L’inconscient culturel et l’intifada des couteaux

by Claude Berger on octobre 30, 2015

L'inconscient culturel et l'intifada des couteaux

Article publié par l’agence Menapress le 23 octobre 2015.

Une décapitation au couteau commise en France, une autre, en Algérie, sur un Français, tout être « normal », choqué, désigne l’ennemi : le djihadisme, qui prend sa source dans l’islam. Tout comme les bûchers de l’Inquisition, qui poursuivaient les Juifs, les chrétiens « déviants » et les « sorcières », puis les protestants, trouvaient leurs origines dans la démonologie et le pouvoir de l’Eglise moyenâgeuse.

Or aujourd’hui, un président d’une république portant le nom de France, et un ministre des Affaires qui lui sont étrangères, osent prétendre que les attentats de janvier à Paris contre Charlie Hebdo et une épicerie juive, n’ont « rien à voir » avec l’islam.

On voudrait nous convaincre que la décapitation d’Hervé Cornara est un fait divers sans conséquences et sans suites.

Conséquemment, lorsqu’il s’agit de l’Intifada des couteaux, dirigée contre la population d’Israël, des assassinats commis au cri d’ « Allahou Akbar » (Dieu est grand), la présentation médiatique en amoindrit volontairement le choc, et inverse les responsabilités : ce ne sont plus les assassins fanatiques qui sont coupables de ces actes mais la domination, voire « l’occupation » israélienne de la Judée et de la Samarie, ou même l’existence d’Israël qui en sont responsables.

Parce que cette démocratie israélienne, dont 20% de la population est arabe, musulmane ou chrétienne, transformerait les Palestiniens en peuple martyr, ce qui justifierait toute forme de révolte et tous les assassinats.

Si certains désignent la « frustration politique » des jeunes Palestiniens devant le blocage d’une solution de partage et de réconciliation, ils oublient – ignorance, aveuglement ou bêtise – la phobie antijuive de l’Islam et des pays musulmans, qui, pour la plupart, n’ont d’ailleurs à ce jour pas accepté le principe de l’existence d’Israël.

En 1947, c’est le chef du mouvement palestinien, le Grand mufti de Jérusalem, collaborateur d’Hitler et de son plan d’extermination des Juifs, deux ans en poste à Berlin avant d’en être exfiltré par la France, qui rejette toute solution de partition en deux Etats après l’échec de la guerre d’éradication de l’Etat d’Israël, Etat proclamé en vertu d’un plan de partage onusien.

La partie dévolue aux Palestiniens est occupée militairement par la Jordanie trente ans durant, et, fait curieux, aucun Etat palestinien n’y voit le jour. C’est à la suite d’une nouvelle tentative d’éradication de l’Etat juif, en 1967, et la victoire de la Guerre des Six Jours, qu’Israël conquiert ces territoires, non pas face aux Palestiniens mais aux Jordaniens, et y crée des implantations dans le voisinage des villages arabes.

La haine phobique d’Israël s’inscrit dans l’islam, qui a rejeté toute partition et toute présence juive, pourtant attestée de tous temps, dans les temps bibliques comme dans les temps modernes. La population juive de Jérusalem était déjà majoritaire au cours des 18 et 19ème siècles.

Israël n’est pas le fruit de la Shoah mais l’héritier d’un mouvement nationaliste et humaniste, personnalisé par Moses Hess, qui, en 1862, rompt avec Marx et Engels, parce qu’ils ramènent la culture à un reflet de l’économie et versent dans l’antisémitisme. Il s’agit d’une faille de la perception, issue de la sécularisation de la matrice culturelle chrétienne, qui affecte les autres penseurs de la gauche, Proudhon, Bakounine, Fourier, et qui place le Juif à l’origine de la « chute capitaliste », ce qui ne sera pas sans conséquences sur le mouvement socialiste, substituant ainsi le messie prolétarien au messie divin.

Ce n’est donc pas le conflit israélo-palestinien qui engendre l’islamisme, c’est l’islamisme qui se situe à la naissance du conflit et qui se révèle aujourd’hui au grand jour, soit dans le Hamas, dont la charte ne cache pas son projet d’éradication du pays juif, soit dans le mouvement djihadiste, mais également, d’une manière plus pernicieuse, dans les mouvements laïcs ou baasistes. Nombreux, dans ces mouvances, souhaitent une éradication d’Israël par étapes. D’où cette impasse et cette méfiance, côté israélien, devant les discours à deux faces des dirigeants de l’OLP.

Quant à l’inversion de la réalité, qui pousse certains, en France, à transformer les assassins en martyrs, il faut y voir l’expression de l’inconscient culturel européen. Après la Shoah, l’Europe, qui, hormis ses Justes, a engendré ou toléré l’extermination des Juifs, n’a pas cherché à comprendre le « pourquoi » du génocide.

La matrice culturelle, qui trouve ses origines dans la chrétienté du Moyen-âge, chargée de pulsions mortifères et sécularisées, a contribué, aux côtés d’autres facteurs, à la diabolisation des Juifs dans les idéologies d’extrême droite et d’extrême gauche.

De là, on passe sans problème à la diabolisation du pays juif : peuple de trop, pays de trop. D’autant qu’en transformant les Juifs en « bourreaux », on déculpabilise l’Occident pour son antisémitisme génocidaire ou passif. Enfouie, cette matrice continue d’influer sur des idéologies qui se veulent laïques et solidaires des « opprimés », et se refusent à voir que c’est le même islamisme qui vitupère  aux portes d’Israël que celui qui sévit déjà ici, en France et en Europe.

Faits divers révélateurs mais aussitôt exclus de la réalité par un phénomène désormais connu de marginalisation, de déni à priori de l’existence d’un éventuel synchronisme significatif : à Châlons-en-Champagne, un lycéen de 15 ans tire sur une prof avec un pistolet à billes en criant « Allahou Akbar ». Il était également armé d’un couteau [1].

Sur une embarcation chargée de 112 migrants et menaçant de sombrer, une quinzaine de musulmans jettent douze chrétiens à la mer : c’était en avril de cette année. Mais pour les commissaires de la bien-pensance, dans la presse et au gouvernement, les rectificateurs de la réalité dérangeante qui passent leur temps à nous enfumer, ces manifestations d’une violence extrême sont exemptes de tout fil conducteur, de toute philosophie de groupe. Pourtant les chrétiens ont été assassinés et les transmetteurs du savoir tel que nous avons la faiblesse de le concevoir sont régulièrement agressés pour des motifs similaires et significatifs.

Mais si l’on se détourne du problème « Allahou Akbar » en France, comme s’il n’impactait pas notre quotidien, pourquoi voudriez-vous qu’on lui accorde de la signification en Israël ? Les commissaires ont décidé, une fois pour toutes, que l’islam est une « religion de paix », que les « jeunes » et les Palestiniens sont des victimes du « désespoir », et non les acteurs, à l’offensive, d’une guerre à mort de civilisations. Dans ces conditions, pour conserver ce narratif délirant, on ne peut qu’isoler les péripéties de cet affrontement (qui n’a pas lieu) et les évider de toute substance reconnaissable.

On fournira alors, article après article, le bilan des victimes de la 3ème Intifada, mélangeant les bourreaux et leurs victimes au sein d’une statistique qui ne veut strictement rien dire. Jusqu’au prochain attentat islamiste meurtrier qui frappera la France – ce n’est strictement qu’une question de temps – dans l’hypothèse qu’il soit suffisamment grave pour que vous ayez le droit d’en avoir connaissance.

[1] Le Figaro du 11 octobre 2015

One comment

1°) cet article n’aurait certainement rien perdu en crédibilité s’il n’avait osé utiliser des guillemets pour parler d’une « occupation » dont chaque jour de plus est une honte et qui se poursuit depuis maintenant plus de quarante-huit ans dans les Territoires occupés, ici rebaptisés… Judée-Samarie.
2°) ici encore apparaît que les juifs de la diaspora sont plus-royalistes-que-le-roi, à travers l’affirmation selon laquelle « Israël n’est pas le fruit de la Shoah ». La plupart des Israéliens en effet, même s’ils ne se posent plus guère la question (inactuelle) de la légitimité de cet Etat, et considèrent que sa meilleure justification est sa propre existence de fait, ne voient pas d’inconvénient à reconnaître qu’il n’aurait pas vu le jour sans la seconde guerre mondiale.

by luc nemeth on 23 novembre 2015 at 10 h 23 min. #

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