L’idéologie odieuse, les failles de la République

by Claude Berger on janvier 20, 2014

Article publié dans les Cahiers du Cercle Bernard Lazare de février 2014.

Le clown s’excuse. C’est promis, il ne tiendra plus de propos antisémites. La raison ? La loi ne le permet plus. L’instance suprême a sévi. Jusqu’à l’interdiction de son spectacle, la loi aurait pu s’appliquer pour profération de propos antisémites ou négationnistes. Elle ne l’avait pas fait et l’on peut s’interroger. Le désir de tenir de tels propos est-il éteint pour autant ? Sûrement pas ! Le récidiviste, il le fut, s’arrêtera-t-il là ? On peut en douter, quels que soient les habits, griot africain ou imam iranien, dont il s’affublera. Car le rôle qu’il a joué par ses spectacles n’est pas anodin. Il a réussi à faire converger les deux viviers de l’antisémitisme, celui issu de la matrice culturelle chrétienne-nationaliste et celui issu de la matrice culturelle islamiste. L’affaire Dieudonné et le coup d’arrêt porté par Manuel Valls auront révélé, pour ceux qui l’ignoraient, qu’une idéologie odieuse est née qui réunit, dans une même haine, des Blacks, des Blancs et des Beurs, des « indigènes » des cités et des droites extrêmes des beaux quartiers.

Mais la révélation ne s’arrête pas là. Elle fait apparaître au grand jour les failles de la République à l’égard de ce phénomène unique dans l’histoire de l’humanité que fut l’extermination planifiée des Juifs durant la seconde guerre mondiale. En France, il fallut déjà attendre longtemps, trop longtemps, jusqu’au discours de Chirac, pour qu’on reconnaisse la participation française à l’extermination et que l’on s’intéresse au « comment ». Mais jusqu’ici on ne s’est pas trop intéressé au « pourquoi ».

Des historiens, Léon Poliakov, Jules Isaac, des psychanalystes, Karl Abraham, Bela Grünberger, ont pourtant ouvert la voie. Mais la bien-pensance préfère des historiens moins gênants tels Hanna Arendt, qui feront de l’antisémitisme une extension du totalitarisme tout comme d’autres en font aujourd’hui une extension du conflit moyen-oriental. Ce « travail », ce questionnement du « pourquoi » n’a été ni ordonné ni entrepris. Que ce soit dans les écoles ou dans les universités, dans la presse écrite ou dans la médiation audiovisuelle. L’information des faits, la commémoration peuvent donner bonne conscience mais ne suffisent pas. Pire, sans ce « travail » d’analyse de ce dont les civilisations et les matrices culturelles sont porteuses, elles ne peuvent que susciter une culpabilité qui mène au rejet par overdose et à la recherche d’équivalences : « d’autres peuples ont souffert, pourquoi parler tout le temps de la Shoah et des Juifs ? » Et de citer « la traite négrière et les peuples colonisés » !

Simple rappel, l’esclavagisme est un mode production qui précède le salariat et le marché du travail inventés au XIVe siècle, et avant lui le servage, ce n’est pas un mode d’extermination. Le maître esclave n’avait aucun intérêt à faire périr sa main d’œuvre et s’il la maltraitait c’était en raison d’une idéologie qui mettait les Noirs au rang d’une sous-humanité dans le même temps où elle traitait les Juifs d’engeances du diable. Quant à l’esclavagisme, mode de production, comment oublier qu’avant de réapparaître en Afrique au XVIIIe siècle, où des négriers blancs composaient avec des roitelets noirs, il fut spécifique de l’Antiquité et qu’il s’exerça au Haut Moyen Âge contre les Slaves (d’où le mot « esclaves ») mais aussi en Afrique noire, de 622 jusqu’au XXe siècle, avec force castrations des mâles au profit des marchés arabes et musulmans fournis par de zélés pourvoyeurs et autres pirates!

Lorsqu’un individu commet un meurtre, on s’interroge sur ses relations parentales, sur son psychisme, sur les motivations profondes qui le poussent au crime et sans doute à la recherche du plaisir de l’élimination de l’autre, de celui qui est tué. C’est ce même travail qui doit être fait à l’égard des crimes de société. Il est temps d’allonger l’Europe et un certain Islam, porteur d’un discours d’élimination des Juifs, sur un divan.

Au silence d’après-guerre a donc succédé et la montée de l’information sur le génocide des Juifs et la montée de l’immigration d’obédience musulmane d’Afrique noire et du Maghreb ! Force est de constater que les crimes commis contre des Juifs récemment, contre Ilan Halimi et contre les enfants de Toulouse, avaient pour source la référence islamiste. Force est de constater que si l’émotion et le deuil furent partagés par l’immense majorité du peuple français, il y eut des voix discordantes pour s’en réjouir. Ex-enfant caché ayant échappé au sort attendu durant deux années, j’espérais naïvement un deuil national, un immense défilé pour dire non au crime. Comment après l’extermination de plus de 11000 enfants juifs en France, pouvait-on de nouveau assassiner des enfants juifs ? Faire du crime antisémite une suite du conflit Israël-Palestine est un leurre. Il cache le fait que ce conflit a pour source l’islamisme et l’antisémitisme qui régnaient dans le camp palestinien en 1948 en la personne du mufti de Jérusalem, proche collaborateur d’Hitler, qui a refusé le plan de partage au nom d’une seule obsession, le refus de tout Etat juif, sans jamais œuvrer à la création d’un Etat palestinien sur les terres occupées dès lors par les Jordaniens et les Egyptiens. Ce refus ne faisait que prolonger le statut d’infériorité et de soumission attribué aux Juifs et aux chrétiens par l’islam traditionnel et qui a valu le départ des Juifs des pays musulmans. Ce ne sont ni l’existence d’Israël ni le conflit qui sont à l’origine de l’antisémitisme des banlieues, mais précisément l’inverse ! C’est l’antisémitisme islamiste de l’époque (le panislamisme) qui a généré le conflit.

M’bala M’bala déguisé en pitre a donc unifié par son spectacle l’antisémitisme européen et son désir de génocide (dont l’aboutissement passé fut la Shoah par balles dès 1941 puis Auschwitz) et l’antisémitisme d’origine islamique. Ces deux antisémitismes ont en commun de suivre un même canevas : le Juif est à l’origine de la chute de l’humanité, il est un parasite, il complote en permanence pour établir son pouvoir occulte, il faut l’éliminer afin que le monde soit purifié. L’origine de ce canevas est à chercher dans les Epitres de Paul qui déclare que les Juifs « ne plaisent point à Dieu et sont ennemis de tous les hommes » (Thessaloniciens 2) au même titre que l’acte de chair. Cette religion de la Mère et du Fils s’en prend alors au père terrestre que représente le Juif. « Vous avez pour père le diable et vous voulez accomplir les désirs de votre père » est-il écrit dans Jean (8)… L’Islam n’altère pas fondamentalement ce schéma parental et la haine qui en découle.

Il s’ensuit une altérité qui porte inconsciemment sur la sexualité avec le choix entre l’idéal d’abstinence et une transgression coupable dans le cas de la chrétienté, ou le choix entre la soumission des femmes dominées et contraintes à la polygamie et l’attente des vierges promises au ciel dans le cas de l’islam. Dans les deux cas, l’inégalité sexuelle rend les protagonistes envieux et sujets d’une pulsion d’élimination des Juifs qu’on accuse dans le même temps d’un complot permanent, celui visant au rétablissement du pouvoir du père diabolique sur le monde entier. L’Eglise a fort heureusement abandonné le discours qui avait pour conséquence au XIIe siècle, outre les massacres de Juifs durant les croisades, que Chrétien de Troyes (Le Conte du Graal, 1182) souhaite à propos des « mauvais Juifs » qu’ « on devrait les tuer comme des chiens ». Cette matrice culturelle, comme l’avait bien noté Poliakov, a été sécularisée par Voltaire et refilée à gauche chez Marx (« rendre le Juif impossible »), Proudhon (« renvoyer cette race en Asie ou l’exterminer »), Bakounine, Fourier et à droite en Allemagne, chez les chrétiens germaniques et les tenants de l’aryanisme avant qu’Hitler ne la reprenne, et en France chez Drumont, Céline… Il est temps de mettre à nu les inhibitions et les pulsions fussent-elles mortifères que les matrices culturelles génèrent, non pas en termes de discours mais en termes de façonnement inconscient des individus, y compris de nos jours. Ce devrait être le propos d’une nouvelle pédagogie.

Une marionnette peut aisément se démonter : démontage du pantin de Soral, le pitre confiera qu’entre les nazis et les Juifs, il ne choisit pas, il est « neutre ». Autrement dit, entre les exterminateurs appliquant un projet criminel et les victimes exterminées, il n’y a pas de différences. Sans doute parce que les premiers étaient justifiés d’en finir avec « le complot de la communauté organisée », complot permanent depuis l’origine des temps. « Qui a volé qui ? » demande le pitre, qui a « sa petite idée ». Donc l’extermination des Juifs n’est pas condamnable au passé… et sans doute pas au présent où les Juifs disposent d’un Etat pour mener leur « complot », un Etat qu’on accuse d’apartheid, alors que 20% de la population israélienne est arabo-musulmane ou arabo-chrétienne ! Un Etat dont la seule raison d’être serait, outre le complot, l’oppression des Palestiniens !

Collaborateur ?… Le pitre évoque avec une certaine délectation un collaborateur qui poussait les victimes dans les wagons à bestiaux… A la fin de la guerre, les nazis, quasiment défaits, ont finalement appliqué en France les méthodes d’extermination pratiquées contre les Juifs sur le front de l’est dès 1941, dont le résultat est connu : un million huit cent mille Juifs, en majorité femmes et enfants, assassinés au-dessus des fosses ou des carrières. Les massacres d’Oradour-sur-Glane et de Tulle en témoignent. M’bala M’bala fait-il ici une différence entre les bourreaux et les victimes d’Oradour, brûlées vives dans l’Eglise ? Dira-t-il qu’ « entre les nazis et la population d’Oradour, je ne choisis pas, je suis neutre » ?

M’bala M’bala, interdit d’un spectacle, est-ce bien suffisant ?

L’idéologie odieuse est là, devant nous. Il n’est plus de temps de faire silence. Elle menace les Juifs. Elle menace la France.

One comment

Bonjour,

J’avais entrepris la lecture de votre article avec intérêt mais j’ai renoncé, avec nausée, vers la fin du premier paragraphe : il semble, que je n’aies pas supporté vos amabilités envers le fascistoïde-roquet Manuel Valls.

by luc nemeth on 7 avril 2014 at 12 h 51 min. #

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