Lettre à Monsieur Hessel et à ses amis

by Claude Berger on janvier 9, 2011

Deux janvier 2011, deux attentats contre des églises, en Irak et en Égypte, ont causé la mort d’au moins soixante quatre personnes. Celle de deux otages français a suivi. Et je lis dans votre brochure :

« on ne peut pas excuser les terroristes qui jettent des bombes, on peut les comprendre […] le terrorisme est une forme d’exaspération […] Elle est compréhensible ».

Ce qui est donc coupable, selon vous, ce ne serait pas l’idéologie islamiste radicale qui est derrière ces attentats mais l’état d’injustice qui règne dans le monde et qui provoque une exaspération « compréhensible ».

A ce degré zéro de la pensée politique, on peut donc « comprendre », avec la même tendresse que vous accordez aux terroristes islamistes du Hamas qui ont pris le pouvoir à Gaza en assassinant leurs frères palestiniens du Fatah, le pourquoi du national-socialisme hitlérien exaspéré par les frustrations du Traité de Versailles. L’idéologie est un fait en soi, Monsieur Hessel. Totalitaire, illusoire et criminelle, elle ne peut se justifier par l’inégalité et les arbitraires du partage. Qu’elle soit nationale-socialiste, bolchévique ou islamiste.

Autre exemple en « live » de votre aveuglement :

« Ce qui a causé le fascisme ? […] Je me dis que les possédants, avec leur égoïsme, ont eu terriblement peur de la révolution bolchévique. »

Les procès staliniens ? Bien évidemment, vous en étiez « indigné » mais vous vouliez

« garder une oreille ouverte vers le communisme pour contrebalancer le capitalisme américain. »

Vous trahissez là votre anticapitalisme primaire, qui occulte le fait que c’est la puissance anglaise, capitaliste – mais aussi démocratique, vous « l’oubliez » -, seule d’abord, puis suivie par les États-Unis, autre pays des « possédants », qui ont combattu le fascisme. Anticapitalisme primaire, qui déguise aussi le Hamas de Gaza en victime d’Israël, pièce rapportée sans doute de l’Occident « impérialiste ».

Non, Monsieur Hessel, si le fascisme a pu vaincre un temps, c’est en raison de l’esprit munichois de démission et de l’impuissance de la démocratie française à défendre ses valeurs face aux deux totalitarismes, nazi et communiste, et à leur entente, que vous occultez, pour ne pas se faire la guerre et dépecer la Pologne ! Il y a donc de quoi s’indigner à vous lire !

Vous « oubliez » aussi que l’URSS n’est pas entrée en guerre par elle-même mais parce qu’elle fut attaquée en juin 41 ! Enfin, comment taire que devant la montée du fascisme en Europe et en Espagne, la gauche au pouvoir avait choisi la non-intervention ! Quant à la libération du sol français par les alliés anglo-américains, elle nous a évité la dictature communiste subie par les pays de l’Est. Un musée de Budapest, celui de la terreur, vous confortera mon propos : le même immeuble a servi d’abord aux nazis puis aux zélés fonctionnaires de l’appareil communiste.

Or, aujourd’hui, ce qui menace le monde, ce n’est ni l’idéologie nazie, ni l’idéologie communiste que vous préfériez par anticapitalisme, c’est l’idéologie islamiste radicale, avec laquelle vous sympathisez. Car c’est elle qui est en place à Gaza. Avez-vous vu cette vidéo d’un marié assassiné pour avoir écouté de la musique moderne le jour de son mariage ?

Mais vous n’êtes pas à une occultation près. Vous écrivez à propos du Hamas :

« Je pense bien évidemment que le terrorisme est inacceptable, mais il faut reconnaître que lorsqu’on est occupé avec des moyens militaires infiniment supérieurs aux vôtres, la réaction populaire ne peut pas être que non violente. »

Flagrant délit de mensonge. Israël, sous Sharon, a rendu Gaza aux Palestiniens. Gaza n’est et n’était donc pas occupé. Le Hamas a pris le pouvoir. Il a chassé l’autorité palestinienne et transformé Gaza en base de lancements de roquettes contre Israël avec l’appui de l’Iran pourvoyeur d’armes. 4.000 roquettes sont tombées sur le sud d’Israël et c’est suite à ces tirs incessants dont on sait qu’ils vous amusent, que le blocus a été décrété par Israël mais aussi par l’Egypte (là encore silence, Monsieur Hessel) puis que fut décidée l’opération Plomb durci, avec la bienveillance de l’Autorité palestinienne, dans le but non pas d’occuper mais de faire cesser les tirs.

L’idéologie islamiste ne menace pas seulement Israël. Elle menace la majorité des populations en quête de démocratie dans les pays de culture musulmane. Allez-vous vous indigner sur l’assassinat récent du gouverneur de Pendjab, tué pour avoir voulu abroger la loi pakistanaise qui punit le blasphème de la peine capitale ?

Le Hamas n’est pas la réponse d’un nationalisme palestinien face au nationalisme juif qui draine les Juifs d’Europe et des pays arabes depuis le XIXème siècle et qui fonde Israël, il est la manifestation de cette idéologie commune à Al-Qaida, au président iranien, au Hezbollah, aux talibans, aux salafistes du Maghreb. Son projet ? La charia, la soumission des femmes, la destruction d’Israël et du « Grand Satan », la conversion de l’univers entier, la guerre contre les Juifs et contre les Chrétiens et la haine de la démocratie. Posez-vous la question : et si les attentats contre les Twin Towers, les trains de Madrid et de Londres n’étaient, comme la nuit de cristal, qu’un début ? Qu’en sera-t-il quand des groupes disséminés ou des talibans migrateurs disposeront d’engins nucléaires portatifs ?

De l’islamisme, vous refusez la violence, dites-vous, encore que vous la compreniez, mais c’est uniquement « parce qu’elle ne permet pas d’obtenir les résultats que peut éventuellement produire l’espérance » ou parce qu’elle « n’est pas efficace ». Terrible aveu. Terrible soutien à l’islamisme. Terrible violence de votre pacifisme.

Pour l’islamisme, Israël est un pays de trop, tout comme les Juifs sont un peuple de trop qui n’ont nulle part leur place. Mais pour les anticapitalistes primaires dont vous êtes, Israël est aussi un corps étranger, pièce rapportée de l’occident, et les Juifs qui le soutiennent des communautaristes de trop et c’est en cela que les deux antisionismes se confondent dans un antisémitisme unique et nouveau, post-Shoah.

L’imaginaire islamiste a besoin de transformer les victimes d’hier en représentants du Mal et en « bourreaux » des Palestiniens, des musulmans, des Arabes. Vous y apportez votre concours en accusant « des Juifs de perpétrer eux-mêmes des crimes de guerre ». Vous ne mentionnez ainsi que des victimes civiles en gommant les combattants du Hamas tués dans cette guerre urbaine. Des combattants pourtant coutumiers de la tactique du bouclier humain. De la sorte, chacun pourra croire qu’Israël vise volontairement les civils !

Votre grille de lecture confondra islamisme et peuple palestinien, Hamas et Fatah. Et contraindra l’information à rentrer dans les habits étroits d’une « vision » d’Israël déguisé en État « colonial », voire nazi et génocidaire, agent de l’impérialisme. Elle rejettera ce qui en dérange l’imagerie. Au besoin, elle en fabriquera.

Ainsi, on taira le ravitaillement permanent de Gaza. Apartheid ? Un habitant sur cinq en Israël y est arabe, jouit des droits de l’Homme et de la représentation parlementaire, alors que la simple présence juive en terre d’Islam y est exclue. On entretiendra l’amnésie sur l’origine du conflit israélo-palestinien. Elle tient dans le refus arabe en 1948, au nom de l’islamisme, de la création de deux États, le refus de l’État juif annihilant tout projet de construire l’État palestinien sur les territoires qui lui étaient dévolus. Curieusement, il n’y eut pas d’État palestinien, (qui n’eut par ailleurs jamais d’existence historique) lors de l’occupation égyptienne de Gaza et jordanienne des Territoires. Ce n’est que tardivement que le mouvement palestinien laïc se sépare de son idéologie de naissance et accepte le principe de deux États. Les Juifs en terre d’Islam, près d’un million, ont dû fuir, persécutés et poussés simplement dehors.

Le sionisme, loin d’être un mouvement colonial est un mouvement d’émancipation des Juifs à la fois de l’Europe et des terres de l’Islam. Les réfugiés palestiniens, (moins de 750.000 en 1948 et non 3 millions comme vous l’écrivez Monsieur Hessel) partis de leur gré ou chassés lors de la guerre menée par cinq pays arabes contre Israël, doivent participer à la création de leur nouvel Etat tout comme les Juifs des pays arabes ont façonné Israël. Question d’équivalence pour deux nationalismes. Au début du XIXe siècle, Chateaubriand décrivait ainsi les Juifs sous domination musulmane :

« Ce peuple […] rien ne peut l’empêcher de tourner ses regards vers Sion. […] les Juifs dispersés sur la terre, […] il faut les retrouver à Jérusalem ; il faut voir ces légitimes maîtres de la Judée esclaves et étrangers dans leur propre pays […] attendant, sous toutes les oppressions, un roi qui doit les délivrer. » (Chateaubriand, Itinéraire de Paris à Jérusalem)

La campagne de presse en soutien du Hamas avec votre aide sous couvert « d’indignation », au détriment de l’Autorité palestinienne, a pour autre but d’entretenir le thème de « l’illégitimité » d’Israël. Mais cette complaisance concerne aussi la démocratie française confrontée au même islamisme radical. La mise en question de la légitimité de la France n’est plus de l’ordre du fantasme. Écoutez Kadhafi :

« Les musulmans vont hériter de l’Europe, la Turquie sera un cheval de Troie. » (Discours du 10 juin 2010).

La démocratie ne supporte ni l’abus de pouvoir ni l’abus de confiance. En vous défendant d’être antisémite du fait d’un père converti au protestantisme, en vous targuant d’avoir été résistant pour justifier votre propagande, vous commettez abus de confiance et abus de pouvoir. Juif moi-même, porteur d’étoile, caché deux années, je vous le dis, être juif n’est pas un diplôme et pas plus avoir été résistant ne vous décerne un passeport de vérité.

Quant à transformer la société pour la guérir de ses maux, votre anticapitalisme primaire ne propose que l’archaïsme du capitalisme d’État, donc du salariat d’État, qui a mené aux catastrophes connues. Vous reproduisez par là l’aveuglement de la gauche léniniste et socialiste qui n’a jamais compris que le capitalisme reposait sur le salariat et que c’était le salariat lui-même qui devait être aboli par la création de formes sociales associatives qui mettent fin au marché concurrentiel du travail, à la citoyenneté désolidarisée sous la coupe de l’État, au salaire pour seule motivation de la tâche au lieu d’un lien communautaire.

Votre capitalisme d’État a servi à développer par la violence le salariat dans les grands empires tyranniques, ex-URSS et Chine. Il livre aujourd’hui ses salariés « clés en mains » sur le marché que les migrants rejoignent. Un marché et non pas une nation. La revendication « indignée », elle-même, ne fait qu’étendre le marché du travail par l’immigration et les délocalisations en abaissant le prix du travail tout en se gaussant de « défendre les travailleurs ». Bonne conscience de la gauche, capitaliste d’État et conservatrice du salariat !

La crise mondiale du salariat suscite une crise culturelle. Elle naît de la perte des identités et des refuges dans les archaïsmes fétichistes ou islamistes (tout comme l’inquisition a accompagné en Europe l’émergence du salariat). L’association non salariale a pourtant été inventée, mais en Israël, laboratoire social envers lequel vous promenez votre détestation ! De nouveaux inventeurs y créent des kibboutz en ville pour répondre à la crise des kibboutz des campagnes. Leur projet ? Faire évoluer sympathisants et membres actifs (qui mettent en commun les moyens et les revenus) dans le sens de l’être ensemble et non de l’avoir vers une société associative, non salariale. Il en est un à Sderot, près de Gaza. Il y reçoit les roquettes de vos amis.

Oui, Monsieur Hessel, il est temps de repenser l’avenir. Temps de dévoiler vos aveuglements, votre erreur, temps de dénoncer votre complaisance envers la terreur.

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