Claude Berger | Livres | Articles
Blanchir Vichy?
En attendant Papon

Blanchir Vichy?
extrait, p. 52-59

Le procès Papon est proche, le front du refoulement et de l'occultation est à nouveau en marche.

Vichy, le génocide organisé des Juifs, savait-on, pouvait-on savoir ? Avec une candeur calculée, Monsieur Amouroux pose à nouveau la question (dans "le Figaro magazine" du 1er mars 1997) et répond avec un angélisme généreux d'amnistie à tout-va : non, on ne savait pas, Vichy ne savait pas :

"Si les responsables de Vichy avaient su, nous dit-il, vers quelle mort fatale s'éloignaient les Juifs arrêtés... n'auraient-ils pas reculé devant l'horreur ? Ce serait désespérer de Dieu. S'il avait su, le peuple français ne se serait-il pas mobilisé, révolté ?".

Et il croit tenir sa "preuve" que Vichy ne savait rien, par le fait selon lui que personne ne savait rien y compris les Grands, sujets eux aussi au même titre de "la non-volonté de s'informer, d'apprendre l'atroce, pour dénoncer l'atroce... (qui) a été celle du pape, de Roosevelt, de Churchill, de De Gaulle". "... il n'y eut pas de voix clamant dans le désert de l'indifférence des nations"... "Comment imaginer, nous dit-il, que le Géneral de Gaulle s 'il avait su, aurait gardé le silence ?".

Cette unanimité de l'ignorance supposée de Vichy et du front du silence permettrait même d'attribuer à l'administration de Vichy la moindre extermination des Juifs en France que dans les autres pays occupés, un brevet de sauvetage en quelque sorte qui tomberait à point pour le fonctionnaire de service prochainement en procès.

… "pourquoi nier son rôle (celui de Vichy) dans le moindre mal ?... pourquoi leur refuser (à ses responsables) le droit à une prise de conscience ?" demande Amouroux qui se prend à imaginer que le plus sauvetage des Juifs en France n'aurait pas été possible à ce point "sans l'appui, l'accord ou le silence complice de nombreux fonctionnaires de Vichy".

Le projet évident de M. Amouroux est de blanchir Vichy. Non pas parce que notre auteur serait devenu vichyste après coup. Mais en prétendant que les exécutants de Vichy ne savaient rien tout autant que les grands silencieux, il pérennise ce front qui a si bien fonctionné hier pour l'accomplissement du projet final.

Il le transforme en front du refoulement. Afin que jamais ne soit éclairée la culpabilité trouble qui pèse sur une grande partie de l'Occident. Sur les exécutants, comme sur ceux atteints du refus de voir et donc d'agir. Afin que le crime ne soit attribué qu'aux seuls responsables d'une idéologie.

Qu'il ne concerne qu'à peine la notion de crime d'État, alors qu'il n'est pas d'État, même totalitaire, sans un minimum de consensus public. Et qu'il concerne encore moins le crime de société et de culture.

Car à fouiller les inhibitions des atteints du refus de voir, on toucherait d'abord aux occultations dont ont été porteuses les oppositions politiques et résistantes au nazisme qui pendant cinq ans "n'ont rien su". On toucherait ensuite à l'occultation majeure qui refuse la mise en cause de la matrice culturelle, toujours prégnante, qui a façonné l'Occident.

La solution finale a réalisé un fantasme final enfanté par la matrice culturelle chrétienne au Moyen-Age.

La religion de la mère vierge et du fils est porteuse, sous son message d'intention universaliste, du meurtre symbolique du père et de ceux qui sont tout à la fois ses représentants supposés et les témoins du meurtre.

De là le plaisir à les brûler, à les exterminer, à les faire disparaître. A les voir partir en fumée.

Ou même à ne rien voir. A ne rien entendre des cris. A traiter le problème de la persécution des Juifs comme "un point de détail" alors qu'il fut une obsession centrale de l'occident. Une première fois réalisée par l'inquisition. Une seconde fois par le nazisme.

Car la matrice de pensée inquisitionnelle s'est transformée passant entre des mains laïques, athées.

Absolutiste, totalisante et totalitaire, elle transmettra son antisémitisme passionnel désignant le Juif à l'origine du péché, celui-ci par mutation, se voyant placé à l'origine de l'impureté raciale ou nationale, de la décadence ou du capital. Par un phénomène identique, elle livrera son cadre conceptuel aux grands modes totalitaires du XXème siècle, fascisme, communisme et... socialisme. Les mutations de ce prêt à penser totalisant et totalitaire prolongeant alors le vieux combat culturel de Rome contre Jérusalem. Un combat pour la première fois identifié comme tel au XIXème siècle par celui qu'on nommait "le rabbin rouge", Moses Hess. Un combat de Rome contre le judaïsme qui lut aussi celui de Rome contre la Renaissance pour sa part de retour à l'Ancien Testament dans le domaine de la foi et de retour à la Grèce dans celui de la raison.

 

 

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