Le refus du fait juif en terre d’islam et en terre d’Occident

by Claude Berger on juillet 20, 2017

Aliza Bin-Noun, ambassadrice d’Israël en France, rappelle dans un article publié par Le Figaro (21 juin 2017) que « c’est le rejet systématique d’Israël en tant qu’État-nation du peuple juif » qui fait « obstacle à la paix ». Derrière ce rejet, c’est en effet le refus manifeste du fait juif dans l’islam et dans l’islamisme qui est à l’œuvre. La preuve en est que ce rejet est conjugué avec le refus de toute présence juive dans l’État palestinien revendiqué, tout comme il en est ainsi dans tous les pays arabo-musulmans d’où les Juifs ont été chassés ou poussés vers la sortie. Et cela, alors même que près de vingt pour cent de la population d’Israël est d’origine arabe et de culte chrétien ou musulman.

En 1948, le mouvement palestinien dirigé par le mufti Husseini, qui fut deux ans en poste à Berlin près de son ami Hitler, s’ancrait dans le refus du fait juif et d’un État juif sans même songer à faire son propre État sur la partie qui lui était dévolue, ce qui a déclenché l’expulsion et l’exil des Juifs des pays arabo-musulmans, un exil dont l’évocation seule est refoulée.  C’était la naissance de l’islamisme. Aujourd’hui, celui-ci s’en prend au monde occidental, aux chrétiens, aux coptes, aux musulmans modérés qui en sont aussi les victimes. Mais dans sa majorité, le monde européen qui a enfanté le fantasme final d’élimination  du peuple juif « peuple de trop » est aveugle sur l’islamisme, qui pourtant le menace, voire complaisant avec son fantasme et sa diabolisation du « pays de trop ».

Cette ignorance, cet oubli témoignent d’une déficience sévère dans l’analyse des cultures de la part des politiques qui, obéissant au seul credo de la soumission au marché libre et concurrentiel du travail, prônent un modèle  multiculturel  sans garde-fous. De ce point de vue, nos sociétés sont inconscientes d’elles-mêmes. C’est une histoire qui remonte à la Révolution française lorsqu’elle adopte dans le même élan les droits de l’homme, l’interdiction des corporations et la suprématie du libre marché du travail réduit à une marchandise concurrentielle sans tenir compte de la culture des postulants, fût-elle mortifère. La même erreur sera reconduite par Marx qui, tout en s’insurgeant contre le système du marché du travail, réduira la culture, chrétienne et plus particulièrement juive, à une position et à une idéologie de classe.

L’autre fondement de cet aveuglement sur la culture antijuive de l’islam, conjugué avec la diabolisation d’Israël, ressort de l’inconscient culturel chrétien qui a façonné  l’ensemble des citoyens y compris les pères fondateurs de la pensée de gauche. Marx, Proudhon, Bakounine, Fourrier. Les quatre termes issus de la matrice culturelle chrétienne et qui seront sécularisés sont toujours actifs. Une équation mystérieuse issue des Évangiles implique que les Juifs sont à l’origine de la chute, qu’ils sont un corps étranger, ennemis du genre humain et hostiles à Dieu… tout comme l’acte de chair, qu’ils complotent pour rétablir le pouvoir du père juif tué symboliquement. « Vous avez pour père le diable et vous voulez accomplir les désirs du père » est-il écrit dans Jean 8, et en conclusion, il faut souhaiter la disparition des porteurs de l’iniquité… « On devrait les tuer comme des chiens » est-il écrit dans Perceval ou le Roman du Graal de Chrétien de Troyes. On pourra déceler à l’origine de cette mythologie un amour purifié entre une mère vierge et son fils pur a contrario du judaïsme qui ne projette aucun schéma parental au ciel…

S’il est grand temps de poser la question de l’islamisme, de son refus du fait juif et de sa violence de façon objective, il est également temps de lever le voile sur l’origine de la diabolisation d’Israël qui doit énormément à la sécularisation de la matrice culturelle inconsciente. Cette sécularisation qui voudrait faire des Palestiniens des victimes des Juifs, ce qui soulagerait la culpabilité de la chrétienté après la Shoah, permet ainsi de passer sous silence la maltraitance et l’expulsion des Juifs des pays arabes et musulmans.

On ne saurait oublier de ce point de vue qu’avant de devenir compatible avec la République, l’Eglise inquisitoriale dut subir la contrainte révolutionnaire et la lutte anticléricale, admettre la Réforme puis, après la seconde guerre mondiale, faire un travail sur elle-même pour se démarquer d’un antijudaïsme ayant alimenté l’antisémitisme exterminateur.

L’islam repose également sur un dogme clivant : Mahomet est le Prophète et ne pas y croire rejette du côté des mécréants. S’ensuit l’obligation de conquérir l’univers. Mais le schéma parental et sexuel sous-jacent sous le modèle du Prophète, propose un amour entre un jeune homme orphelin et une veuve, substitut maternel, puis à sa mort la prédation de fillettes et la polygamie en proclamant l’infériorité des femmes. Ce schéma, resté sans analyse, implique une oppression des femmes et une pulsion de mort dirigée contre les Juifs, les apostats et les chrétiens. Pulsion qui trouve sa jouissance dans la mort des mécréants. Soumettre la volonté de spiritualité et de morale affichée dans l’islam, à l’instar des autres religions mais contredite par la violence, à une mise sur le divan est une nécessité. Introduire la critique de cette violence conquérante dans les lieux d’éducation est un devoir. On peut, on doit se poser la question pourquoi la violence de l’islam se propose-t-elle maintenant face au monde entier ? La réponse est simple : la mondialisation du marché du travail et du salariat avec la liberté de circulation des femmes qu’elle suppose et l’affirmation de l’État hégémonique qui l’accompagne, signifie pour l’islam la perte de son hégémonie culturelle, d’où sa réaction violente. Son antisionisme et son antisémitisme n’étaient qu’un début. L’islamisme affronte désormais le monde entier.

Une fois entendu ce rejet du fait juif dans le monde musulman, mais aussi dans le monde occidental formaté par un inconscient culturel émanant de la matrice culturelle chrétienne, implique d’être conscient que l’État de la nation juive ne peut être un État comme les autres : il doit se revendiquer de la pensée de Jérusalem comme l’avait magistralement annoncé Moses Hess, auteur de Rome et Jérusalem, qui fut proche puis contradicteur de Marx et d’Engels et qui fut le visionnaire du futur pays juif. Moses Hess, reconnu par Herzl comme le plus grand penseur juif après Spinoza. Dès lors la reconstruction de l’unité du peuple juif qui fut dispersé est impérative. Elle passe par le saisissement mémoriel de toutes les cultures créées par les exilés dans les pays où ils sont trouvés, où ils ont vécus en exil, où ils ont survécu. Elle passe par l’affirmation culturelle de la pensée de Jérusalem. Cette mémoire retrouvée, tant des cultures développées dans les pays de religion chrétienne, musulmane, bouddhiste ou autre, est une exigence tout comme le projet d’un lieu spécifique dédié à la culture des Juifs chassés des pays arabes ou musulmans.

Léon Askenazi aimait répéter que chaque juif diasporique est judéo quelque chose. Nous devons mettre les judéos en commun et ne pas opposer les quelque chose, c’est cette unité du peuple juif que nous devons reconstruire. Autour de la pensée de Jérusalem face à la pensée de Rome et de La Mecque.

Cet article constitue la participation de Claude Berger au Colloque pour la création d’un centre dédié à la culture des Juifs originaires des pays musulmans ou arabo-musulmans qui s’est tenu à Tel Aviv le 26 juin 2017.

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