Le malaise des Juifs de France

by Claude Berger on août 6, 2014

Paris, 31 juillet 2014. La communauté juive appelle au rassemblement et au soutien d’Israël face à l’agression du Hamas, mouvement islamiste et terroriste dont la stratégie est conforme à sa charte : détruire le pays juif.

Le plan est mijoté à l’ombre de l’Europe et de la diabolisation médiatique. Celle qui se tait sur l’usage pervers des boucliers humains. Les pluies de missiles, déjouées, n’ont pourtant rien d’anodin. Et les multiples tunnels n’abritent pas des ateliers de layettes pour relancer l’économie.

Mais le même jour, une nouvelle tombe dont le journal « Libération » se nourrit : la Ligue de Défense Juive, un groupuscule grossi démesurément pour les besoins du propos mais qui a tout de même défendu une synagogue attaquée, serait bientôt interdite.

Curieux hasard, au même moment, le ministre Laurent Fabius dénonce un « carnage » à Gaza qui serait commis aveuglément par les Israéliens.

Monsieur le Président, comment ne pas voir la ficelle ? Dans ce scénario, les Juifs, ici et là-bas, sont mis du côté de la violence, à égalité – pour le moins – avec ceux qui souhaitent leur mort et qui le crient dans les rues de Paris, quand ils n’agressent pas physiquement sans même être condamnés.

Comment ne pas voir la geste d’un trône soumis à son électorat ? Comment ne pas entendre le malaise des Juifs de France, déstabilisés dans leur propre pays, désignés à la vindicte islamiste encouragée par un gauchisme sénile ?

Allez-vous aider les juifs de condition modeste qui vivent sous la menace à quitter Sarcelles ou Villiers-le-Bel, tout comme il faut aider les chrétiens de Mossoul contraints de quitter les terres de non-droit de l’Islam ?

Comment ne pas ressentir l’inquiétude des Juifs quant à leur avenir et leur sécurité en France, voire en Europe ?

Les deux accusations témoignent d’un aveuglement face à la volonté conquérante d’un islamisme qui sévit de l’Irak à la Lybie, de l’Iran à Gaza, du Mali au Nigéria mais aussi d’une régression concernant la place des Juifs en France, une place qui ne fut pas toujours accordée de bonne grâce.

Expulsés du territoire de 1394 à 1791, ils ne furent réadmis qu’en tant qu’individus ou religion encadrée sans référence à la culture d’un peuple – on disait à l’époque une « nation » – déployé sur plusieurs continents.

L’Etat suprême ne connaissait que des citoyens tout en ignorant les cultures. La nouvelle hégémonie étatique sévissait aussi sur les cultures régionales. La pensée de gauche a pérennisé cette ignorance des cultures. Il suffit pour s’en rendre compte de lever l’omerta qui règne sur l’antisémitisme des pères fondateurs – Marx, Proudhon, Bakounine, Fourier – et sur ses effets.

Sécularisant le vieil antijudaïsme chrétien qui avait abouti à l’inquisition, le judaïsme y est assimilé à un rapport de classe, au trafic, à l’invention du change, bref à un rapport économique qui, par extension, nie toute spécificité à toute culture spirituelle ou religieuse. Il en nait une mythologie progressiste du renversement et du soir final qui sonne comme le Jugement dernier accordant un statut de sainteté à la « victime », aux « opprimés » et aux derniers qui seront les premiers.

Inconsciemment, à propos des juifs, cette mythologie reprend ses fondamentaux : peuple de trop, pays de trop ?

Il est temps d’analyser les fondements religieux, les matrices culturelles, qui ont sous des allures matérialistes façonné les totalitarismes du siècle passé, le national-socialisme et le socialisme national et leur haine des juifs.

Devant nous, se fabrique une nouvelle idéologie totalitaire et antisémite mais aussi antichrétienne sur la base de la lecture djihadiste du Coran ou tout simplement d’un modèle parental et sexuel reposant sur le mépris de la femme et suscitant des pulsions de violence.

Il est temps d’analyser ce dont sont porteuses les cultures différentes importées.

Quant à la place des Juifs, il est temps de la définir et de susciter une interaction culturelle qui devrait se nourrir de la pensée d’Athènes, de Rome et de Jérusalem.

Il a fallu attendre le président Chirac pour que soit reconnue l’implication du gouvernement français de Vichy dans l’extermination des juifs. Cette reconnaissance ne peut être qu’une étape, elle ne suffit pas.

Ex-enfant caché, j’ai mémoire du silence d’après-guerre. Ex-enfant traqué, j’ai mémoire de mon questionnement : savent-ils que j’en suis ? Je me repose la même question aujourd’hui dans les rues de Paris. Nous en sommes là.

One comment

dénoncer les auteurs d’agressions antisémites, est une chose : affirmer qu’ils seraient « encouragés par un gauchisme sénile  » en est une autre -on ignorait que Fabius fût gauchiste…
Dans l’immédiat, le mal n’est pas trop grave : l’extrême-gauche est encore suffisamment consciente de son propre passé (car c’est bien elle que les antisémites ont toujours trouvé en première ligne face à eux, depuis l’époque où avec l’affaire Dreyfus ce devint évident que l’antisémitisme n’était pas une « opinion », mais une voie de faits), et consciente des nécessités.
Mais le risque est qu’avec le temps s’installe chez certains esprits fragiles -l’extrême-gauche a aussi les siens, comme bien sûr le camp des partisans du « Grand Israël »- un état d’esprit du type : tant-qu’à-se-faire-insulter-autant-l’avoir-mérité.
Nul doute qu’alors les auteurs d’articles tels que celui-ci, triompheraient : « l’extrême-gauche est antisémite » -ils nous l’avaient toujours dit !
On voit mal, toutefois : ce que la lutte contre l’antisémitisme y aurait gagné.

by luc nemeth on 14 août 2014 at 18 h 02 min. #

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