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1942. L’étoile et l’enfant

Extrait de « Itinéraire d’un Juif du siècle », p. 7-9

Itinéraire d'un Juif du siècle

Juliette, ma grand-mère, prépara un gâteau au pavot bleu pour mon anniversaire. Je venais d’avoir six ans. Mais, ce jour-là, elle nous distribua aussi les étoiles, les étoiles jaunes. Et je les pris comme un cadeau. Le partage, trois étoiles pour chacun, eut lieu après que j’eusse soufflé sur les six bougies. L’insigne était obligatoire depuis plusieurs semaines et les enfants devaient la porter dès l’âge de six ans. Jusque-là, Juliette s’était mise en tête d’ignorer la mesure et de braver la menace de sanction. « Qu’on la porte ou qu’on ne la porte pas, ça revient au même ! » Elle s’était inclinée sous ma pression et j’étais assez fier de l’avoir fait céder. À l’école, les élèves, les grands, les enfants de policiers menaçaient chaque jour de me dénoncer.

– « Si tu ne la mets pas, mon père te fera arrêter, ils te mettront dans un camp ! C’est dans les journaux, en gros ! »

Juliette m’avait recueilli dès ma naissance. La maladie de ma mère avant même sa délivrance, puis sa mort survenue un peu plus tard, de même qu’un père fuyard dès mon premier cri, l’y avaient contrainte. Par la suite, elle prit aussi avec elle ma soeur et mon frère, mes aînés de plus de sept ans. Notre père les avait, après coup, délaissés.

Du minuscule appartement qu’elle occupait avec notre grand-père, au- dessus de la mercerie où elle régnait, on entendait les flonflons de la maison close voisine. La matrone appréciait la prestance et la force physique de mon père. Elle l’appelait régulièrement pour vider les ivrognes ou les récalcitrants, jusqu’au jour où il finit par s’enfuir avec une dame de la maison. Celle-là avait tout pour elle. Elle était, d’après les propos qui me parvenaient distillés par les conversations adultes et soulignés par des sourires de connivence, professionnelle et, de surcroît, polonaise, ce qui n’était pas pour plaire à Juliette. Enfin, elle était mère de trois enfants conçus dans la légitimité et elle les avait à charge.

Mon père nous oublia. Moi, en premier, puis les deux autres qui vivaient encore un temps avec lui. Il était à sa nouvelle vie et il s’occupait des enfants de la « Dame ». La guerre fut déclarée entre Juliette et lui. Mais l’autre guerre sévissait et nous étions, semblait-il, au centre du conflit. Le monde serait sauvé si nous étions éliminés de la surface de la terre. Juliette me l’annonça tout net. « Nous sommes condamnés à mort. On n’envoie pas des vieillards dans des camps de travail, tout cela ce sont des mensonges ! » C’était le mois de juin. L’été s’annonçait beau dans le quartier du Marais, à Paris. Les convois de trains partaient depuis mars et personne ne revenait de ces voyages. Elle évoqua les pogromes qu’elle et sa famille avaient vécus en Moldavie.

« C’est la même chose, mais en pire, disait-elle. Ici, c’est organisé d’en haut ! Là-bas, c’étaient des émeutiers, des ivrognes, des soldats avec leurs sabres. Ici ce sont des fonctionnaires avec des uniformes, des registres, des papiers, des ordres ! Ils ne sont jamais responsables ! Ça vient de là-haut ! »

Avant l’école, elle me prit à part : « Tu as beau avoir six ans, tu dois être un Mentsh! Tu dois faire attention tout le temps, ne dis pas que tu es juif ! Ne prononce pas un seul mot de yiddish ! Et ne chante plus ta chanson « Boublichki, boublichki ».

J’ai enfoui la chanson ! « La nuit descend, je suis pensif, le froid glace mes mains, je chante ma mélodie venue de la misère ! Achetez mes begelekh, ils sont chauds, ce sont les derniers. Boublichki ! Boublichki ! Begelekh ! Begelekh ! »

Un mois plus tard, juste avant de partir nous cacher, Juliette me fait monter sur un escabeau, dans l’arrière-boutique de la mercerie qui jouxte la maison close, et me demande de la chanter une dernière fois. Ils se sont tous assis autour de la table pour le dernier repas pris avant d’aller, sous terre, tenter de se soustraire au sort attendu. Léo, le grand-père, ma tante, Hava, et ses enfants, Moshé et Rivka, mon frère et ma soeur, Aaron et Myriam. Juliette me le répète : C’est la dernière fois !

À vrai dire, je ne suis pas mécontent de recevoir mes étoiles. J’en éprouve une fierté. Je songe qu’on doit nous craindre et croire que nous sommes dotés d’un pouvoir secret et mystérieux pour nous désigner ainsi au regard de tous et nous rendre visibles sans le moindre doute. Je m’interroge souvent sur ce pouvoir caché. Je me poste devant un miroir, je m’exerce longuement à quelques grimaces pour sonder son lieu. Tout près des yeux ou plus haut vers le sommet du crâne ? Je dois donc avoir en dépôt une force qui fait peur et dont je me jure de trouver le secret la nuit dans la plongée en solitude avant le sommeil. Et puis, j’y vois une promotion. Je craignais que la mesure ne concerne que les enfants d’un certain âge et que j’en sois écarté. Je pressentais une distribution d’étoiles à mes seuls aînés, Myriam et Aaron. Et aussi à Moshé et Rivka qui n’auraient pas manqué de me toiser afin de me repousser dans mon âge. J’éprouve alors une forme de reconnaissance pour ceux qui ont programmé cette mesure. Ils estiment qu’à six ans, on est, tout compte fait, aussi important qu’un adulte. Je veux même remercier le Maréchal Pétain et lui adresser un portrait que j’ai fait de lui pendant les heures d’ennui en classe. Mais Juliette, contrariée, fait silence lorsque je lui demande une enveloppe et un timbre.

A lire également :

Présentation de l’ouvrage
1944. Libération, p. 49-51
1961. Val-de-Grâce, p. 92-95
Bientôt d’autres extraits…

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One comment

Félicitations pour ce livre. Je vais m’empresser de le commander à mon libraire.
Bon succès !

Jean-Marie

by Jean-Marie Pierlot on 25 octobre 2014 at 9 h 24 min. #

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