de sentiments de frustration ou d’amertume</em> ». Neuf des seize familles de Migvan vivent selon la règle communautaire. L’association quant à elle, destinée à affronter et résoudre les disparités et les tensions de la société israélienne accueille adhésions et volontaires attirés par sa vision et son action. Elle emploie aujourd’hui 80 personnes. Elle met en œuvre des programmes d’assistance, d’éducation, de services pour les handicapés, des jardins d’enfants. Elle songe à créer une école pour apporter une solution au clivage entre école privée pour privilégiés et école publique pour les moins lotis. Elle active un programme permanent d’enrichissement culturel qui inclut la culture juive traditionnelle autant religieuse que séculière. Un soir sur quatre est consacré à l’étude sur les thèmes proposés par tout un chacun. Enfin, outre l’association, le kibboutz urbain Migvan a créé une entreprise de high-tech composée de 12 personnes dont moitié sont membres à part entière du kibboutz. Sens communautaire, souplesse, prise en charge de la jeunesse, foi humaniste et traditionnelle confrontée à la modernité, primauté de l’individu sur le collectif, Nomika Zion tresse la vision qui motive Migvan. Elle évoque la figure de son grand-père originaire d’une Russie pogromiste, un des fondateurs des premiers kibboutzim. Elle rappelle son combat pour l’instauration d’une société juste qui réponde aux vœux de l’humanisme de la tradition juive et elle entend inscrire Migvan dans la continuité renouvelée d’une flamme qu’elle garde intacte.</p>
<p><strong>Tamuz : la réconciliation entre religieux et laïcs au programme du kibboutz urbain.</strong></p>
<p>Beit Shemesh, un peu plus au nord-est sur la route de Jérusalem, autre kibboutz urbain. Son nom : Tamuz, également fondé en 1987. A l’origine du kibboutz urbain Tamuz, une vision du futur de la société israélienne, un projet et une action sociale et culturelle quasi-similaires à ceux de Migvan. C’est Ofer Sitbon, francophone, qui nous y reçoit. Là aussi, des bâtiments neufs et spacieux, une association, une maison communautaire et des principes de fonctionnement à quelque chose près identiques. Pour les membres du kibboutz, les revenus, qui peuvent provenir d’une activité extérieure à l’association, sont mis en commun. Ofer Sitbon nous fait visiter les lieux. La buanderie est commune et il existe un parc collectif de voitures, ce qui diminue notablement la consommation individuelle d’objets industrialisés. L’association qui abrite l’activité sociale et culturelle de Tamuz auprès de la population de Bet Shemesh dispose d’un bel édifice. Elle se nomme « Kehilla », qui veut dire communauté en hébreu et dans la tradition judaïque. Pour les membres du kibboutz et pour tous ceux qui fréquentent Kehilla, Tamuz entend offrir une qualité de vie active et séculière centrée tout à la fois sur le soutien social auprès des couches défavorisées de l‘entourage et l’enrichissement culturel par l’étude de textes classiques et contemporains. Son but avoué, développer une culture de l’identité juive non orthodoxe, adaptée à notre époque, tirée du judaïsme et de la tradition autant religieuse que profane. Derrière ce projet, il y a une prise de conscience que le sens communautaire à l’œuvre à l’origine dans le kibboutz classique était sans doute d’essence religieuse et culturelle même si ses fondateurs étaient le plus souvent laïques et philosophiquement matérialistes. En confrontant l’approche religieuse des textes et l’approche séculière et critique dans la lignée de penseurs tels que Scholem, Buber ou Moses Hess, en réconciliant les populations religieuses et laïques autour du calendrier traditionnel et des fêtes, calendrier qui implique une démarche philosophique dans le temps, la communauté sociale et solidaire s’élargit, devient une réalité et ne se borne plus au cercle limité d’ une communauté en esprit. La tension entre religieux et laïques qui fait parfois craindre en Israël s’efface alors par la reconnaissance d’une source unique avec une face cultuelle et une face culturelle et par l’action commune de solidarité sociale. Lieu d’étude, de rencontre, Kehilla développe des projets qui allient transmission du pluralisme culturel juif, investissement social et dialogue entre les différentes couches de la population. Elle anime des groupes d’étude pour adultes et jeunes, soutient les résidents de Beit Shemesh par un programme d’assistance, de soutien scolaire et de formation pour enfants à risques, pour les jeunes en transit entre fin d’études secondaires et service militaire, pour l’intégration des juifs éthiopiens. Elle a créé un centre des droits civiques, un centre de formation de cadres et elle organise des rencontres d’immigrants récents et de seniors et favorise le dialogue entre jeunes Israéliens et Juifs de la diaspora. Au centre du cercle des petits immeubles d’habitation des membres du kibboutz, l’édifice de Kehilla domine. La ruche est en activité, 33 membres y sont employés auxquels se joignent une vingtaine de volontaires.</p>
<p><strong>Beit Ysrael</strong></p>
<p>Un peu plus au Nord-est vers Jérusalem, à Guilo exactement, se situe le kibboutz urbain Beit Yisrael fondé par Hoshea Fridman Ben-Shalom et Orly, son épouse et par quatre autres familles en 1993. Guilo, c’est ce quartier qui fut longtemps la cible des snippers palestiniens installés dans le village arabe de Beit Jalla qui lui fait face. Beit Yisrael est un kibboutz urbain de séculiers et de religieux déterminés à travailler ensemble à bâtir une société pluraliste imprégnée des valeurs morales et inspirée par une vision prophétique du devenir du peuple juif et de l’humanité entière. La communauté compte aujourd’hui 29 familles et 25 célibataires. Au départ, les cinq familles fondatrices s’installent à Guilo <em>aleph</em> dans un complexe qui comprend 288 appartements autrefois destinés aux nouveaux immigrants. Lorsque ce complexe fut abandonné, en dépit d’une architecture originale étagée sur une colline, il fut squatté par une population déshéritée et de sans-logis qui concentrait en son sein les problèmes sociaux coutumiers des banlieues de banlieues. Les membres du kibboutz urbain décidèrent de relever le défi, de loger avec elle et de promouvoir une action éducative et de formation en créant une association intitulée Kvutzat Reut. Aujourd’hui, le kibboutz urbain accueille des volontaires soucieux d’aider particulièrement les 230 enfants du quartier.</p>
<p>Classes de langage, d’informatique, soutien scolaire et enrichissement culturel pour lycéens et scolaires, club de jeunes pour ado à risque, jardin d’enfants, programme pour les familles pour les fêtes et les vacances avec à l’esprit le but de former des nouveaux jeunes acquis à ces valeurs de solidarité et de dévouement tout en soutenant leur promotion dans la société. Il s’agit de constituer une seconde famille communautaire qui s’inscrive dans une vision du chemin vers une société meilleure et de développer comme dans les autres kibboutzim urbains, un programme d’études religieuses et séculières en faisant appel à des volontaires en fin d’études secondaires tout en les formant à l’action sociale et communautaire. « <em>Au début, </em>nous dit Orly Fridman<em>, les gens s’étonnaient : « </em>pourquoi venez-vous ici, un endroit perdu ? »<em> Aujourd’hui, ils nous font confiance, ils savent que nous restons ici, que nous ne sommes pas de passage. C’est un point essentiel, si l’on veut que les choses changent de l’intérieur, il faut vivre les mêmes conditions</em> ».</p>
<p>238 cadres formés à Beit Yisrael essaiment déjà à travers Israël, Orly Fridman Ben Chalom est fière du chemin parcouru. « <em>Voilà 14 ans que le kibboutz est là parfaitement intégré à la population, ce n’est plus une utopie !</em> ». Elle nous montre l’immeuble de l’association en effervescence : 15 résidents volontaires et étudiants s’y activent. « <em>Ce sont les graines du futur </em>», nous assure-t-elle.</p>
<p>« <em>Garder les principes du kibboutz mais vivre à l’intérieur de la société pour la changer du dedans, tel était notre souhait. Dans cette aventure, la population a changé, elle n’est plus sujette aux mêmes maux comme en témoignent les récits écrits de nombreux jeunes issus de Kuvtzat Reut et nous aussi, nous avons changé. Nous croyons que la nouvelle frontière d’Israël est la frontière sociale qui passe à l’intérieur des cités et des villes de développement. Nous voulons aussi être un exemple vivant de coopération entre les observants et les séculiers afin de provoquer des changements réels par une action communautaire quotidienne. Nous avons foi dans les capacités des individus à relever le défi d’une société fracturée et aliénée et à travailler ensemble dans la construction d’une société solidaire. »</em></p>
<p>Le premier kibboutz urbain, Reshit, est un kibboutz religieux, il a été fondé en 1981, à Jérusalem par des juifs orthodoxes. Hoshea Fridman Ben Shalom en est issu. Il a choisi l’ouverture. Migvan, Tamuz, Beit Yisrael, les trois autres kibboutzim urbains recensés, visités et présentés ici dans leurs particularités, doivent-ils considérés comme un aboutissement expérimental ou comme le début d’un mouvement annonciateur d’un futur novateur ? Le 15 novembre 2005, la lecture du quotidien Ha’aretz donne un élément de réponse : un nouveau kibboutz urbain vient de naître à Akko. Les propos de Nomika Zion reviennent en mémoire : « <em>de nombreux groupes de jeunes s’intéressent à notre expérience et discutent de projets gravitant autour de la même vision</em> ». Se référant au besoin des jeunes Israéliens de fuir l’horizon obstrué ou difficile par un voyage initiatique en Inde après le service militaire, elle affirme avec humour « <em>le kibboutz urbain, c’est mon Inde</em> »!</p>
<p><strong>Une alternative pour la gauche dans l’impasse</strong></p>
<p>Cinq kibboutzim urbains en Israël c’est à la fois peu et c’est en même temps beaucoup. Peu parce que le phénomène est encore marginal malgré son impact auprès d’une fraction de la jeunesse. Peu parce que son poids économique est réduit même si son importance sociale est forte, un seul des trois kibboutzim évoqués ici s’est doté d’une entreprise alors qu’autrefois les kibboutzim classiques occupaient ce terrain : 400 entreprises industrielles employant 16.000 personnes et 36% des terres arables d’Israël cultivées en 1992. Et si les associations emploient du personnel, leurs finances proviennent de dons ou de subventions ou de rémunérations du secteur social. Mais c’est en même temps beaucoup. Le kibboutz urbain représente une voie innovante. Il répond à la crise du mouvement des kibboutzim des campagnes assaillis par l’introduction du salariat. Il répond à la mondialisation du salariat qui joue là comme ailleurs par la chute des cours du travail, par celle des valeurs et par la déperdition culturelle. Il répond enfin à la crise de l’idéologie de gauche qui a depuis Lassalle et Lénine réduit le capitalisme à l’exploitation et sa solution à l’instauration d’un capitalisme d’Etat, donc d’un salariat d’Etat, survenant à la suite d’une montée paroxystique de la revendication. Avec l’oubli que c’est le salariat et ses trois ingrédients, la concurrence sur le marché du travail, la transformation du travail en marchandise et la citoyenneté désolidarisée sous la coupe de l’Etat qui fonde le capitalisme et non l’inverse.</p>
<p>Le salariat fut une invention des marchands s’appropriant le travail au XVème siècle. La solution de gauche du salariat d’Etat était donc aussi clairvoyante que celle d’un prêcheur prônant la nationalisation des grandes propriétés féodales tout en conservant le servage privé pour le remplacer par un servage d’Etat sous Philippe le Bel ! Cette utopie, si elle fut triomphante au siècle passé, est morte on le sait à Berlin et à Paris sous Jospin. Elle perdure sous d’autres formes. Maintenir la pression revendicative comme au bon vieux temps sans se douter qu’elle est le fer de lance de la recherche éperdue de mains d’œuvre les moins chères par migrations massives ou délocalisations ou de processus plus productifs ou de nouveaux champs de production et sans jeter les fondations d’une société associative relève de l’inconscience. Ne pas avoir posé la question de la fin du marché du travail et du salariat hier et ne pas la poser aujourd’hui alors que la mondialisation du marché du travail accroît la concurrence relève d’un aveuglement. Le kibboutz classique fut longtemps rangé par la gauche dans les antiquités du futur pour le refouler sous le vocable utopique, va-t-elle considérer le kibboutz urbain, naissant avec la même suffisance, alors qu’elle est elle-même dans l’impasse ? Au salariat, le kibboutz oppose une communauté d’existence non salariale.</p>
<p>A la dépendance à l’égard de l’Etat, à l’idéal hégémonique qu’il projette sur la société civile, à la citoyenneté désolidarisée qu’il gère, le kibboutz urbain oppose une recomposition de l’existence par l’association et l’entraide. Au monde de l’avoir seul, le kibboutz urbain oppose le monde de l’être ensemble et permet d’envisager un mouvement vers une société associative et non-salariale. En deux décennies, les trois quarts de l’humanité a été mise en orbite sur le marché du travail. Le salariat d’Etat a transformé les réservoirs de l’Est et d’Asie en une masse de salariés livrables clés en mains en même temps que se disloquent les sociétés encore féodales ou tribales et leurs cultures islamistes ou fétichistes. Une crise du salariat identique à celles de l’esclavagisme et du servage se profile. Songeons donc qu’il a fallu quatre siècles avant que le salariat conquiert l’Europe occidentale ! La mutation est inouïe et elle est source de violence pour ceux qui n’arrivent pas à se vendre sur le marché du travail ou qui n’en voient plus l’utilité, l’ensemble des valeurs, celles du travail, celles de la culture et de la morale, celles de l’idéal hégémonique d’Etat s’étant effondrées. Il en résulte un « <em>nihilisme de la horde pauvre</em> » tenté, on le sait, par le refuge crispé dans les matrices culturelles surtout islamistes qui assuraient une hégémonie dans les sociétés d’origine, pour les faire verser dans le totalitaire.</p>
<p>Un mouvement de kibboutzim urbains peut esquisser une alternative. L’invention du kibboutz en ville se situe en Israël. Elle doit beaucoup à la culture judaïque qui implique que la mystique, la communion avec le monde d’<em>en-haut</em>, n’a pas de lieu hors du rapport à l’autre et du sens communautaire et que le faire prévaut sur la croyance. Cet apport est à usage universel et peut donc se satisfaire d’une version laïque incitant à la réunion des énergies. Verra-t-on en Europe d’anciens militants abandonner les discours idéologiques propres au « <em>parti de la conservation du salaire</em> » selon une expression d’Engels pour aller créer des kibboutzim urbains dans les cités sensibles ?</p>
<p>*Reportage initialement publié dans la revue <em>Le Meilleur des Mondes</em> n°6, sous le titre « Le Kibboutz est mort, vive le kibboutz urbain ! »</p>
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