Claude Berger | Livres | Articles
Place des Juifs
Exode, exil, asile

Les Hérétiques de Claude Berger
dans Alpha Omega n°24, octobre 1996

Notre confrère Claude Berger vient de publier aux éditions Gil Wern un roman, très proche de l'auto-biographie, qui relate les tribulations des Nahman, une famille juive établie dans le quartier juif autour du quartier Saint-Paul, prise dans la tourmente de la période de la dernière guerre.

Sous l'autorité disputée mais reconnue de la grand-mère, le grand-père se réfugiant
dans l'étude, enfants et petits-enfants que les circonstances de la vie rassemblent, voisins et amis, organiseront leur survie au coeur d'une société souvent hostile, en résistant à la volonté d'extermination des nazie. A la fois galerie de portraits cocasses et tragiques, et reconstitution de l'histoire, Claude Berger met en place un panorama de destins emmêlés du quartier de la rue des Rosiers, que les yiddishisants appellent Pletzel, quartier traditionnel d'immigration juive, en portant le sous-titre d'Exode-exil-asile qui indique le difficile chemin de l'intégration de la génération qui nous a précédés. Les plus âgés d'entre nous ont connu ces années terribles.

La diversité des caractères des personnages, les différentes façons de réagir face aux événements, la variété des comportements, font une polyphonie de conduites juives que l'auteur met en place avec un grand bonheur d'écriture. La proximité du lecteur avec ces émigrants est rendue par une écriture proche de la langue yiddish des Cholem Aleikheim et Mendelé Moykher Sforim. Elle possede cette capacité d'auto-dérision qui a permis aux juifs de supporter, sans sombrer dans le découragement, les épreuves et les persécutions qui se sont succédées dans l'histoire. Elle rappellera à beaucoup l'écriture prolixe et précipitée des Valeureux d'Albert Cohen, le tragique en plus peut-être.

Sans prendre parti, Claude Berger fait vivre les différentes facettes de l'être juif, du traditio-naliste au prophète révolutionnaire. Il rappelle les blessures que le déroulement de l'histoire provoque aux uns et aux autres, tant l'extermi-nation des Justes dans les camps que l'amère expérience d'avoir encore suivi un faux Messie, qui révèle la persistance d'une attente juive toujours vivace.

Peu à peu, la figure centrale quitte la grand-mère pour se rapprocher du petit-fils recueilli qui, dans l'apaisement de l'après-guerre est devenu dentiste. Mais il renoue avec le tragique du mécanisme de l'op-pression, de la domination et de l'écrasement des populations dont l'antisé-mitisme ne serait, selon l'auteur, que l'un des avatars.

Un livre fort, témoignage indispensable, belle illustration de l'adage yiddish : "Qu'il est difficile d'être Juif !"

 

 

extraits choisis :

Nuit
Perceval et le commissaire Félix
Sans lien sans lieu sans heure


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