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1944. Libération

Extrait de « Itinéraire d’un Juif du siècle », p. 49-51

Itinéraire d'un Juif du siècle

Lorsque Fanny Alter, de noir vêtue, venait me chercher, elle n’était jamais vraiment seule. Elle réservait une place pour l’absent entre elle et moi. J’en conservais le souvenir. Il était passé nous rendre visite avant son départ au front en costume d’officier de l’armée française, manifestement fier de l’être. J’écoutais les récits de la résistance de Fanny dits à voix basse, presqu’en aparté. Pour avoir échappé au projet qui voulait ma mort, je me trouvais avoir été moi aussi résistant.

Je n’avais pas de causse noir où brandir un fusil mais une plate-forme d’autobus d’où j’apercevais un officier allemand, revolver au point, hurlant de rage de m’avoir laissé filer. Caché avec les grands parents, je n’avais pas subi la déperdition culturelle qui minait les enfants des maisons et que Fanny tentait de réparer. Je trouvais là une chance supplémentaire d’avoir été sans parents.

Près de Léo, je vivais le temps de l’année à la mesure du parcours judaïque qui va de fête en fête. Dans la cache comme à l’air libre, j’ai été ainsi imprégné de la philosophie du chemin de vie qui s’en dégage. De la fête du Passage à la fête du Pardon, de la fête des Lumières à la fête des Sorts renversés. Très jeune, j’entendais l’hébreu racler le sol à la synagogue. Au retour, Juliette recevait autour d’un verre de thé et d’un strudel et ce monde parlait yiddish, allemand, français. Sous influence hassidique, elle scrutait le siège de l’âme chez chaque être et, mauvaise langue, en diagnostiquait sa perte chez beaucoup.

J’étais né au Pletzl, le quartier juif de Paris. Je n’étais, me semblait-il, pas né en France mais dans les Carpates en plein coeur de Paris. La France, c’était de l’autre côté de la rue. Une rue souvent hostile. C’était aussi l’école, un lieu d’espoir et de savoir jusqu’à ce qu’elle se pare des habits du Maréchal et s’abreuve au fiel de la délation. Écarté entre les deux mondes, celui dans lequel j’étais né et celui qui m’avait humilié mais qui me fascinait, je me promis de ne rien ignorer de la culture du royaume chrétien et du pays rationnel, du pays de l’épopée et de la rébellion.

Et si ma mort venait de là, il me fallait comprendre le pourquoi et le comment. Il fallait m’engager dans cet itinéraire têtu et pour un temps enfouir mon premier savoir, nié dans son existence et sa compatibilité. Je le garderai en réserve pour le jour où j’aurai appris l’autre côté.

Un jour, me disais-je, sur un quai de gare, j’ouvrirai mes valises et j’accrocherai mes linges de fête à la face du monde.

Fanny Alter tenta de m’extraire du domicile de Juliette. Elle devinait cette forme de désespoir qui pointait à la lisière de mes gouffres. Juliette la dissuada bien vite de s’inquiéter de mes états d’âme, s’estimant injuriée par une suspicion de mal-être sous mon éternel sourire. C’est ainsi que je perdis, après-guerre, ma seconde fiancée.

Nous sommes restés jusqu’à l’automne dans la masure de Montreuil. Nous avons reculé le moment du retour à Paris et celui d’un face-à-face avec les voisins. Ils avaient assisté sans broncher au spectacle de notre exclusion puis de notre disparition.

Le mot « libération » sonnait drôlement. Les volets et les fenêtres de la bâtisse étaient désormais grand ouverts et je pouvais circuler sans crainte mais j’éprouvais un malaise. Une troupe avait chassé l’autre mais l’engrenage qui m’avait jeté hors de l’école et de toute vie allait-il se dissoudre ? Serait-il seulement mis en veilleuse, à l’état dormant sous la fête ? Que deviendraient les dessinateurs d’étoiles, le directeur d’école, l’épicier, les indifférents ? Devrais-je me méfier comme avant du regard des autres ? Me demander s’ils savaient que « j’en étais » et pressentir leur médisance intime ?

J’allais au café Chevance, en compagnie de mon oncle. Les tenanciers, narquois, nous désignaient leurs clients accoudés au comptoir : « Ils ont tous été résistants ! »

Il n’était question que de faits d’armes, de réquisitions de nourritures cachées, de brèves exécutions, de vengeances. Il n’y avait plus d’ennemis en uniformes mais les fusils, soudain, s’exhibaient. Un grondement de cris et de vociférations fit sortir les buveurs et les enrôla. Une horde poussait en avant une femme nue au crâne rasé, lui crachait au visage, la frappait à coups de bâton, la traitait de « pute à Boches ». La haine trouvait des proies nouvelles et se posait ailleurs. Je n’aimais pas cette foule, cette foule ne m’avait pas aimé. J’étais avec la femme nue. Je tremblais pour elle, ne sachant même pas ce dont on l’accusait sans qu’elle pût se défendre ou se disculper. La haine est insupportable et m’effraie, qu’elle soit individuelle ou enrobée de lois ou de dogmes. C’est ainsi que je découvrais la nudité d’une femme, une femme humiliée, et que je découvrais même toute nudité. J’ai toujours eu l’impression que nous étions cachés, tout habillés, sans jamais nous découvrir.

Mon père réapparut. Il était sorti de prison. Il venait faire sa cour à sa mère. Il était accompagné d’un ami, nommé Bordini, qu’il avait connu « là-bas », un entrepreneur, disait-il. En signe d’allégeance à Juliette, il proposa de faire restaurer la bâtisse vétuste par l’ami avec qui il s’associait. L’affaire était entendue. Ils prirent tous deux des mesures et repartirent dans une traction noire. Mon père revint seul deux jours plus tard. Il était sans nouvelles de l’associé. Il me proposa de le suivre à sa recherche et de monter dans la traction. J’acceptais sans être dupe. Un tour de voiture ne suffisait pas à mes yeux à relever le père. À l’approche du domicile, une baraque plantée au milieu des potagers, je vis le cadavre de Bordini, criblé de balles, couché sur des plants de tomates avec une pancarte sur la poitrine. Je lis l’inscription « Collabo » entourée de taches de sang. La bâtisse ne sera pas restaurée et je ne reverrai pas mon père avant longtemps.

A lire également :

Présentation de l’ouvrage
1942. L’étoile et l’enfant, p. 7-9
1961. Val-de-Grâce, p. 92-95
Bientôt d’autres extraits…

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