Quelle place pour les Juifs et dans quelle France?

by Claude Berger on septembre 10, 2014

ll a fallu la décapitation d’un journaliste par un djihadiste britannique, puis les massacres de chrétiens et de Yazidis ajoutés à ceux des soldats officiels de l’Irak exécutés au-dessus des fosses par les barbares de l’ « État islamique » pour que les yeux des dirigeants de l’occident s’ouvrent enfin sur la réalité : il y a une offensive de l’islamisme radical dans le monde entier. Sa dangerosité est génocidaire, elle s’étend du Nigéria au Mali, au Yémen, au Soudan, au Pakistan, en Afghanistan… et n’oublions pas l’Iran aux mains d’une dictature théocratique, misogyne et antisémite. Elle menace l’occident et ne saurait être traitée au cas par cas sous le coup de l’émotion suite à un égorgement ou des viols en masse.

Lorsque les mouvements islamistes disposeront d’armes de destruction massive, nucléaires ou autres, ces adeptes d’une religiosité de la mort n’hésiteront pas à les manier. Le pape lui-même appelle la classe politique à réagir militairement. Mais curieusement, lorsqu’il s’agit du conflit entre Israël et le Hamas islamiste, l’aveuglement politique le plus courant y verra le combat d’un pays « sûr de lui et dominateur », surpuissant et colonialiste, contre les « pauvres Palestiniens » enfermés dans Gaza, animés d’une « juste révolte » ! Le Hamas est pourtant un mouvement terroriste spécialisé dans les attentats, les tirs de roquettes et de missiles à partir de lieux médicaux et scolaires, un mouvement qui exécute en public ceux qu’il soupçonne de « traîtrise » et qui utilise sa propre population comme bouclier humain dans le seul but de « détruire Israël », qu’importe !

On taira qu’Israël combat l’islamisme à ses portes pour évoquer un conflit « israélo-palestinien ». On taira que l’islamisme est à l’origine du conflit par son refus de tout État juif lors du plan de partage de 1947. On taira que ce refus était dicté par son dirigeant, le mufti de Jérusalem proche collaborateur d’Hitler, adepte convaincu de son projet d’élimination des Juifs. Cette censure a pour effet de qualifier les manifestations pro-islamistes de « pro-palestiniennes » et de ne voir dans leur haine affichée des Juifs qu’une « importation du conflit moyen-oriental» au lieu tout simplement de voir la réalité : l’islamisme, antioccidental, antisioniste, antichrétien et anti-juif a fait souche en France.

N’oublions pas que parmi les sept morts de Toulouse, les trois premiers étaient ciblés comme militaires français, n’oublions pas les drapeaux français brûlés lors des émeutes anti-juives de Paris. En inversant la réalité, cette censure idéologique devra trouver une « violence israélienne, là-bas » et dans la foulée en trouver une « ici » ! Miracle, on dénichera un groupuscule, la LDJ et on laissera entendre qu’il existe une « violence juive » en France ! Fait qui ne tient pas du hasard, le jour même où le CRIF appelle à soutenir Israël par une manifestation pacifique à Paris, on dénoncera « un massacre » et un « carnage » commis à Gaza par Israël et on annoncera l’interdiction prochaine dudit groupuscule, au lieu de pourchasser et d’interdire les réseaux islamistes en France. Résultat, Israël et les Juifs sont désignés comme ayant une part de responsabilité dans les manifestations anti-israéliennes et anti-juives.

Quoi d’étonnant à ce que les Juifs éprouvent désormais un malaise et se sentent déstabilisés ? Quelle protection, quel bien-être attendre dans les banlieues et même en plein Paris où ils sont agressés ? Sans que jamais ne soit mis en cause le soutien à l’islamisme et la participation de partis extrémistes sous couvert « d’anticapitalisme » et de « défense des victimes du colonialisme » ! Le désir de destruction d’Israël pour les uns qui converge avec un antisionisme politique pour les autres, révèle alors au jour le lien qui unit ceux qui désignent « le peuple de trop » à ceux qui désignent « le pays de trop » ou le pays « colonialiste » sans oublier ceux qui les haïssent tous deux. La raison ? Il faudra la chercher dans la déraison des uns et des autres ! Dans l’inconscient des idéologies, dans les matrices culturelles qui les engendrent. Il est certain que l’aveuglement devant l’islamisme en général ou devant celui que doit affronter Israël se double, outre d’un antisémitisme affirmé ou déguisé, d’une régression concernant la place des Juifs, une place qui ne fut pas toujours accordée de bonne grâce.

Expulsés de France de 1394 à 1791, ils ne furent réadmis qu’en tant qu’individus ou religion « israélite » encadrée sans référence à la culture d’un peuple-on disait à l’époque une « nation »- déployé sur plusieurs continents. L’État suprême ne connaissait que des citoyens tout en ignorant les cultures fussent-elles transnationales. La nouvelle hégémonie étatique sévissait aussi sur les cultures régionales. Elle sécularisait en fait un modèle chrétien et monarchique d’un roi religieux chef du pays et de la chrétienté. La pensée de gauche a, plus tard, pérennisé cette ignorance des cultures. Il suffit pour s’en rendre compte de lever l’omerta qui règne sur l’antisémitisme des pères fondateurs de la pensée « anticapitaliste », Marx, Proudhon, Bakounine, Fourier et sur ses effets. Sécularisant le vieil antijudaïsme chrétien qui avait abouti à l’inquisition, le judaïsme y est assimilé à un rapport de classe, au trafic, à l’invention du change, à une étrangeté parasite à l’origine de la « chute « capitaliste » identique à la chute de l’homme par le péché originel, bref à un rapport économique qui, par extension, nie toute spécificité à toute culture spirituelle ou religieuse.

La même sécularisation des thèmes chrétiens fera naître une mythologie « progressiste » du renversement et du soir final qui sonne comme le Jugement dernier accordant un statut de sainteté à la « victime », aux « opprimés » et aux derniers qui seront les premiers. Inconsciemment à propos de ses juifs, cette mythologie reprend ses fondamentaux, peuple de trop, pays de trop ? Il est temps d’analyser les fondements religieux – les matrices culturelles – qui ont sous des allures matérialistes façonné les totalitarismes du siècle passé, le national-socialisme et le socialisme national et leur haine des Juifs. Devant nous, se fabrique une nouvelle idéologie totalitaire et antisémite mais aussi antichrétienne sur la base de la lecture djihadiste du Coran ou tout simplement d’un modèle parental et sexuel reposant sur le mépris de la femme et suscitant des pulsions de violence contre les Juifs.

Devant nous, des groupes qui se réclament de l’anticapitalisme et de l’antisionisme en viennent à soutenir l’islamisme. Il est temps d’analyser ce dont sont porteuses les cultures différentes importées. Il est temps d’analyser la part des principes chrétiens sécularisés qui génère un antisionisme « de gauche » qui croit voir une convergence entre son « anticapitalisme » prétendu et les islamistes antioccidentaux. Quant à la place des Juifs, il est temps de la définir et de susciter une interaction culturelle qui devrait se nourrir de la pensée d’Athènes, de Rome et de Jérusalem. Il a fallu attendre le président Chirac pour que soit reconnue l’implication du gouvernement français de Vichy dans l’extermination des juifs.

Cette reconnaissance ne peut être qu’une étape, elle ne suffit pas. Il est temps de définir le rapport de la nation et d’un peuple juif, qui par sa culture n’est pas réductible à un culte. Ex-enfant caché, j’ai mémoire du silence d’après-guerre. Ex-enfant traqué, j’ai mémoire de mon questionnement : savent-ils que j’en suis ? Je me repose la même question aujourd’hui dans les rues de Paris. Nous en sommes là. J’ai par ailleurs suivi un chemin et dépassé le traumatisme de l’enfant rejeté et condamné et j’ai appris la France pour l’aimer. Lorsque je traverse des villages où je remarque une « rue des Juifs », signe de notre présence avant l’expulsion, je me pose la question : la France nous-a-t-elle appris ?

Cet article a été publié initialement sur le site Riposte Laïque.

One comment

1°) moi aussi j’ai en mémoire, sinon l’après-guerre, du moins : la période qui suivit. En ce temps une opinion communément admise au sein de la communauté était : qu’un juif, ne saurait être que de gauche. Mais ceux qui le pensaient -et donc le disaient- ne le disaient qu’à demis-mots : car ils s’interdisaient absolument d’engager… toute une communauté, pour exprimer une opinion qui n’engageait qu’eux-mêmes. Opinion quelque peu excessive, à la limite (si on admet que les juifs sont des gens comme les autres, et qui ont droit à la même diversité d’opinion que les autres). mais opinion qui relevait du bon sens : car la victoire des idées de droite représente toujours une victoire pour l’antisémitisme, même si bien sûr il y a des Klarsfeld assez bêtes pour ne pas s’en apercevoir ou… faire semblant de ne pas s’en apercevoir -au nom du père et au nom du fils.
2°) rien de tel en revanche au lendemain de ce à quoi on aura pu assister au lendemain de la grande peur que fut pour la bourgeoisie (toutes religions confondues) ce mai 68 dont on voudrait nous faire croire… aujourd’hui, que ce ne fut qu’un feu de paille. Qui plus est, à la faveur du retour de manivelle qui suivit et de l’entrée en piste des juifs-à-Giscard, on put voir jusqu’à une Simone Veil se livrer à un très indécent télescopage entre l’image des anciens déportés et celle des dissidents soviétiques, pour tirer le populo par la manche du côté… de l’antisémite Soljenitsyne et pour exposer sans rire : qu’un juif… ne saurait être que de droite ! La différence est que ceux-là ne le disaient plus à… demis-mots, mais le disaient à haute voix, et faisaient précéder leurs énoncés d’un sonore « je-suis-juif », destiné -dans leurs cervelles d’oiseaux- à rendre respectables (?) des opinions qui ne l’étaient pas.
3°) le départ de Mitterrand en 1995 aura fait le reste et n’aura fait que précipiter le virage-à-droite de ces milieux juifs bien-en-place, où déjà on ne votait plus à gauche que par tradition ancienne, ou à cause de l’israélophilie attribuée à Mitterrand. Et ce fut ainsi que soudain les milieux juifs dits représentatifs (qui sont à la communauté ce que la musique militaire est à la musique) commencèrent d’adopter pour viatique : plus c’est de droite, mieux c’est ! Position politique dont tout juif est libre, bien entendu, au même titre que tout non-juif : mais à la condition de ne pas se livrer à un puéril et odieux trafic de judéité, pour la justifier…
C’est sur ces choses qu’il conviendrait de commencer à réfléchir, plutôt que de faire jouer à l’extrême-gauche un rôle historique contraire à celui qui fut le sien (car ce fut elle que les antisémites trouvèrent toujours en première ligne face à elle), un rôle présent abusif (car si elle a ses opportunistes on peut en dire autant de Radio-J etc., prêts à dérouler le tapis rouge sous le pied de salopards pour peu qu’ils se disent « ami d’Israël »), ou plutôt que d’attribuer aux crétins islamistes une influence qui n’est pas la leur, dans des milieux où ils ne suscitent au contraire que dégoût.

by luc nemeth on 10 septembre 2014 at 15 h 33 min. #

Ecrire un commentaire

Required.

Required. Not published.

If you have one.