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1961. Val-de-Grâce

Extrait de « Itinéraire d’un Juif du siècle », p. 92-95

Itinéraire d'un Juif du siècle

Chaque cellule donnait sur un couloir commun. Le jour, la porte devait rester ouverte. L’espace était offert aux délinquants fouilleurs. Ils déambulaient dans le couloir et pénétraient dans les cellules selon le pouls de leur prédation. Ils existaient dans la brisure de l’autre et le viol permanent des intimités et ici des folies. Chaque pensionnaire des cellules érigeait son langage clos en rempart hermétique, le criait à intervalle sporadique, le frappait à la vitre et lacérait le mur, la porte, l’intrus ou son propre corps. Puis tout cessait avec l’intervention des infirmiers. La maîtrise physique d’abord, les coups puis la fixation des sangles, les cris sans cesse et enfin le chariot, le chariot à électrochocs et la rémission.

Je revis l’attente et la hantise de la disparition. Je referme la porte à chaque instant. J’oppose un sourire pacifié au surveillant furieux perché sur sa chaise haute. « Les chiottes à ciel ouvert, le couloir et les fauves qui passent partout, ça fait beaucoup ! Tu la tiens ouverte ! » Je m’enferme.

Mon premier voisin n’entre pas en crise violente. Il pleure. Il vient pleurer chaque après-midi dans ma cellule malgré mes silences. L’envie de fuir l’a pris après quatre mois d’armée et le départ annoncé au front. Il ignorait la règle des trois mois. Les médecins s’acharnaient donc sur lui à coups d’électrochocs et l’armée ne serait pas rendue responsable de son trouble. Il m’avoua qu’il craquait, il avait demandé son retour dans les rangs.

Les trois autres voisins, qui occupaient les cellules suivantes, entraient en crise une à deux fois par jour. Successivement et quelquefois en même temps, ce qui rendait les infirmiers furieux. Ils poussaient alors leur machine infernale d’une cellule à l’autre et juraient pour calmer le plus excité des trois.

Mes compagnons de folie avaient en commun d’être issus de milieux chrétiens et d’avoir torturé par contrainte ou par contagion. Et chacun livrait le chant lyrique de sa culpabilité. À tour de rôle, à longueur de journée, ils inventaient des discours délirants. C’était le syndrome de la torture honteuse.

Le plus violent des trois était officier. Il se disait prophète d’une nouvelle religion. Il agressait toute personne s’approchant de sa cellule au prétexte qu’elle voulait en empêcher la célébration. « Laissez-moi faire ma religion », hurlait-il jusqu’à l’épuisement en frappant la porte avec sa timbale. Le second implorait le pardon et criait des heures entières : « Dieu est bon, oui, je le crois, Dieu est bon, Dieu est infiniment bon. » Puis, après une pause, il répétait : « Je le crois, Dieu est bon ! Oui, je le crois. Il est bon ! Bon ! Bon ! Il nous pardonnera, j’en suis sûr. Il nous pardonnera ! Oui, Dieu est bon ! Infiniment bon ! Je le crois ! Je le crois ! Dieu est bon ! Il nous pardonnera ! Le délire allait crescendo et suscitait le choeur de protestations des délinquants. Ils savaient que la nuit ne connaîtrait pas de répit. Le chariot à électrochocs venait mettre fin à la litanie et aux injures qui ne cessaient de jaillir des cellules adjacentes. Le malade n’avait pas à être sanglé, il l’était en permanence. Deux heures plus tard, le déclamant s’éveillait à nouveau. Chaque minute, à voix douce, il laissait partir un « Dieu est bon » déclenchant une chorale d’injures discordantes à l’entour. Puis il reprenait sa litanie une nouvelle heure durant : Il est bon, je le crois ! Infiniment bon ! Il nous pardonnera ! J’en suis sûr ! Il nous pardonnera ! À nouveau, les électrochocs étouffaient le grand cri et les injures.

Enfin le troisième jouait successivement le rôle du tortionnaire et du torturé et celui d’un narrateur qui n’avait jamais voulu faire « ça ».

« Allez, laaziz, encore un petit coup de gégêne »… « j’tli jure j’ai rien fait »… « sale bougnoule, t’auras droit à la baignoire »… « moi pas FLN, j’tli jure »… le curé de la paroisse m’a dit que j’étais un bon garçon… non, non, je n’ai jamais fait ça.

Et là, celui-là appelait, huit heures durant, son curé, sa mère, et des prénoms fictifs pour des visiteurs illusoires: Achille ! Gontrand ! Hector ! Hein, que je n’ai rien fait de mal ? La valse des électrochocs tournait sans cesse, je n’y avais pas droit. Je jeûnais et m’affaiblissais. Je lisais et je relisais Anthropologie structurale et les Épiphanies de Pichette que j’avais emmenées à la consultation première. Le matin, le capitaine-psychiatre venait me trouver dans ma cellule : « Qu’est-ce qui ne va pas ? Tu venais d’être diplômé, tout allait donc bien ? Je lui décrivais à nouveau le rêve qui ne cessait de hanter mes nuits depuis mon arrivée au camp de Vincennes, le passage en force du barrage et, de l’autre côté, sur le grand terre-plein de la caserne, les soldats me plaquent au sol et m’ouvrent le ventre à coups de baïonnettes. Les époques sont mêlées. Je ressens la continuité qui mène de l’une à l’autre. J’échappe à la première de justesse pour sombrer dans la seconde.

Les jours suivants, le psychiatre m’évitait. On me laissait croupir. Je le guettai, je me postai devant lui : « Combien de temps, dois-je rester ici ? »… « Tu es à l’armée, vingt-huit mois. » Je faisais mine de ne pas entendre : « Oui mais combien de temps » ? Je suivais la règle de la folie : projeter sur l’autre, inexistant, son propre discours, cercle hermétique de paroles ou de silences. Huit jours plus tard, le psychiatre revint : « Il n’y a plus de place en cellule, on t’installe à l’étage en dessous, en neurochirurgie, si ça ne va pas, tu viens me voir. »

A lire également :

Présentation de l’ouvrage
1942. L’étoile et l’enfant, p. 7-9
1944. Libération, p. 49-51
Bientôt d’autres extraits…

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