De la Sainte Gauche et de la pensée-goulag

by Claude Berger on mars 10, 2017

La pensée-goulag

Le 8 février, à l’initiative de la Confédération des Juifs de France amis d’Israël (Cjfai) s’est tenue à Paris une rencontre avec deux représentants du Front National, Gilbert Collard et Louis Alliot qui, soumis au questionnement, ont clairement dénoncé la présence de personnages connus pour leur antisémitisme ou leur antisionisme au sein du FN. Le journal Le Monde a donc titré justement « Gilbert Collard et Louis Aliot s’en prennent à Frédéric Chatillon ».

Cette initiative, qui alimente une controverse apparemment interne au FN, s’inscrit dans une démarche du Cjfai qui soumettra au même questionnement tous les candidats à l’élection présidentielle, dont Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon. La position de ces derniers est connue, elle est anti-israélienne. Elle vise à contester la légitimité d’Israël dans la guerre inaugurée par les représentants des Palestiniens menés dès 1947 par leur chef nazi, le grand mufti de Jérusalem, une guerre perpétuée jusqu’à ce jour. Elle voudrait masquer que l’antisémitisme et le refus du fait juif, répandus de façon culturelle autant que cultuelle, sont à l’origine de l’antisionisme dans le monde arabo-musulman.

Or, chacun devrait savoir que l’autorité palestinienne refuse toujours tout Etat juif et toute présence juive, ce qui est déjà le cas dans les pays arabes et chacun devrait avoir en mémoire que le Hamas et Daesh présents à Gaza, tout comme l’Iran chiite à Téhéran, tout comme le Hezbollah en Syrie et au Liban, affichent clairement leur projet d’éradication d’Israël.

La rencontre du Cjfai relève donc d’un souci citoyen et démocratique, même si le FN que l’on sait en quête de dédiabolisation, abrite quelques diables en son sein (sans responsabilités nous assurent les deux invités). Cette rencontre a pourtant fait l’objet de pressions de la part de certaines institutions juives, dont le CRIF et le Consistoire, qui semblent avoir la mémoire sélective. D’autant que ce qui menace physiquement les Juifs aujourd’hui, c’est la montée du fascisme islamiste. Et ce qui menace Israël, c’est la montée de l’antisionisme, c’est la campagne de boycott et la complaisance de la politique de la France avec « la cause palestinienne », c’est la montée en puissance du Hezbollah et de l’Iran.

Pour mémoire, le CRIF a rencontré officiellement l’UOIF, émanation des Frères musulmans, en 2004. Quant au Consistoire, il a fermé les yeux sur l’imposture de l’agrégation fictive du rabbin Bernheim . Et il a invité récemment, à la synagogue de La Victoire, Eric Zemmour, spécialiste de la dédiabolisation de Pétain, manifestation contre laquelle j’ai été jeter ma colère d’enfant caché et enfermé en criant « menteur ! » à son égard. (Pour information, Florian Philippot a fait savoir qu’il désapprouvait les propos de Zemmour sur Pétain et son prétendu sauvetage des Juifs).

On ne voit donc pas pourquoi questionner le FN dans une rencontre avec ceux de ses dirigeants les plus philosémites et proches d’Israël, serait inacceptable alors que questionner des antisionistes notoires serait permis… sauf, oui sauf à restaurer « la pensée-goulag ». Qu’est-ce que la pensée-goulag ? Il s’agit de cette rhétorique qui, pour se déclarer généralement « de gauche » comme si c’était un diplôme, se décerne un brevet de sainteté :

« Je suis dans le bon camp, je suis pour la cause sociale, pour la justice et pour les travailleurs, je suis pour les Palestiniens, victimes des Juifs et des Israéliens colonisateurs ».

Dès lors, les opposants sont « de droite », dans le mauvais camp et condamnables. Cette « logique », portée autrefois par la dictature d’un parti unique et par un capitalisme d’Etat, a envoyé des millions de gens au goulag et a participé à l’assassinat, non seulement des juifs rebelles ou dissidents dans les pays du bloc communiste, mais aussi à l’assassinat d’une culture juive spécifique qui s’y était développée dès le XVIe siècle et il semble que les Juifs meurtris par la Shoah n’aient pas encore mesuré l’importance de cette autre catastrophe, qui rend les Juifs orphelins d’un monde disparu qui fut riche de spiritualité judaïque et d’invention tant artistique que sociétale.

J’ai montré ailleurs que cette pensée-goulag avait son origine dans la sécularisation de la matrice culturelle chrétienne par les pères fondateurs de la pensée de gauche, Marx, Proudhon, Bakounine, Fourier, tous quatre furieux antisémites. La lutte des classes mimait la lutte du Bien contre le Mal, les victimes exploitées recevaient un diplôme de sainte justice tout comme les participants à la cérémonie de l’Eucharistie sur le chemin du ciel et de la fusion avec le Sauveur. Quant aux exploiteurs, gens de droite, traîtres et mécréants, ils iraient en enfer… Ainsi dans cette mythologie « de gauche », les « progressistes » s’opposent aux « réactionnaires » en toute bonne conscience. Marx, sécularisant la vielle opprobre chrétienne avait ainsi fait du judaïsme « la religion du trafic et du change » et désigné les Juifs « de la Bourse » comme étant à l’origine de la chute.

J’ai également montré que cette pensée-goulag avait pour conséquence la perte de tout esprit critique. Le communisme lénino-stalino-bolchévique s’était effondré, la social-démocratie, étatiste ou libérale, s’effondre sans qu’aucune autocritique ne dévoile l’erreur d’analyse et l’erreur de prospective.

Cette mythologie progressiste ignore que nos sociétés reposent sur le salariat, c’est-à-dire sur la transformation du travail en marchandise et sur la citoyenneté désolidarisée, et que nous vivons une crise du salariat désormais mondialisé avec l’effondrement des cultures soumises à la marchandisation et aux flux migratoires. Seules des structures nouvelles fondées sur l’association et la fin de la valeur travail peuvent amorcer un changement vers une société associative et non salariale. De ce point de vue, Israël avec ses « kibboutz en ville » témoigne de ses avancées en la matière.

Mais l’ignorance que le capitalisme repose sur le salariat et que la fin du salariat doit être une obsession permanente a une conséquence terrible : la lutte contre l’exploitation, la revendication, aussi justifiées qu’elles soient, poussent le capital à importer des mains d’œuvres moins chères, à exporter les fabriques, à robotiser, à inventer, à étendre le salariat au monde entier, à engendrer cet état de crise que nous connaissons. C’est un cycle infernal ! La gauche et sa religion de la lutte contre l’exploitation, sans volonté de changement vers une société non salariale, est ainsi le meilleur agent du capitalisme qu’elle croit combattre !

Le communisme effondré, la pensée-goulag domine toujours l’inconscient de la gauche social-démocrate mais elle gagne même au-delà. Malgré sa chute, elle conserve ses fondamentaux. Alors ne nous étonnons pas si elle prétend dénoncer un négationnisme d’extrême droite en ne dénonçant que mollement les politiques antisionistes qu’elles soient ou non au pouvoir et sans s’interroger sur le négationnisme culturel porté contre la spécificité juive et israélienne. Il est donc temps d’actualiser l’apport de la philosophie du judaïsme au monde entier, un judaïsme sortant du ghetto, un judaïsme retrouvant le sens de l’universel et de la commune solidaire. Il me semble urgent de dénoncer la pensée-goulag en faisant vivre la culture juive à usage universel… Et tenter le premier kibboutz urbain en France, à l’instar de ceux qui sont nés en Israël depuis quelques années pour enfin repenser l’avenir.

3 comments

non content de nous dire que le FN abrite « quelques » (sic!) diables en son sein cet article, reprenant les propos de deux de ces individus invités par une officine sordide, assure qu’ils sont… « sans responsabilités », resic. Tout cela n’appellerait qu’un haussement d’épaules si le même article ne se revendiquait d’un « judaïsme retrouvant le sens de l’universel », on croit rêver.

PS. la phrase où il est question de la gauche et de sa « religion de la lutte contre l’exploitation, sans volonté de changement vers une société non salariale » s’applique peut-être aux saucialistes-à-la-française mais sûrement pas au projet révolutionnaire qui, sauf erreur majeure de compréhension de ma part, désigne clairement : l’abolition du SALARIAT et de la propriété privée des moyens de production.

by luc nemeth on 11 mars 2017 at 16 h 16 min. #

on ressemble parfois, plus qu’on ne l’imagine, à ce que l’on fait mine de combattre…
C’est : jusqu’au graphisme de l’image, qui reprend l’imaginaire complotiste-pseudo-moderniste de la droite dite radicale
Honte, au salaud qui a affiché cet article

by ln on 19 mars 2017 at 18 h 16 min. #

(à lire ici, pour mise au point et si besoin est)

http://www.liberation.fr/france/2016/04/25/une-association-pour-promouvoir-le-fn-aupres-des-electeurs-juifs_1448528

by ln on 3 avril 2017 at 13 h 01 min. #

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